This website requires JavaScript.

La Rochelle, 1628 : le serment de Jean Guiton

Quand : 1627 - 1628

Le serment de Guiton | ©The British Library / Public domain
Hôtel de ville Siège Hôtel de ville de La Rochelle

Guiton, le maire de La Rochelle, frappe du poing sur la table.

Bam. Personne ne moufte dans la pièce.

Il en impose, sa voix enfle. Personne ne penserait à interrompre sa gueulante.

Alors que dehors, la guerre gronde et la mort rôde aux portes de la cité...

Un Etat dans l'Etat

La Rochelle est LA ville protestante la plus importante de l’Ouest de l’Europe, depuis le XVIe siècle.

Mais depuis le sang des guerres de Religion et la signature de l’Edit de Nantes en 1598, qui concédait droits de culte, civils et politiques aux protestants, rien ne va plus.

Il y a comme à La Rochelle un « Etat dans l’Etat », une cité forte et indépendante, capable de vivre en autarcie grâce à son commerce maritime... qui menace carrément la monarchie !

La Rochelle la rebelle dérange, avec tous ses protestants, qui reçoivent même l’aide des Anglais et leur appui financier !

Danger... menace sur le trône du roi !

Couper les vivres

Alors en 1627, l’armée royale (et catholique) de Louis XIII et Richelieu vient y mettre le siège.

Les deux hommes font fortifier tout le coin et attendent l’attaque anglaise ultime, celle du 10 septembre 1627.

Le souci principal ? Couper les vivres aux Rochelais.

Comment ? En construisant une digue colossale de 20 m de haut, longue de 1,5 km.

Ca marche ! Les bateaux remplis de vivres se font refouler.

Le secours anglais ne peut plus venir non plus.

On commence à crever de faim, dans la ville.

Surtout que le siège dure du 10 septembre au 28 octobre. C’est long, un mois !

P.S. : on peut encore, à marée basse, voir les vestiges de la digue, à l’entrée du chenal du port de La Rochelle, endroit que marque la « bouée Richelieu ».


La Rochelle en 1627-28

La Rochelle en 1627-28 | ©Rijksmuseum / CC0

Voilà Guiton !

Remontons quelques mois avant le siège.

Le 30 avril 1628, les habitants élisent leur nouveau maire : il s’appelle Jean Guiton.

Guiton, Rochelais militaire et armateur, riche négociant, fils et petit-fils de maires.

Protestant avant tout !

Il a hésité, avant d’accepter le poste.

Mais là, pendant le siège de sa ville, appuyé sur la table en marbre ébréché qu'on voit encore aujourd'hui, Guiton rugit, en sortant son couteau.

Il hurle qu’il jure de l’enfoncer dans le cœur du premier qui parlerait de capituler devant les armées royales !

Et qu’on s'en serve contre lui s’il lui venait cette idée en tête...

La tradition dit que le maire, emporté par un élan de fougue, brandit son poignard et entaille la table, d'où la marque encore visible.

Serment qu’il ne tient pas ! Puisque la ville affamée devra capituler après 13 mois de siège.

En plus de son bureau, on voit son fauteuil en cuir de Cordoue. Et sur la place de l’hôtel-de-ville, la statue de Jean !


La famine pendant le siège

La famine pendant le siège | ©Rijksmuseum / CC0

Des vies fauchées

Les rues jonchées de corps.

Plus de nourriture.

Les gens avaient mangé les cuirs, la paille hachée, les os pilés, les chats, qui se vendaient alors « 45 livres ».

Comme pendant le célèbre siège de Château-Gaillard et ses bouches inutiles, on chasse de la ville les infirmes, les vieux, les veuves.

Une fois dehors, refoulés par les assaillants mais trouvant les portes de la ville close, ils ne pouvaient que mourir de faim.

La puissante La Rochelle comptait alors 28 000 habitants : à peine 5000 âmes réchappent au siège...


Statue de Guiton, La Rochelle

Statue de Guiton, La Rochelle | ©Jebulon / CC0

Exil pour tout le monde !

Au final, Guiton n'a pas tenu sa promesse de ne jamais capituler et doit s’exiler à Londres.

Il a perdu deux fils à cause du siège et de sa famine.

Il revient à La Rochelle plusieurs années plus tard pour se mettre au service de la marine du roi et meurt en 1654, à 69 ans.

Vous voulez savoir le résultat de tout ça ?

La terrible révocation de l’Edit de Nantes en 1685, avec la traque de milliers de protestants qui préfèrent encore une fois s’exiler.

Il faut attendre 1787 pour qu’enfin, on ne persécute plus jamais aucun protestant en France…

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !