Le crottin de cheval de Saumur

Vinaigrette 0
Cadre Noir - ©Internet Archive Book Images / Public domain Cadre Noir - ©Internet Archive Book Images / Public domain
Spécialité

Késako ?

Miam, voilà une des recettes de la belle région angevine ! De forme ovale, cette confiserie rend hommage à la prestigieuse école d'équitation saumuroise ! Crée dans les années 1950, c'est une nougatine et un praliné à la noisette enrobée de chocolat et de poudre de cacao.

La petite histoire

L'école de cavalerie

Des cancres !

L'équitation, à Saumur, c'est sacré. Sous Henri IV, Duplessis-Mornay fonde l'académie d'équitation protestante. L'Ecole d'équitation militaire des carabiniers prend sa place au XVIIIe s. L'Ecole nationale des troupes à cheval arrive en 1814 ; l'Ecole d'application de cavalerie dès 1870... et finalement le Cadre Noir, dont le nom prend effet en 1936 et qui fait référence aux habits noirs des cavaliers.

Au XVIe s, les Français font office de cancres, en matière d'équitation : désolée, mais les Italiens ont un temps d'avance et excellent en dressage de chevaux ! Comme le napolitain Pignatelli, le maître en la matière. Les écuyers français vont donc apprendre directement en Italie dans les nombreuses académies déjà existantes.

Pluvinel et son académie

Parmi eux, le jeune écuyer Antoine de Pluvinel. Pluvinel, qui deviendra le précurseur de l'école d'équitation à la française ! Pour le moment, son père l'a envoyé étudier là-bas, à Naples, avec Pignatelli.

Totalement séduit par ses méthodes de dressage, il décide de les emmener en France et de créer sa propre Académie hippique à Paris. Avec une différence, tout de même : si les écuyers italiens sont violents avec leurs chevaux, lui prône la douceur, la patience. Le cheval reste un être humain, bon sang !

Il apprend l'art de monter à Louis XIII et écrit un manuel : L'instruction du roi, en l'exercice de monter à cheval, par messire Pluvinel, son écuyer principal. Lequel répondant à sa majesté, lui fait remarquer l’excellence de sa méthode, pour réduire les chevaux en peu de temps à l'obéissance des justes proportions de tous les plus beaux airs de manèges. Une référence, encore aujourd'hui...

De Louis XV à aujourd'hui

Plus tard, sous le règne de Louis XV, l'école saumuroise fait partie de ces grandes écoles militaires mises en place pour donner une éducation militaire aux jeunes nobles, comme le Prytanée de La Flèche ou l'école Militaire à Paris. En août 1764, on avait bien tenté d'implanter une école d'équitation à Douai, Metz, Angers et Besançon. Sans succès !

Une nouvelle école s'installe à Saumur en 1771, dans les bâtiments aménagés en 1768 pour loger les carabiniers du comte de Provence, futur Louis XVIII. Mais avec la Révolution, l'école doit fermer. La Convention fait voter une loi en 1796 qui prévoit la création de 3 écoles d'équitation à Angers, Lunéville et Versailles.

Et Saumur, alors ? Il faut attendre 1825 pour que l'école militaire s'y installe définitivement. On y compte alors les officiers instructeurs ; les élèves-officiers ; les sous-officiers ; les officiers de gendarmerie. Mais au début du XXe s, on n'utilise plus de chars blindés que de chevaux, pour la guerre ! Doit-on garder le Cadre Noir ?

On a finalement décidé que oui et ce n'est pas dommage : aujourd'hui, l'école fait partie du Patrimoine immatériel de l'humanité ! Elle enseigne l'équitation sportive, de compétition, à des civils. Et pour ceux qui se demanderaient : les chevaux montés par les écuyers sont tous alezans et bais, de race selle-français et anglo-arabe.

La mystérieuse écuyère

Une femme, cataclysme !

En 1854, la mystérieuse Mme Isabelle débarque à Saumur en tant qu'écuyère-chef : une femme, ici ! Cataclysme... A l’époque, le général de Rochefort commande l'école, le comte d'Aure dirige le manège. Tout va pour le mieux.

Et on leur envoie une bonne femme ?... On ne sait pas d'où elle vient, qui elle est, on crie au tollé ! Ah oui, mais pourtant sa méthode a été adoptée par le gouvernement, qui l'envoie ici. Même qu'une commission doit suivre les travaux de la dame au plus près !

Là, les militaires restent bouche bée. Et cette Mme Isabelle débarque avec la ferme intention de faire valoir sa méthode, qui vient à bout de tous les chevaux les plus difficiles. Comment ? C'est un secret !

La méthode de Marie

Mme Isabelle, Marie de son prénom, est mariée à un employé au ministère de la guerre. Modiste de formation, on la dit très vilaine de visage, suffisante, trop fière, mais bon ! Elle apprend à monter à cheval mais on la dit sans grâce, maladroite.

Elle ne se tient même pas droite en selle. Ce qu'elle aime, Marie, c'est le travail à pied, le piaffer, la courbette, tout ça. Elle étonne tout le monde quand elle sort un livre intitulé Dressage par le surfaix-cavalier des chevaux de cavalerie, d'attelage et de course en 6 et 12 leçons.

Le surfaix-cavalier, c'est un genre d'appareil qui se pose sur le dos du cheval, qui bloque les rênes et que le cavalier à pied peut contrôler. Un cavalier artificiel, si vous voulez. Marie assure que le tsar et tous les grands de ce monde ne jurent que par sa méthode !

Une femme qui dérange

Mais comment a-t-elle pu arriver à la tête de l'école de Saumur, alors ça... Les critiques et les insultes pleuvent, en tout cas. Après moult débats houleux, on se rend compte après plus de 6 mois qu'elle n'arrive à rien avec les chevaux hargneux, pas plus que les autres écuyers.

Elle s'est bien cassé les dents, sur ce fichu étalon normand, Marengo... Ultra protégée par l'empereur, elle reste en poste quelques mois encore. Puis disparaît à tout jamais ! Virée du jour au lendemain !

Si vous voulez mon avis, je pense surtout que dans un milieu exclusivement composé d'hommes, la petite Mme Isabelle a dû bien déranger ! Imaginez un peu ! Une femme dans un milieu fermé, militaire, ô combien masculin !

Ils l'ont dit laide, maladroite, mauvaise avec les chevaux (encore que le coup du surfaix-cavalier, qui tire violemment sur la bouche du pauvre équidé, laissez-moi douter de son utilité), mais ça reste à prouver...


Et encore !