Paris, hiver 1393 : le cauchemar du bal des Ardents au château de la Reine Blanche

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Le bal des Ardents - ©The British Library / Public domain Le bal des Ardents - ©The British Library / Public domain
Château de la Reine Blanche Hôtel particulier Accident Festivités Isabeau de Bavière Charles VI

Odeur de cochons rôtis laqués au miel. Effluves d'épices. Rires gras et éclats de voix aigus.

Une fête mémorable... mais... minute ! Vous ne sentez pas autre chose ? Comme une odeur atroce... de chair brûlée ? Oui. Le cauchemar ne fait que commencer.

Car le terrible épisode du Bal des Ardents aurait eu lieu ici, en l’hôtel de la Reine Blanche... le 28 janvier 1393.

Le charivari d'Isabeau

La nuit vient de tomber. Les gens se pressent dans l’hôtel avec leur petit carton d’invitation mentionnant que la reine de France Isabeau de Bavière donne une petite fête, à l'hôtel de la Reine Blanche.

Un bal masqué en l’honneur d’une de ses dames d’honneur qui vient de se remarier. Un charivari, comme on dit à l’époque : voui, ça se dit quand une dame veuve se remarie, « trompant » ainsi son ex-mari...

Le roi Charles VI fait partie de la nouba. Vous savez, celui qu’on surnomme le Fol, qui a des petits moments d’absence ?

Bah, ça va lui changer les idées, tiens.

Tout content, il se déguise en sauvage, avec 5 de ses gentilshommes. Les costumes sont faits d’un enduit de poix recouvert de plumes, et des chaînes les lient les uns aux autres. Leur entrée dans la grande salle de l’hôtel fait son petit effet...

Poix liquéfiée et cauchemar intense

Jusqu’à ce que le frangin du roi, curieux, s’approche d’eux avec une torche à la main, pour les voir un peu mieux. Mais la poix, ça brûle bien : le feu se propage immédiatement aux costumes. La flamme monte jusqu'au plafond !

Direct, Charles se fait sauver par sa tante, qui le couvre d’un manteau et éteint les flammes. Sauvé aussi, le sire de Nantouillet, qui détache sa chaîne et saute dans une cuve pleine... d’eau de vaisselle.

Les trois autres meurent dans d’horribles souffrances. Brûlés vifs. Tenez, on va écouter la Chronique du Religieux de Saint-Denis, qui nous décrit tout comme si on y était :

« La poix liquéfiée ruisselait sur leur corps et pénétrait dans leurs chairs. Ils furent une demi-heure en proie à ces souffrances. En essayant de déchirer leur vêtement, ils se brûlèrent et se calcinèrent les mains. Le feu consuma aussi les parties inférieures de leurs corps et leurs membres virils qui tombaient par lambeaux et inondèrent de sang le plancher de la salle. »

Leurs noms ? Le comte de Joigny, Aymard de Poitiers et Hugues de Guissay.

Le pauvre Charles VI, déjà pas bien psychiquement, finit complètement bredin après ce drame : horrible, on imagine bien que les cris de ses compagnons rôtis sur place a dû longtemps le hanter...


Et encore !