Du croustillant, du tragique : les amants de la Roche-Courbon

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Le château - ©Groumfy69 / CC-BY-SA Le château - ©Groumfy69 / CC-BY-SA
Château de la Roche-Courbon Château Destin tragique Histoire d’amour Enlèvement

Le fait divers est raconté dans Un enlèvement au XVIIIe siècle (Jules Claretie, 1882).

Haut les mains !


L’affaire a fait du boucan, à l’époque. Ben, attendez, l'héritier de la Roche-Courbon qui enlève une jeune fille de 15 ans à peine... pas croyable !

Nous voilà en 1737. Quelque part dans Paris. La veuve du financier Peyrenc de Moras (directeur de la Compagnie des Indes et constructeur de l’hôtel Biron à Paris, actuel musée Rodin) envoie une lettre au couvent du Cherche-Midi, demandant à ce que sa fille, Anne-Marie, 15 ans, vienne la voir dès qu'elle le peut. Elle enverra une voiture.

Le lendemain, comme prévu, la voiture attend : voilà la jeune fille qui part avec sa gouvernante... qui ne tarde pas à s'apercevoir qu'on ne va pas dans la bonne direction ! Anne, toute calme, avoue qu'elle vient de s'enlever, tout en sortant un pistolet ! Sur quoi elle lui dit « que si elle faisait du bruit, elle lui casserait la tête et qu’elle n’avait qu’à se taire. »

Mais qu’est-ce qui lui est bien passé par la tête, à la demoiselle, pour faire un truc pareil ?! L’amour, tiens !

Lui et personne d’autre


Elle devait épouser Louis de Courbon, mais sa mère a changé d'avis au dernier moment : le sieur n'est plus assez bien, apparemment... Louis est capitaine de cavalerie au régiment de Clermont, il n’est pas vilain, en plus, même si Anne ne l’a jamais rencontré. On lui a mis un autre fiancé dans les pattes, mais Anne veut Louis, et personne d'autre !

Pour ça, elle a prévu d'aller le rejoindre là où il vit, au château de la Roche-Courbon. Paris-La Roche, ça fait une trotte ! Mais Anne ne se démonte pas et la calèche file à toute allure. Enfin, elle arrive au château : mais elle trouve un Louis très inquiet. Tiens, tu penses, il n’était pas au courant ! Elle a 15 ans, lui 20 ans de plus ! Mais que vont penser les gens... Puis, en voyant que la demoiselle est sincèrement très amoureuse, lui disant qu’elle vient de son propre gré, par sa volonté, lui offrir son cœur, il se laisse aller... et l'épouse.

Ils vont vivre ensuite quelques semaines bien agréables dans le château charentais... sans savoir qu’à Paris, on sait déjà et on se moque, ça jase... d’où la chanson composée sur l’air de La béquille du père Barnabas, d’après l’histoire d’un prêtre moqué pour avoir laissé sa béquille dans un endroit mal famé, rempli de donzelles :
La petite Moras, Cette riche héritière, a quitté la grille, Et ne savez-vous pas Que c’est pour la béquille Du père Barnabas ?
On se doute bien du sens cochon du mot béquille, pas besoin de vous faire un dessin...

Tristes noces


Mais c'est sans compter les oncles d'Anne, qui déboulent dans sa chambre au premier étage du château et l'arrache des bras de Louis. Direction le couvent de Gergy, en Bourgogne. Au loin... Louis est obligé de fuir, en Italie, où, ne pouvant même pas se cacher chez son cousin l'ambassadeur, il va mourir de faim et de misère peu après... La gouvernante se fait marquer au fer rouge en public. Anne, elle, tombe malade. On croit qu'elle va mourir, mais non... on finira par la marier 10 ans après au comte de Merle, ambassadeur français au Portugal. Ah, les tristes noces...


Et encore !