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La Pérouse au château du Gô à Albi

Quand : 1741

La Pérouse | ©Rijksmuseum / CC0
Château Exploration Château du Gô

Le navigateur La Pérouse est né dans ce château, en 1741 !

Sur une boucle du Tarn...

Le château se trouve à Albi, sur une presqu’île formée par un méandre du Tarn, le Gô.

Bulletin de la Société de géographie (1888) explique que la famille de La Pérouse, installée dans le Tarn depuis 500 ans, s’est enrichie dans le négoce de pastel, comme bon nombre de familles albigeoises, avant de s’élever petit à petit de la bourgeoisie à la noblesse.

Le premier, c'est Pierre Galaup, marchand au XVIe siècle. Puis Claude de Galaup obtient la particule à la fin du XVIe siècle : c’est lui qui achète la terre du Gô.

Au XVIIIe siècle, la famille de Galaup possède une grande fortune, plus la terre du Gô, celle de Lapérouse et un grand hôtel particulier à Albi.

Naissance au château

Jean-François de Galaup naît au château du Gô le 23 août 1741.

Son père, Victor-Joseph, a fait fortune dans la vente de pastel, on l'a vu : une plante cultivée depuis le Moyen Age pour la production de teinture bleue extraite des feuilles.

Sa mère, Marguerite de Rességuier, est originaire de l’Aveyron.

Le petit paraît si fragile, qu’on pense qu’il ne passera pas la journée. Vite, on le fait immédiatement baptiser. Il survit !

Jean-François est l’aîné d’une fratrie de 11 enfants, dont seulement trois arriveront à l’âge adulte.

Il vit au château du Gô jusqu’à ses 10 ans.


Le château

Le château | ©MathieuMD / Wikimedia Commons / CC BY-SA

L'origine de son nom

Son nom de La Pérouse, d’où vient-il ?

De la terre de Lapeyrouse, acquise par son père.

Jean-François est le premier à en prendre le nom et l’orthographie La Pérouse, puis Lapérouse.

Il rajoute ce nom à celui de Galaup.

De Brest en Angleterre

Après des études au collège jésuite d’Albi, La Pérouse entre en 1756 à l’École des Gardes de la Marine de Brest.

Au bout de 3 mois à Brest, il s’embarque avec son cousin Clément de La Jonquière, à 15 ans : cap sur Québec !

Après 19 mois en mer, il continue ses études et s’intéresse à la cartographie, à l’astronomie.

En 1759, à 18 ans, il s’embarque à Quiberon pour l’Angleterre.

Blessé à la tête et la main gauche, les Anglais le font prisonnier et le retiennent en captivité. La Pérouse y apprend l’anglais, dans une famille qui le traite plutôt bien.

Mieux, il découvre que les Anglais ont une avance considérable, côté instruments de marine...

La Pérouse gardera après cet épisode de bons rapports avec ses collègues officiers britanniques, contrairement à ses compatriotes !


La Pérouse

La Pérouse | ©Dixson Library, State Library of New South Wales / CC-BY

Le scorbut, que nenni !

En 1772, on l’envoie vers l’Ile de France (Ile Maurice actuelle) d’où il part pour l’Inde, le Siam, Singapour, affronter les pirates bengalais.

Fait rare : c’est un commandant hors pair, qui ne donnera jamais un coup de fouet à son équipage et n’aura aucune épidémie de scorbut à bord, faisant sans cesse provision de viandes et de légumes frais.

Aussi, il aère dès que possible les dortoirs, chassant ainsi les miasmes !

L'amour de sa vie

Jean-Francois fait un long séjour à l’île Maurice, en 1773. Il y fait la connaissance de la famille d’Abraham Broudou, armateur nantais, et y rencontre Eléonore, sa fille.

Il tombe fou amoureux.

Mais son père a d’autres plans pour lui... le faire épouser une dame de la noblesse d’Albi : Eléonore n’est pas noble, c’est une mésalliance, vous comprenez !

Jean-François a 36 ans, il se résigne la mort dans l’âme. Quel gâchis !

10 ans passent. A l’été 1783, La Pérouse apprend qu’Eléonore entre au couvent, désespérée d’attendre depuis 10 ans son grand amour.

La Pérouse lâche tout et sort la dame du couvent, avant de l’épouser en juillet 1783 à Paris, sans qu'aucun membre de leur famille respective n'assiste à la cérémonie.

Il a 42 ans, elle 28.


Plaque sur le mur d'entrée du château

Plaque sur le mur d'entrée du château | ©Armol81 / CC-BY-SA

Cap sur l'Amérique du Nord

Pendant la guerre d’Indépendance américaine, La Pérouse s’empare de trois frégates anglaises au large de Boston, puis du Cap Breton.

En mai 1781, il devient capitaine de vaisseau !

Puis, vient l'expédition de la Baie d’Hudson, en 1782. Le but ? Détruire les comptoirs anglais établis là et chasser les occupants.

La Pérouse n'a pas accompli sa mission !

Il n’a pas répondu aux instructions, oui, mais sa conduite a été parfaite : il a laissé vivres et armes aux Anglais, en attendant qu'ils soient rapatriés chez eux.

Il sait bien qu'une fois les comptoirs détruits, ils se seraient sauvés et seraient morts de froids ou tués par les bêtes sauvages... Et puis, La Pérouse dira que les occupants étaient anglais, certes, mais civils et inoffensifs !

Louis XVI est touché par la générosité du marin...

L'expédition dans le Pacifique

Tracer sa voie

Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle, le siècle des Lumières, le siècle de Buffon et de son Encyclopédie naturelle, de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert… les connaissances explosent !

On a soif d’en savoir plus sur tout. On organise des missions scientifiques pour développer géographie, astronomie.

L'Anglais Cook vient d’être assassiné en 1778 à Hawaï, Kerguelen a exploré les mers du Sud, Bougainville revient de Tahiti en 1769... La Pérouse arrive !

Perdu en mer !

En 1785, Louis XVI charge La Pérouse d’une grande expédition sur l’océan Pacifique.

Son but ? Compléter la cartographie existante, faire de nouvelles découvertes scientifiques, voir où établir des comptoirs commerciaux... Moult enjeux passionnants !

Le voyage doit durer quatre ans.

Sauf que… 1er août 1785. La Pérouse appareille de Brest à bord de l’Astrolabe et de la Boussole et ses 225 membres d’équipage, marins et scientifiques.

Il touche l’Alaska en juin 1786, fait escale en Australie en janvier 1787, puis c'est le silence radio.

On les a perdus près des îles Salomon, dans l’océan Pacifique : il faudra plusieurs siècles de recherches pour qu’on découvre le sort funeste de son équipage.


Les frégates de La Pérouse à Hawai

Les frégates de La Pérouse à Hawai | ©The Biodiversity Heritage Library / Public domain

Le mystère La Pérouse

Entrecasteaux

En 1791, on envoie une expédition à leur rescousse (celle d’un autre célèbre navigateur, le Varois Antoine de d’Entrecasteaux), en vain, il rentre bredouille en 1794.

Deux ans plus tard, Louis XVI sur l’échafaud aurait murmuré : « Avons-nous des nouvelles de M. de La Pérouse ? »

Peter Dillon brûle !

Il faut attendre 1826 pour que le capitaine irlandais Peter Dillon découvre des objets à Tikopia, dans les îles Salomon : porcelaine, couverts, épées... venus, selon les dires des habitants, de l’île voisine de Vanikoro.

Seraient-ce… les restes des bateaux de La Pérouse ? Il finit par trouver la cloche de l’Astrolabe. On a retrouvé un des deux bateaux !

Un an plus tard, Dillon accoste à Vanikoro, où il découvre, d’après les témoignages des locaux, que les deux navires ont fait naufrage lors d’une grande tempête sur les récifs coralliens.

