Juin 1861, quand la Thailande s'invite au château de Fontainebleau

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Napoléon III reçoit les ambassadeurs siamois à Fontainebleau (Gérôme, 1864) - ©manhhai / CC-BY Napoléon III reçoit les ambassadeurs siamois à Fontainebleau (Gérôme, 1864) - ©manhhai / CC-BY
Château de Fontainebleau Château Festivités Napoléon III Eugénie de Montijo

Froufrous de la soie dorée des tuniques. Cliquetis des sabres ornés d’éléphants en argent.

Il fait chaud, très chaud, en ce jour de juin 1861, dans la galerie Henri II du château de Fontainebleau. Il est 17 heures. Le soleil brille.

La visite des ambassadeurs siamois à l’empereur Napoléon III promet du dépaysement !

De Bangkok à Paris

1684. Le roi de Siam (l’actuelle Thaïlande) envoie une ambassade dans la France de Loulou le 14e du nom. La première de ce genre, à Versailles !

Rebelote le 27 juin 1861, cette fois à Fontainebleau, dans la galerie Henri II.

Partis de Bangkok le 22 mars, les ambassadeurs débarquent pour faire alliance commerciale avec la France. C’est la frégate l’Asmodée qui les transporte jusqu’à Toulon (83). De Toulon, direction Paris. Et de la capitale, un train spécial gare de Lyon les emmène à Fontainebleau...

Une attente... pour sauver l'honneur !

Bon, là, on y est. Regardez : au fond de la galerie Henri II, on a installé une estrade de velours rouge sur laquelle ont pris place l’empereur Napoléon III et sa femme Eugénie.

Mais... ils attendent ?? Oui.

Les ambassadeurs sont à la bourre.

C’est parce qu’à la cour du roi de Siam, on ne doit apparaître qu’avec des vêtements neufs, ou ne pas se présenter du tout. Là, nos Siamois sont embêtés. Leurs costumes de soie sont magnifiques, voui, mais un brin froissés par le voyage !

Ils insistent au dernier moment pour se changer, sinon ce sera la honte de se montrer comme ça devant l’empereur ! Hop, changement express, et ils apparaissent enfin.

On dit qu’Eugénie, après tout ce retard, sourit derrière son éventail quand on lui explique la cause du retard...

Des cadeaux dorés et un papa heureux

Les ambassadeurs siamois s’avancent en rampant jusqu’à l’estrade. Pas facile pour le premier de la file : avec son large chapeau conique mal attaché sur sa tête, il tient entre ses mains une énorme coupe d’or contenant des lettres du roi de Siam.

Ils offrent des cadeaux somptueux, exposés peu après au public : une couronne d’or, deux parasols en soie, un harnachement de cheval couvert de pierres précieuses, des armes incrustées d’émeraudes... plus une photo du roi et de la reine de Siam (à l’époque Rama IV et Pannarai).

Une fois la coupe dorée remise à Napo, Eugénie se penche vers le fils de l’un des ambassadeurs pour l’embrasser chaleureusement. Le papa, touché, dit en thaï : « Maintenant, mon fils, tes jours seront toujours heureux ! »

Vous savez quoi ? On a gardé deux souvenirs de ce moment spécial : une célèbre peinture signée Gérôme et le musée Chinois du château de Fontainebleau, qui expose les cadeaux offerts par nos ambassadeurs !

Oh ! Sans oublier un autre passage remarqué d’asiatiques en France : des ambassadeurs japonais débarquent à Saint-Tropez, un jour de 1615...


Et encore !