Petite histoire de l'abbaye de Chaalis

Vinaigrette 0
Ruines de l'abbaye - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Ruines de l'abbaye - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Abbaye de Chaalis Abbaye Cistercien

La fondation

Le roi Louis VI Le Gros est bien amer, en ce jour glacé de janvier 1136 : il vient juste de fonder l'abbaye cistercienne de Chaalis, mais dans quelle circonstance ! Car cette fondation, il la dédie à son cousin le comte de Flandre Charles le Bon, qui s'est fait assassiner à Bruges presque 10 ans auparavant...

Il lui faut un lieu pour prier et perpétuer sa mémoire, et ce lieu, ce sera Chaalis ! Chaalis, entre Ile-de-France et Picardie, tout près du palais de Ver-sur-Launette du roi Louis VI, dans la profonde foret d'Ermenonville...

Le terrain lui a été cédé par l'abbaye de Vézelay en 1127, mais ce sont 12 moines de l'abbaye de Pontigny qui s'y installent en 1136. Immédiatement, les rois donnent sans compter, richesses comme privilèges : saint Louis y séjourne même plusieurs fois ! Grâce à cette haute protection, l'abbaye peut se développer. Et s'agrandir !

Un formidable essor

Et oui, c'est qu'on manque déjà de place ! Les constructions marquantes de cette époque sont l'église abbatiale et la chapelle de l'Abbé. L'abbatiale, consacrée en 1219, est grandiose ! Il ne reste aujourd'hui qu'un pan de mur et quelques vestiges, mais essayez de vous imaginer un colosse de pierre gothique de près de 80 m de long et 30 de large...

La chapelle de l'Abbé quant à elle, construite entre 1245 et 1255, est le sosie de la Sainte-Chapelle, à Paris ; on peut voir à l'intérieur des peintures murales sur les voûtes, réalisées par Le Primatice au XVIe siècle. Vous l'aurez compris, Chaalis est au Moyen-Age une très grande abbaye, avec son propre système hydraulique, ses granges, ses moulins, ses ruches, sans oublier ses nombreux étangs et ses vignes.

Mais surtout, c'est un centre intellectuel sans pareil ! Tenez, le moine Guillaume de Digulleville, devenu prieur de Chaalis, y écrit son grand roman Le Roman des Trois Pèlerinages...

La chute... suivie d'une belle renaissance

Evidemment, comme toujours avec nos abbayes, les difficultés commencent à s'accumuler : guerres médiévales, mise en place de la commende au milieu du XVIe siècle... L'abbé commendataire dirige son abbaye souvent de loin mais, en perçoit tout le revenu ! De vrais seigneurs en fait, qui à Chaalis ne se privent pas de montrer leur puissance avec de luxueux aménagements.

Un des abbés fait faire les fresques de la chapelle au XVIe siècle. Un autre, Louis de Bourbon, fait reconstruire les bâtiments conventuels au milieu du XVIIIe siècle : le logis de style classique qu'on visite aujourd'hui, c'est l’œuvre de l'architecte Jean Aubert, le même qui a réalisé les écuries du château de Chantilly.

Sauf qu'à l'époque, le projet consistait en la construction de 4 corps de logis... un seul sera réalisé ! En attendant, l'abbé trop gourmand a englouti les revenus de l'abbaye. Plus d'argent ! En 1785, il faut la fermer... Quand arrive la Révolution, Chaalis est vendue : c'est à cette époque que son propriétaire détruit la majeure partie des bâtiments, ne laissant que la chapelle de l'abbé et le logis debout.

La renaissance arrive en 1902, lorsque la veuve du banquier Edouard André, la fameuse Nélie Jacquemart, acquiert Chaalis. On connaît ce couple pour sa superbe collection d'objets d'arts réunie par eux dans l'hôtel parisien qui porte leur nom : hé bien, ici, Nélie installe ses plus belles pièces !

Meubles précieux Empire ou XVIIIe siècle, tableaux de Boucher, Giotto, Oudry trônent dans les chambres, les salons où la grande et impressionnante galerie. Elle aménage aussi la belle roseraie de 3 500 m2. Nélie lègue ce trésor à l'Institut de France en 1912, peu avant de mourir...


Et encore !