Versailles vu par La Palatine : le château au XVIIe s, comme si vous y étiez !

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La Palatine par Hyacinthe Rigaud (1713) - ©Miguel Hermoso Cuesta / Public domain La Palatine par Hyacinthe Rigaud (1713) - ©Miguel Hermoso Cuesta / Public domain
Château de Versailles Château Madame Palatine

Versailles vu par la commère de Versailles, Madame Palatine !

Hygiène, repas, ragots... vous saurez tout de la vie versaillaise au XVIIe s. En tout cas, les meilleurs morceaux !

La Palatine à Versailles, une princesse très franche !

Madame Palatine, c’est la grande gueule de Versailles.

On a gardé seulement un dixième de ses 60 000 lettres hautes en couleurs, peinture d'un Versailles peu reluisant, bourrée de détails pas piqués des hannetons.

« Je suis très franche et très naturelle et je dis tout ce que j’ai sur le cœur. »

Bon. Nous voilà prévenus !

Elle a 19 ans en 1671, quand elle s’installe au château de Versailles, après son mariage avec le frangin de Louis XIV, Philippe d'Orléans.

Très libre, elle n’a jamais supporté Versailles, son étiquette, l’hypocrisie des gens, les intrigues.

Elle se prend tout ceci dans la tronche. Violemment. Sa franchise, sa maladresse se heurtent au monde impitoyable et cruel des courtisans.

Tenez : à peine arrivée, la princesse de Monaco cherche à la compromettre, en l’initiant aux « plaisirs saphiques » !

Les meilleures anecdotes de la vie à Versailles

Des surnoms sympas

Mme de Maintenon, la Palatine la hait : elle l’appelle « la vielle conne » ou « le torchon » !

Le fils de Louis XIV et de La Montespan devient « la chiure de souris ».

Une de leur fille, Mlle de Blois (que le propre fils de la Palatine, le futur Régent Philippe d'Orléans, épousera) ressemble à « un cul comme deux gouttes d’eau » !

Choucroute, bouillon et bière

On a déjà raconté comment à cause de la Palatine, tout Versailles se retrouve à embaumer la choucroute de son Allemagne natale.

Elle met le hareng saur à la mode, même le roi en mange !

La princesse dévore charcutailles et saucisses fumées : la soupe, oui... mais additionnée de lait, de bière et de vin !

A Versailles, on boit du bouillon. Elle a horreur de ça !!

« Je ne peux souffrir le bouillon et je suis malade s’il se trouve du bouillon dans un des plats que je mange. Il n’y a que le jambon et les saucisses qui me remettent l’estomac. Je n’ai jamais eu de manières françaises, et je n’ai pu les adopter. »

Le café est à la mode, à Versailles. Elle déteste, comme le thé et le chocolat chaud !

Le café, ça a selon elle l’odeur d’une haleine puante : « L’archevêque de Paris avait cette odeur-là. » Le thé lui fait « l'effet de foin et de fiente. »

Elle préfère « la bière chaude avec de la noix de muscade ».

Mais ne lui donnez jamais de la bière française, oulà ! « Les Français font de la bière qu’ils admirent mais qui est imbuvable : c’est comme si on remuait de la suie dans de l’eau. »

Les dîners avec... ou sans le roi

Toujours la bouffe ! La Palatine écrit le 3 février 1707 :

« Toute l’année je dîne seule, aussi me hâté-je autant que possible ; il n’y a rien de plus ennuyeux que de manger seule en ayant autour de soi vingt gaillards qui vous regardent mâcher et comptent les bouchées.

C’est pourquoi mon dîner, je l’expédie en moins d’une demi-heure. Le soir, je soupe avec le Roi ; nous sommes cinq ou six à table, chacun avale son affaire sans dire une parole comme dans un couvent. »

En avril 1701, elle décrit le menu ingurgité par le roi : quatre assiettes de soupe, une assiette de salade, deux tranches de jambon, du mouton au jus, une assiette de pâtisserie, du fruit et des œufs durs (Louis adore les œufs durs).

Les animaux

La Palatine adore les animaux, surtout les chats et les chiens. Vous savez ce qu’elle en dit ? Qu’elle raffole de « ces bonnes gens-là ».

