La petite vie d'un seigneur auvergnat, Guillaume de Murol

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Le château - ©Torsade de Pointes / CC0 Le château - ©Torsade de Pointes / CC0
Château de Murol Château

Le château de Murol a une caractéristique unique au monde : le journal de Guillaume de Murol, petit seigneur auvergnat du XIVe s, a été conservé.

De quoi nous plonger avec moult détails dans la vie quotidienne d'un château au Moyen-Age !

Emouvant et passionnant.

Guillaume, des chemins de poussière à Murol

Le seigneur ? Guillaume de Sam, dit de Murol.

Né en 1348, il passe les premières années de sa vie au château de Murol.

Après une solide éducation militaire, son oncle cardinal l’envoie à la cour d’Avignon parfaire son apprentissage.

Avant de partir pour l’Italie, l’Espagne... une vie passée sur les routes poussiéreuses !

Alors à 50 ans, fraîchement adoubé chevalier, Guillaume revient poser ses valises à Murol.

Pas pour se la couler douce et harceler ses serfs. Non !

Pour gérer les affaires de ses domaines, lui-même, d’une main de fer. Terriblement humain, il sait se faire aimer des gens qui travaillent pour lui.

Latin de cuisine !

Guillaume note tout, dans son journal de bord : ses dépenses, ses recettes, la vie quotidienne du château...

Le tout dans un latin pas tout à fait de cuisine, mais approximatif quand même !

On connaît avec précision la vie des habitants et du seigneur.

On apprend par exemple que Guillaume avale par jour :

• 400 g de viande ;

• 70 g de fromages ;

• 13 g de beurre ;

• 1200 g de pain ;

• 2 l de vin.

4 personnes seulement sont à son service : un garde, un capitaine, un portier et une servante !

Guillaume raconte aussi les maux de sa terre auvergnate, occupée et ravagée par les Anglais en pleine guerre de Cent Ans.

Cygnes brodés et redortes

Guillaume de Murol fait entièrement reconstruire le château actuel.

L'architecte Pierre Celeyrol renforce l'enceinte, fait construire de nouveaux bâtiments à l'intérieur de la cour et ajoute une chapelle.

Les appartements se composent, d'après des écrits de l'époque, de deux chambres d'honneur tendues de serge rouge.

Dans la première, des cygnes brodés, dans la seconde, des perroquets.

On a aussi des chambres de jeunes filles tapissées de « fustain blanc » et d'« estamina blancha ».

Dans les coins, les armoiries de Guillaume, des « redortes » : dans le langage héraldique, ce sont des branches tortillées entre elles !

Guyonne et Audine, ses moitiés

On en apprend aussi des belles sur sa vie privée...

Notamment sur sa 2e épouse, Guyotte de Tournon. Une vilaine, celle-là !

Guillaume n’a jamais oublié sa 1re épouse, la douce Audine de Saint-Nectaire, disparue trop tôt...

« C’est de notoriété publique que j’ai eu beaucoup à souffrir de la part de ma femme, parce qu’elle a été fort étrange, et qu’elle n’a montré que de l’aversion pour moi, mes parents et mes amis. »

Il raconte comment Guyonne, dans un jour de rage, casse 6 tasses précieuses que son oncle lui avait offert !

Conclusion

Guillaume ne bougera plus jamais de Murol et s’y éteindra paisiblement, à l'âge (extraordinaire, pour l'époque) de 90 ans.

Il est le seul de sa famille à se faire inhumer dans son château de Murol, et non à Clermont.

Alors en 2008, quand on retrouve des os sous la chapelle castrale, on se pose des questions... est-ce bien lui ? Mystère !

N.B. : le journal de Guillaume a été réédité par Pierre Charbonnier sous le nom de Guillaume de Murol, un petit seigneur auvergnat au début du XVe siècle (1973).


Et encore !