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La reine Victoria au château d'Eu

Quand : 1843

La reine Victoria (Thomas Sully, 1838) | ©The Metropolitan Museum of Art / Public domain
Château Louis-Philippe Château d'Eu

La visite a lieu dans le cadre de l’Entente cordiale

L’Entente cordiale ? La France et l’Angleterre tentent d’apaiser leurs relations.

Elle est initiée dès la première visite de la reine Victoria en France en 1843, puis avec celle de 1845.

Pourquoi Eu ?

Le château normand est devenu, dès 1830 et le « sacre » de Louis-Philippe comme roi des Français, l’une des résidences de la famille royale.

Une première !

Aucun roi d’Angleterre n’avait mis les pieds en France depuis l’entrevue du Drap d’or, avec Henry VIII en… 1520 !

Liens de parenté

Finalement, on se retrouve un peu en famille, ici à Eu.

Victoria a épousé Albert de Saxe-Cobourg, neveu de Léopold Ier de Belgique... qui est le gendre de Louis-Philippe !

Oui, si vous vous souvenez, on a assisté au mariage de Léopold et de la fille du roi des Français, Louise, au château de Compiègne en 1832…

Le couple royal anglais débarque en Normandie !

Le 2 septembre 1843, à 17 h15 pétantes, un canon annonce l’arrivée du yacht Victoria et Albert au Tréport.

Les Orléans sont réunis pour les accueillir.

On a Victoria et Albert, Louis-Philippe et Marie-Amélie, la reine Louise, Francisca de Bragance (une des brus du roi français), Hélène d’Orléans (arrière-petite-fille de Louis-Philippe), Clémentine d’Orléans (dernière fille du roi), la tante Adélaïde (sœur du roi).

Le ministre Guizot rapporte dans ses Mémoires (vu dans Histoire populaire contemporaine de la France) :

« À cinq heures un quart, le canon nous a avertis que la reine était en vue. À cinq heures trois quarts, nous nous sommes embarqués dans le canot royal, le roi, les princes, lord Cowley, l'amiral Mackau et moi pour aller au devant d'elle. Nous avons fait en mer un demi mille.
La plus belle mer, le plus beau ciel, la terre couverte de toute la population des environs. Nos six bâtiments sous voiles bien pavoisés de pavillons français et anglais saluaient bruyamment, gaiement. Le canon couvrait à peine les cris des matelots.
Nous avons abordé le yacht Victoria and Albert. Nous sommes montés. Le roi était ému, la reine aussi. Il l'a embrassée. Elle m'a dit : Je suis charmée de vous revoir ici.
Elle est descendue avec le prince Albert dans le canot du roi. À mesure que nous approchions du rivage, les saluts des canons et des équipages sur les bâtiments s’animaient, redoublaient.
La reine, en mettant pied à terre, avait la figure la plus épanouie que je lui aie jamais vue, de l'émotion, un peu de surprise surtout, un vif plaisir à être reçue de la sorte.
Beaucoup de Shake hand dans la tente royale. Puis les calèches et la route. Le God save the Queen et autant de Vive la reine Vive la reine d'Angleterre que de Vive le roi. »

Le quotidien à Eu

Le couple anglais passe 5 jours à Eu, du 2 au 7 septembre 1843.

On se promène, on visite la région, on pique-nique à la fraîche sous les arbres du parc du château, et le soir, on participe à des banquets.

Histoire populaire contemporaine de la France rapporte :

« Les fêtes furent surtout intimes. Le dimanche 3 septembre, après que la reine Victoria eut assisté au service anglican dans une salle du château arrangée à cet effet, le roi la mena dans un grand char à bancs que remplissait la famille royale au haut d'un plateau où l'on avait sur la mer et sur la forêt un point de vue admirable ; le temps était beau, mais le chemin mauvais, étroit, plein de cailloux et d'ornières la reine d'Angleterre riait et s'amusait d'être ainsi cahotée en royale compagnie française dans une sorte de voiture nouvelle pour elle et emportée par six beaux chevaux normands gris pommelé que conduisaient gaiement deux postillons avec leurs bruyants grelots et leur brillant uniforme. »

Une histoire de pêches

Alors qu’ils se promènent dans le jardin potager du château, « devant des espaliers couverts de belles pêches », le roi Louis-Philippe en cueille une et l’offre à Victoria, qui voudrait bien la manger, mais n’a rien pour la peler.

Le roi tire un couteau de sa poche et dit :

« Quand on a été, comme moi, un pauvre diable vivant à 40 sols par jour, on a toujours un couteau dans sa poche. Et il sourit, comme tous les assistants, à ce souvenir de misère. »
(Le roi Louis-Philippe, vie anecdotique 1773-1850)

Projets de mariage !

La rencontre de tout ce petit monde à Eu permet de parler d’un sujet qui fâche.

Surtout entre Guizot, le ministre de Louis-Philippe, et lord Aberdeen, celui de Victoria.

Ils évoquent le mariage d’Isabella, 13 ans, jeune reine d’Espagne.

15 ans, oui, il n’est jamais trop tôt pour trouver un mari… c’est très important diplomatiquement parlant.

Le pays sort d’une grosse guerre civile, il n’est pas stable, moitié soutenu par les Anglais, moitié par les Français (les modérés).

Marie-Christine doit donc marier Isabella. Mais à qui ?

A un Français, le fils du roi, le duc de Montpensier ? Non, on le réserve à la sœur d’Isabella, Fernanda.

Les Anglais, eux, veulent refourguer le prince Léopold de Saxe-Cobourg, cousin germain de la reine Victoria.

Mais il y a déjà un Cobourg les fesses sur le trône belge, un autre le mari de Victoria, un troisième avec la reine du Portugal. Il faudrait contrebalancer ça.

Ces jours-là, à Eu, Guizot et Aberdeen conviennent que ni un Orléans, ni un Cobourg n’épousera Isabella.

Louis-Philippe promet que Montpensier n’épousera Fernande le jour où Isabella aura un héritier. Tope-là.

Mais Aberdeen cède son poste à Palmerston (un francophobe acharné) qui remet sur le tapis la candidature du prince de Cobourg.

Louis-Philippe, lui, se dit qu’il est dégagé des choses promises à Eu… il réussit à faire accepter pour Isabella son cousin François d’Assise de Bourbon et obtient que son fils le duc de Montpensier se marie avec Fernanda.

Alors, quand la nouvelle du mariage d’Isabella avec le duc de Cadix et celui de sa sœur Fernanda avec Montpensier arrive aux oreilles des Anglais, en décembre 1846, ils ont la légère sensation de s’être fait duper… le roi des Français a manqué à sa parole !

En plus, si Cadix n’a pas d’héritier, sa sœur pourrait donner un prince français comme héritier au trône.

On y voit une fourberie française. Et une violation du traité d’Utrecht, qui interdit la réunion des couronnes de France et d’Espagne.

L’entente cordiale prend du plomb dans l’aile…

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !