Pissotière, hématome, deuil en noir : 3 anecdotes sur la mort de Charles VIII à Amboise en 1498

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Charles VIII sur son lit de mort - ©The British Library / Public domain Charles VIII sur son lit de mort - ©The British Library / Public domain
Château d'Amboise Château Accident Charles VIII

7 avril 1498. Petite brise tiède, lourde d’odeurs de fleurs. Bruissement du chèvrefeuille. Bourdonnement d’abeilles. Il fait un temps magnifique, sur Amboise.

Le type qui s’agite, là, dans la cour du château, c’est Charles VIII. Fiston de Louis XI. Charles naît ici, en juin 1470. Il va y mourir, 28 ans plus tard... bêtement !

1 - Mort dans la pissotière d'Amboise

14 heures passées. Samedi 7 avril 1498. La cour est au château d’Amboise.

Charles, accompagné de la reine Anne de Bretagne, quitte ses appartements pour se rendre vers les fossés du château assister à une partie de jeu de paume.

Ils traversent une partie du château qu’on appelle galerie Hacquelebac. L’endroit le plus dégueu ! Pourquoi ? Parce que, dit Augustin Cabanès dans son bouquin Les morts mystérieuses de l'Histoire, l’endroit sert à tout le monde pour pisser tranquillou !

Et voilà. Malgré sa petite taille, Charles se tape le front contre le linteau de la porte de la galerie. Violemment. Peut-être l’odeur de la pisse prend si fort Charles au nez, et le perturbe à tel point qu’il oublie de baisser la tête en passant la porte ?

Ils arrivent au jeu de paume, regardent, discutent un moment. SOUDAIN... Charles bredouille une dernière phrase : « J’espère bien ne commettre aucun pêché soit mortel, soit véniel ». Et paf, il s’écroule.

Etendu sur un peu de paille à l’entrée de la galerie Hacquelebac, il meurt vers 23 heures, en ayant murmuré ces derniers mots : « Mon Dieu, Vierge Marie, monseigneur saint Claude me soient en aide ! »

Bref. Charles VIII, 28 ans, vient de mourir à Amboise.

2 - Choc à la tête... mortel ?

Alors, y a-t-il eu traumatisme crânien, résultat du choc frontal ?

Si vous pensez qu’un simple choc contre un linteau de porte ne peut pas être mortel... vous vous gourez !

Hé oui : pas besoin d’un choc violent pour (parfois) entraîner trauma, hémorragie... et mort. Non mais, minute, hein : les chocs à la tête sont heureusement le plus souvent sans conséquences.

Mais parfois, donc, il y a atteinte du cerveau : au moment du choc, pas de symptômes. En revanche, dans les heures qui suivent, l’hémorragie arrive : troubles de la vision, perte de mémoire et de la parole... puis c’est la paralysie et de la mort. Tenez : Charles, lui, se révèle incapable de répondre aux questions qu’on lui pose !

En plus, on sait que le papa de Charles, Louis XI, a fait plusieurs accidents cérébraux ! Son fiston a hérité de cette faiblesse. Choc plus vaisseaux affaiblis par l’hérédité égal... mort assurée.

3 - Anne la Bretonne lance la mode du deuil en noir

Le deuil en noir, une première chez les reines de France !

C’est la moitié de Charles VIII, Anne de Bretagne, qui la première porte le deuil en noir, à la cour de France... pour la mort de son mari.

Oui ! Avant ça, les reines portent le deuil en blanc (d’où le nom de ces veuves de Reines blanches), et les rois en violet ! Même qu’à la mort d’Anne de Bretagne, Louis XII, son second mari (inconsolable), porte son deuil en noir. Vous vous demandez pourquoi ce revirement...

Le blanc, c'est trop pur. Trop lumineux. Pas assez fort pour exprimer un chagrin mordant. Un chagrin qui vous ronge. Le noir implacable, Anne l’« estima plus propre pour signifier au-dehors l’extrême tristesse qui la serrait au dedans » (Le Laboureur, De l’Origine des armes, 1658). Tout est dit !


Et encore !