Saint-Etienne de Bar-le-Duc et son effrayant transi

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Le transi - ©MOSSOT / CC-BY Le transi - ©MOSSOT / CC-BY
Eglise Saint-Etienne de Bar-le-Duc Eglise paroissiale Destin tragique Ligier Richier René de Chalon

Ligier Richier et son écorché

Nous voilà devant l'ancienne collégiale Saint-Pierre fondée par les ducs de Bar en 1315. Ces derniers reposent d’ailleurs ici ! L'église abrite un petit trésor de statuaire de la Renaissance, le Transi de René de Châlon. Aussi connu sous le nom de l'Ecorché, du Mort ou du Squelette, voilà un chef-d’œuvre signé Ligier Richier.

Un sculpteur né à St-Mihiel (55) le 4 avril 1506. Un artiste majeur de la Renaissance... vous en avez un bel exemple ici ! Il a entre autre réalisé la Mise au tombeau de l'église de St-Mihiel ou le calvaire de l'église de Hattonchatel. Vous savez quoi ? La légende veut que Michel-Ange, de passage dans la région, ait été frappé par le talent de Richier.

Il l'aurait même emmené avec lui à Rome ! Bref, voilà le Transi, dans le transept droit de l'église. Effrayant non, du haut de son mètre 80 ? C'est Anne de Lorraine, la femme de René de Châlon, qui commande la statue. Un René mort pendant le siège de Saint-Dizier en 1544, laissant une jeune veuve d'à peine 25 ans...

Une sombre requête !

La légende voudrait que René, agonisant, aurait demandé qu'on lui érige un monument funéraire avec un portrait de lui, non pas fier et fringant comme on le faisait alors avec les gisants ou les statues en prière, mais à l'état de squelette, « comme il serait 3 ans après son trépas » selon les mots de son épouse.

Légende seulement, car c'est à Richier qu'on doit le fait que René ait été représenté en squelette : regardez, même mort, il triomphe, le bras levé vers le ciel. On reste dans la tradition moyenâgeuse des danses macabres qui veut que la vie terrestre n'est rien ; il vaut mieux sauver son âme et attendre la résurrection, confiant.

D'ailleurs, avez-vous vu ce blason sans armes sur le bras droit du squelette ? Normal, puisqu'une fois mort, le plus puissant des princes et le plus misérable des hommes se retrouvent à égalité, anonymes...

On retrouve cette « mode » des transis un peu partout en France : celui du cardinal Lagrange dans l'église Saint-Martial à Avignon, celui au Louvre de Valentine Balbiani par Germain Pilon, celui de Brézé dans la cathédrale de Rouen, celui d'Henri II à la basilique Saint-Denis... Mais reste à savoir qui se cache derrière ce René de Châlon.

René de Chalon

Des Pays-Bas à la Lorraine

Né à Breda (Pays-Bas) le 5 février 1519, son père s’appelle Henri, comte de Nassau. Un fier guerrier favori de Charles Quint. Sa mère se nomme Claude de Châlon. René fera aussi partie du cercle des proches de Charles Quint.

C'est d'ailleurs lui qui fait se marier René avec Anne de Lorraine, la fille du duc de Lorraine et de Bar, en 1540 ! Un beau mariage qui réunit au château de Bar l'empereur et les plus grands seigneurs de la Cour. Mais la guerre gronde au loin, même en ce jour paisible et heureux... René participe bientôt aux conflits qui opposent l'empereur avec François Ier.

Bam, coup mortel dans l'épaule

Sent-il la Faucheuse planer au-dessus de sa tête ? Il se met en tout cas à rédiger son testament... En prévision... René trouve la mort brutalement, un moche coup de couleuvrine le blessant grièvement à l'épaule. Nous sommes le 14 juillet 1544, le soir tombe.

Ses hommes le croient mort, le chirurgien débarque en urgence et opère mais l'état de René s'aggrave : le 15 juillet à l'aube, il pousse son dernier soupir... à seulement 25 ans. Il n'a sur son lit de mort jamais demandé à avoir un transi comme tombeau... témoignages de ses amis à l'appui.

Un Transi pour l’éternité

Un cœur contre un sablier

Son corps se fait rapatrier à Bar-le-Duc, dans la collégiale Saint-Maxe. On prélève son cœur, qu'on enferme dans une petite boîte rouge en vermeil. Mais d'ailleurs, avez-vous remarqué que le Transi tient quelque chose dans sa main gauche ? Son cœur !

On dit que les Révolutionnaires ont tenté de le voler en lui coupant le bras en novembre 1793, lors du saccage de l'église. On a arrêté les vandales à temps, sinon on ne verrait plus le Transi aujourd'hui... Bon, en tout cas, le cœur a bel et bien disparu.

Alors, pendant la restauration de la statue en 1810, on lui met dans la main un sablier grossier en bois ! Moche, trop moche... Un sablier remplacé vite fait bien fait par un cœur en plâtre (celui qu'on voit encore aujourd'hui) !

Détails macabres

Pendant la Première Guerre Mondiale, la ville de Bar envoie le squelette à l'abri à Paris, au Panthéon. Il reviendra en bien piteux état, tout cassé... Il est alors restauré et on le place définitivement derrière le fond de draperie sombre qu'on voit encore aujourd'hui.

Et le voilà donc notre transi, les os desséchés, tendus à craquer, figé pour l'éternité ! Regardez un peu les détails, incroyables ! On peut voir des restes de cheveux sur le bas du crâne. La peau pend sur l'abdomen et lui dessine un drapé macabre.

On a souvent dit que Richier a voulu ainsi représenter la blessure mortelle de René. Mais souvenez-vous ! Il a été blessé à l'épaule, pas ailleurs...


Et encore !