« On ne peut que les aimer, il n’y a chez eux aucune fausseté ; leur amitié est sûre et sincère. » Puis : « Les chiens sont les gens les meilleurs que j’ai trouvés en France » !

Mais du coup, une vilaine odeur de chien mouillé imprègne sans arrêt ses appartements...

L'hiver le plus froid !

Le grand hiver de 1709 ? La princesse raconte :

« Ce qu’il y a de pis, c’est que ce froid est accompagné de vents piquants et qui pénètrent. A peine peut-on boire : eau et vin se changent en glace près du feu. Tout ce qu’on veut manger est gelé. Chacun se blottit dans sa cheminée ; on tousse, on crache, c’est la seule musique qu’on entende. »

Le tabac

On prise le tabac, à Versailles. Et ça ne plaît pas à Madame !

« Je suis furieuse, quand je vois ici les femmes avec le nez sale, comme si elles l’avaient plongé dans l’ordure. Elles mettent leur doigt dans les tabatières de tous les hommes... J’ai connu des gens qui avaient l’haleine la plus douce ; après s’être adonné au tabac, 6 mois ont suffit pour les rendre puants comme des boucs. »

Des femmes de la cour fument la pipe en cachette, le roi ne voulant pas qu'on fume ou qu'on prise en sa présence.

L'hygiène

L’hygiène ? Comme on l’a souvent dit pour Versailles, zéro !!

On jette le contenu des pots de chambre par les fenêtres, et faute de latrines suffisantes, on pisse partout.

La Palatine écrit : « Il est impossible de quitter son appartement sans voir quelqu’un pisser ».

L'hygiène des dents, aussi. Oh mon Dieu, les chicots !

Celles de Mme de La Vallière sont vilaines, celles de la reine, noires et cassées, Mme de Canaples, « puant à la vue, avant d'empoisonner le nez » !

Une histoire de vent !

On sait rigoler, à Versailles !

Un soir, en 1693, Madame, Monsieur et leurs trois rejetons se retrouvent, après souper.

Silence. Un ange passe.

Soudain, un vent éclate ! Un sympathique furz bien sonore.

« - Qu’est-ce cela, Madame ? » fit Monsieur.

« - C’est cela, Monsieur », répond Madame du tac au tac !

Le jeune duc, leur fils, « y va aussi du sien ».

Une autre fois, la Palatine fait un concours avec le jeune Dauphin « à qui en lâcherait le plus »...

Vous imaginiez des scènes comme celles-ci, derrière les dorures de Versailles ?

Sommeil de plomb

La Palatine, levée à 9 heures, pionce partout où elle le peut, dans le château.

A l'église, au théâtre (les « vieux opéras de Lully » la font mourir d'ennui), même aux côtés du roi, qui doit la pincer pour qu'elle arrête de ronfler !

Un jour à la messe, elle n'entend même pas les coups de tonnerre qui secouent l'église !

La fistule de Louis XIV

Madame Palatine pourrait s'attirer les foudres royales, en ébruitant ce qui ne devrait pas... comme pour l'opération de la fistule du roi.

Elle raconte que le roi n'était pas « grand en toutes choses. En fait d'abcès, Sa Majesté était effrayante. S'il se fut agi d'un abcès ordinaire, on aurait pu le guérir avec du pain beurré mâché, mais c'était une espèce de charbon que les chirurgiens d'ici appellent un anthrax. »

La chaise percée

On connaît le goût de la princesse pour les anecdotes scatos : allez voir celle de Fontainebleau, elle est corsée !

Hé bien, ici, elle nous évoque... la chaise percée.

La Palatine aime beaucoup le « meuble de cabinet ».

Elle adore bouquiner des livres bien hermétiques, sur le trône :

« Si je devais lire ces livres tout d’une pièce, ils me fatigueraient. Mais je n’en lis que trois ou quatre pages, quand, matin et soir, je siège sur le Kackstuhl (chaise percée, ndlr), cette façon m’amuse et ne m’est ni fatigante, ni ennuyeuse. »


Et encore !