George Sand et le château de Saint-Chartier

Vinaigrette 0
Le château - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Le château - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Château de Saint-Chartier Château George Sand

Un château romancé

« C'était un redoutable manoir, bien entier et très habitable, quoique dégarni de meubles. Il y avait des salles immenses, des cheminées colossales et des oubliettes que je me rappelle parfaitement. Ce château est célèbre dans l'histoire du pays.

Il était le plus fort de la province et longtemps il servit de résidence aux princes du pays de bas Berry. Il a été assiégé par Philippe Auguste en personne, et plus tard il fut occupé par les Anglais et repris par eux à l'époque des guerres de Charles VII. C'est un grand carré flanqué de tours énormes.

Le propriétaire, lassé de l'entretenir, voulut l'abattre pour vendre les matériaux. On réussit à enlever la charpente et à effondrer toutes les cloisons et murailles intérieures. Mais on ne put entamer les tours bâties en ciment romain et les cheminées impossibles à déraciner. […] En somme c'est une ruine magnifique et qui bravera le temps et les hommes pendant bien des siècles encore. »

Ces mots, c'est George Sand qui les écrit dans son autobiographie, Histoire de ma Vie. Elle le connaît bien, elle y vient se promener depuis sa maison de Nohant avec sa mère, le dimanche. Elle l'aime tellement qu'elle y situe son roman Les Maîtres Sonneurs (1853) !

Une succession de familles

D'abord grosse forteresse médiévale, puis château néo-gothique au XIXe s, Saint-Chartier voit le jour à la fin du XIIe s : ce sont les puissants princes de Déols qui le possèdent alors. Ensuite, le fief passe par alliance, au XIIIe s, à la famille de Chauvigny, avant qu'il ne passe sous la domination de la baronnie de Châteauroux. Depuis tout ce temps, le château devait être bien abîmé.

On suppose qu'il est entièrement reconstruit au XVe s, avant qu'il ne passe par héritage aux Maillé de La Tour Landry. Et ce n'est pas fini ! Au tout début du XVIIe s, on remanie son aspect général et ses appartements. Les propriétaires se succèdent : les Penthièvre au XVIe s, les Nicolaÿ en 1680, les Saint-May en 1680, les Brécy en 1715...

Typhus et marchand de bonnets

Mais au tout début du XIXe s, le comte de Chabrillan détruit les toitures : argh, un vrai saccage ! Mais du calme, tout s'explique ! Le gouvernement veut placer des malades du typhus au château ! Le comte le rend donc complètement inhabitable pour que les malades n'arrivent pas jusque-là... ce qui a sauvé les habitants de Saint-Chartier de cette maladie mortelle !

Depuis, le château est abandonné... longtemps ! Jusqu'à ce qu'un certain Alexandre Naud, « marchand de bonnets qui s'est enrichi en Chine », rachète le domaine en 1858. George Sand écrira sur la vente :

« Le riche Simons, un des gros capitalistes de France, croyait tenir l'affaire à 220 000 francs. Tout à coup apparaît un personnage de comédie, sale et troué que l'on prend pour un mendiant, et qui sort 250 000 francs de sa poche et achète sous le nez du millionnaire ébahi. »

Dès 1870, l'architecte Alfred Dauvergne restaure le château tel qu'on peut le voir aujourd'hui. Un vendéen d'origine nommé architecte du département de l'Indre, surtout connu pour avoir construit la manufacture de tabac, l'usine Balsan ainsi que les églises Notre-Dame et Saint-André de Châteauroux...


Et encore !