Objets envoyés à Paris et identifiés comme ceux de l’expédition de La Pérouse.

Et il y avait eu des survivants ! Ils ont même construit une petite goélette à deux mâts avec du bois d’épaves et du bois des forets.

On ne sait pas ce qu’il leur est arrivé. Naufrage ? Attaque des indigènes ? S’il a coulé, où se trouve l’épave ?


Objets issus des recherches à Vanikoro, musée La Pérouse, Albi

Objets issus des recherches à Vanikoro, musée La Pérouse, Albi | ©Als33120 / CC-BY-SA

Un survivant ?

En 2017, l’anthropologue australien Garrick Hitchcock publie dans la revue The Journal of Pacific History le récit d’un marin indien (un lascar) recueilli après un naufrage en 1814 par des habitants d’une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Les natifs lui racontent que 30 ou 40 ans avant, un bateau de Blancs a fait naufrage dans les parages et on a retrouvé quantité d’objets et d’armes de fabrication non anglaise.

Et avec un survivant, François Mordelle, un Breton mousse de l’Astrolabe. Adopté par les natifs, marié à une de leurs filles, il se serait enfui.

Un camp

En 1999, on trouve des vestiges d’un camp cerné de palissades à Vanikoro, sur une plage.

Quatre ans plus tard, des plongeurs remontent un squelette et des instruments. L’expédition menée par l’Association Salomon venait de mettre au jour les traces de quelques survivants…

Il y a eu des rescapés, c’est que disaient déjà les gens du temps de Dillon ?

Mais sont-ils morts ? Si oui, comment ? Victimes des indigènes, morts dans le naufrage de leur radeau de fortune ?


Objets issus des recherches à Vanikoro, musée La Pérouse, Albi

Objets issus des recherches à Vanikoro, musée La Pérouse, Albi | ©Als33120 / CC-BY-SA

La Boussole retrouvée

En 1964, l’épave de la Boussole est identifiée. Formellement ? Rien n’est moins sur…

Il faut attendre mai 2005 : la preuve est un sextant portant le nom Mercier, sur une plaque de laiton.

Or, on sait grâce à l’inventaire que la Boussole a indiqué avoir reçu un sextant fabriqué par le sieur Mercier, donné par l’Académie royale de Marine…

Une autre preuve formelle : des meules à grains qu’on sait que les deux bateaux ont embarqués et qu’on a retrouvé. Une sur l’Astrolabe, deux sur la Boussole. Ce qui ne laisse pas de place aux doutes.

Conclusion

Quid de La Pérouse ? Il serait mort pendant le naufrage de son bateau la Boussole. Si non, il était mort avant : on sait qu’à l’arrivée à Vanikoro, il avait été remplacé par son second, Sutton de Clonard.

Le mystère reste pourtant entier... La page du mystère La Pérouse pourra être refermée lorsqu'auront été identifiés des victimes, retrouvés des objets ayant appartenu au navigateur albigeois.

Pour en savoir plus

Le musée Lapérouse d'Albi a été fondé en 1988.

On y découvre l’histoire du navigateur albigeois, de son fameux voyage vers le Pacifique et des expéditions scientifiques menées depuis sa disparition.

Une collection qui comprend des objets provenant des deux navires de La Pérouse, la Boussole et l’Astrolabe, retrouvés sur les lieux du naufrage, à Vanikoro.

Sources

  • Lapérouse, article de M.J. de Lahondès paru dans le Bulletin de la Société de géographie de Toulouse (7e année, 1888)
  • Marins de France, conquérants d'empires (1) : 1400-1800 (Hubert Granier, 1900)
  • Vies, aventures et découvertes des célèbres marins français (Léon Quentin, 1861)
  • Voyage de La Pérouse autour du monde (M. L. A. Milet-Mureau, 1797)
  • Revue Historique & Littéraire (1893), article Le mariage de Lapérouse
  • Coup d'œil sur le règne de Louis XVI (comte de Tocqueville, 1850)

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !