5 anecdotes autour de la tentative de suicide de Napoléon Ier au château de Fontainebleau

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Napoléon à Fontainebleau, le 31 mars 1814 (P. Delaroche, 1840) - ©Yann Caradec / CC-BY-SA Napoléon à Fontainebleau, le 31 mars 1814 (P. Delaroche, 1840) - ©Yann Caradec / CC-BY-SA
Château de Fontainebleau Château Napoléon Ier

« La mort n'est rien, mais vivre vaincu et sans gloire, c'est mourir tous les jours. »

Ca, le p’tit Corse l’a dit.

Alors, Napoléon Ier a-t-il vraiment tenté de se suicider, à Fontainebleau en avril 1814 ?

Lui, l’empereur, l’aigle, le lion conquérant prêt à bouffer toute l’Europe ? Oui. Un lion qui préfère crever que de perdre ce qu’il a bâti. Sa grandeur.

Retour sur les faits (avec une histoire de docteur en pleine crise de nerf et de mithridatisation) !

1 - Histoire de comprendre... c'est quoi, la situation ?

Une nuit noire d’angoisse d’avril 1814. Silence de mort sur le château. Fontainebleau dort.

Sauf... Napoléon. Encerclé. Foutu. L’ennemi prussien et russe fond sur Paris. Lui s’est retranché à Fontainebleau. Perdu...

Vous voulez savoir ce qu’il se passe ?

Le Corse a tout paumé ! Lui, 1er empereur des Français sacré en 1804... Prêt à conquérir le monde, il se prend l’échec de la catastrophique campagne de Russie en pleine poire (si, si, la Bérézina, tout ça, vous connaissez !).

Suite à quoi, retour du boomerang : l’ennemi envahit la France. Incapable de repousser le front menaçant qui avance sur Paris, Napo se réfugie à Fontainebleau où il abdique, le 6 avril 1814.

2 - Le récit d'une nuit d'enfer

Une nuit terrible infestée de loups

La tentative de suicide de Napoléon Ier se passe à Fontainebleau, dans la nuit du 12 au 13 avril 1814.

Tentative désespérée 7 jours avant ses célèbres adieux dans la cour du château, avant de partir en exil sur l’île d’Elbe.

On est le soir du 12 avril. Epuisé, fatigué de se battre, l’empereur gémit :

« - La vie m’est insupportable ! Je me trouve au milieu de loups ! »

La tension... est palpable. Napoléon semble... fébrile. Tendu. Les nerfs plus qu'à vif.

Tard dans la nuit, seul dans la pénombre de sa chambre, il va se coucher. Son valet dort dans la pièce juste à côté. Une porte ouverte les sépare. Mais au coeur de la nuit la plus noire, il se lève, comme un zombie.

Une... pulsion. C'est ça. Une pulsion.

Belladone et opium dans du satin noir

Pulsion suicidaire !!

Napoléon a la force de se souvenir : son « chirurgien ordinaire » Alexandre-Urbain Yvan lui avait préparé un mélange mortel composé de belladone, hellébore et opium.

Cocktail fatal préparé pendant la campagne de Russie, au cas où il tomberait dans une embuscade. Pour mourir dignement. L'empereur le porte toujours autour du cou dans un petit sac de satin noir.

Mais il n’en a jamais eu besoin. Jusqu’à maintenant...

Sa main tremblante verse le contenu du poison dans un verre d'eau. Sans hésiter, il le vide d’une traite. Glup.

Passera la nuit, la passera pas ?

CA Y EST ! Des maux de ventre terribles l'agrippent. Le serrent. Lui lacèrent littéralement les entrailles. Un feu mordant aux tripes, vous ressentez ça ?!

Il se sent partir. Appelle ses fidèles généraux, leur confie une lettre pour sa femme, qui se termine par un vibrant : « Mes malheurs ne me touchent que pour le mal qu’ils te font. »

Napo perd conscience. On appelle son médecin. Mais il vomit. Vomit... se tord de douleur. Transpire comme un dingue. Les yeux fixes, il convulse à moitié, avant de tomber en léthargie.

Après une nuit de douleurs, de spasmes, un mouchoir entre les dents pour supporter la souffrance, ça va mieux.

Carrément mieux : échevelé, dépenaillé, dégueulasse de sueur, le visage blême, Napo est hors de danger.

« - La mort ne veut pas moi », souffle-t-il, déçu... Hé oui. Tentative ratée.

Quelques jours plus tard, il fait ses adieux à ses soldats en larmes dans la cour du château, avant de filer en exil à Elbe.

3 - Pourquoi le docteur de Napoléon, Alexandre-Urbain Yvan, se sauve pour ne jamais revenir

Après l’épisode de Fontainebleau, on ne reverra plus jamais le fidèle Yvan. Qui soigne les bobos de Napo depuis 1800, quand même... voui, mais il panique complètement cette nuit-là, et s’enfuit !

Pourquoi ?

Napoléon avoue : oui, il a tenté de se suicider ! Avec le poison contenu dans le petit sac pendu à son cou, vous savez ? Mais la mort ne voulant pas venir, il demande une dose plus forte. Le docteur Yvan, outré, refuse.

Et réalise que l’empereur a failli clamser... On pourrait l’accuser d’avoir voulu le tuer !

L'horreur !!! A cette idée, Yvan fait une violente crise de nerf. Choqué, il prépare son cheval et s’enfuit au galop dans la nuit noire...

C’est un autre toubib, Foureau de Beauregard, qui suit Napo dans son exil sur l’île d’Elbe. Le Corse ne pardonnera jamais à Yvan, refusera de le revoir et de prononcer son nom.

4 - Napoléon fait non pas une... mais plusieurs tentatives de suicide !

Quel canaillou, ce Napo. Cachottier, en plus ! Il nous fait plusieurs tentatives de suicide dont il ne nous parle même pas !

Hé oui : Napoléon aurait déjà eu des tendances suicidaires, avant Fontainebleau.

Comme à la bataille d’Arcis-sur-Aube contre les Prussiens (mars 1814), où son cheval, sous lui, se fait complètement pulvériser par un obus. Le maréchal Exelmans le force à quitter la bataille, il refuse.

« - Laissez-le, vous voyez bien qu’il le fait exprès, il veut en finir », marmonne Exelmans aux soldats...

L'autre tentative a lieu avant de quitter La Malmaison, le 28 juillet 1815 (vu dans Napoléon à Saint-Hélène, J. Hereau, premier chirurgien de l’impératrice Marie-Louise, 1829).

Napo donne au mystérieux M. :

« un petit flacon long, plat et soigneusement bouché, contenant deux cuillerées d’une liqueur jaunâtre, très limpide. Il lui ordonna de la placer dans quelques parties de ses vêtements et qu’il pût facilement atteindre. »

Le 3 août, à bord du bateau qui l’emmène vers Saint-Hélène, l'empereur boit la fiole. On sait qu’après, il souffre de maux d’estomac terribles, jusqu’à sa mort !

5 - La cause du flop : Napoléon se serait mithridatisé (oh, une technique de roi grec)

La mithridatisation. Ou comment prendre régulièrement de petites doses de poison pour y être immunisé. Du nom d’un vieux roi grec, Mithridate, qui a utilisé cette méthode bien avant Napo...

Oui, du coup, revenons à notre petit Corse. Qui prenait régulièrement de l’arsenic pour se mithridatiser... en cas de tentatives d’assassinat, tiens !

Voilà pourquoi le poison ingurgité cette nuit d'avril 1814 n'a pas agi. L'empereur craignait de se faire assassiner et s'est protégé contre ça... mais au moment de penser au suicide comme dernier recours, son immunité pose évidemment problème !

Et vous ? Vous en pensez quoi ? Est-ce son immunité au poison ou le fait que la mixture donnée par le docteur Yvan se soit éventée, qui a sauvé l’empereur ?


Et encore !