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L'histoire de Gabrielle d’Estrées en 14 anecdotes

Quand : 1573 - 10 avril 1599

Gabrielle d'Estrées (d'après Le Barbier, XVIIIe s) | ©Rijksmuseum / CC0
Château Gabrielle d'Estrées Henri IV Château de Cœuvres

C’est dans le château picard de Coeuvres que naît la célèbre Gabrielle d’Estrées, la presque reine maîtresse d’Henri IV !

C’est le moment d’évoquer sa destinée...

Sources : Gabrielle d’Estrées (Adrien Desclozeaux, 1887) / De quoi sont-ils vraiment morts ? (Jacques Delbauwe, 2013) / Dictionnaire des favorites (Henri Pigaillem, 2010) / Lettres intimes de Henri IV / Recueil des diverses pièces servant à l'histoire de Henri III.

1 - Une sacrée grand-mère

Oh, sa grand-mère, c’est Marie Gaudin, une des favorites de François Ier !

On l'a rencontrée au château de La Bourdaisière… « la race la plus fertile en femmes galantes ».

Maîtresse du roi de France, mais aussi de Charles Quint et du pape Clément VII !

Tallemant des Réaux écrit sur les La Bourdaisière, avec leur solide réputation de « femmes galantes » :

« On en compte jusqu’à 25 ou 26, soit religieuses soit mariées, qui toutes ont fait l’amour hautement. »

2 - Mère absente, père dépassé !

Gabrielle est tourangelle par sa mère, Françoise Babou de La Bourdaisière.

Elle a des origines picardes par son père, Antoine d’Estrées, vicomte de Soissons et marquis de Coeuvres.

Gabrielle fait partie d’une grande fratrie : 9 enfants, dont 7 filles ! Les contemporains les décriront plus tard comme les « sept péchés capitaux ».

Antoine dit lui-même de son épouse « Voyez-vous cette femme, elle me fera un clapier de putains de ma maison », en parlant du château de Coeuvres !

Françoise finit par quitter Coeuvres pour suivre son amant, Yves d’Alègre, en 1589.

Elle laisse la garde de ses enfants à sa sœur Isabelle, avant de finir tuée en 1592 avec son amant à Issoire, pendant les guerres de Religion.

Des historiens colportent même l’idée que Gabrielle a été vendue 6000 écrus par sa mère à Henri III, à d’autres courtisans puis au cardinal de Guise...

3 - Elle naît au château de Coeuvres

Gabrielle naît au château de Coeuvres en 1573.

Propriété des comtes de Soissons jusqu’au XVe siècle, une des filles de Raoul de Soissons le vend à un d’Estrées.

Le château reste dans la famille jusqu’au XVIIIe siècle. Il reste aujourd’hui bien peu de chose du vaste château des Estrées, très endommagé par des tirs d’artillerie, en 1918.

En 1590 (date de la première visite d’Henri IV), le château forme « un rectangle de 70 mètres de long sur 64 de large.

Chaque angle était flanqué d’un pavillon carré qui faisait saillie dans les fossés », rapporte Revue historique (11e année, tome 30, 1886).

Pour se donner une idée, on pourra évoquer, au rez-de-chaussée d’un des logis, la

« grande salle de six travées, lieu ordinaire de réunion où la famille prenait ses repas. Au premier, une galerie occupant non seulement la longueur de la grande salle, mais s’étendant encore au-dessus de deux autres pièces du rez-de-chaussée, était desservie à ses extrémités par les deux escaliers d’honneur. Elle servait pour les fêtes et ballets. Elle était cintrée et lambrissée de moerin et plancheiée avec un lambris de menuiserie et des bancs aussi de menuiserie au pourtour. »
Château de Coeuvres

Château de Coeuvres | ©Pascal3012 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

4 - A quoi ressemble Gabrielle d'Estrées ?

Son portrait ?

Le voici, d’après Mlle de Guise dans Les Adventures de la Cour de Perse :

« Bien qu’elle fut vêtue d’une robe de satin blanc, si est-ce qu’il semblait être noir à comparaison de la neige de son beau teint. Ses yeux étaient de couleur céleste et si luisants qu’on eut difficilement peu juger s’ils empruntaient du soleil leur vive clarté, ou si ce bel astre leur était redevable de la sienne. Avec cela, elle avait les deux sourcils également recourbés et d’une noirceur aimable, le nez un peu aquilin, la bouche de la couleur des rubis, la gorge plus blanche que n’est l’ivoire le plus beau et le plus poli, et les mains, dont le teint égalait celui des roses et des lys mêlés ensemble, d’une proportion si admirable qu’on les prenait pour un chef-d’œuvre de la nature. »

5 - Sa rencontre (pittoresque) avec Henri IV

Elle se déroule ici, au château de Coeuvres, en novembre 1590 !

Elle est haute en couleurs, on vous en dit plus dans cet article

Gabrielle d'Estrées

Gabrielle d'Estrées | ©Biblioteca Nacional de España / CC-BY

6 - Sa relation avec Henri IV

1590. Le grand écuyer d’Henri IV, Roger de Bellegarde, a le malheur de présenter sa fiancée, Gabrielle, au roi.

Henri l’a vue, il ne veut plus qu’elle. Et en informe le sieur : « Monsieur, j’entends ne partager pas plus la femme que j’aime que la royauté. Je suis jaloux de l’une que de l’autre. Je vous demande de ne plus penser à Mlle d’Estrées. »

Bellegarde informe Gabrielle des sentiments du roi. Elle ne l’aime pas ! Il la dégoûte, même !

En colère, elle fonce chez le roi et lui reproche de se mêler de ce qui ne le regarde pas et qu’il « s’attirerait sa haine s’il l’empêchait d’épouser Bellegarde ».

On n’a jamais résisté à Henri comme ça, jamais !

« Résolvez-vous à n’avoir qu’un serviteur », lui écrit-il en lui demandant de choisir et en dénigrant son rival.

Elle résiste un an, avant d’abdiquer. Il faut dire qu’en acceptant le roi dans son cœur, des privilèges tombaient pour ses proches...

Son père obtient la charge de gouverneur de Noyon, hop, un poste de gouverneur pour l’amant de sa tante Mme de Sourdis... Celle-ci lui a bien fait comprendre que côtoyer le roi avait des avantages.

Gabrielle a-t-elle oublié Bellegarde pour autant ? Non, pas au début ! C’est un ménage à trois probable.

Henri est au courant, il lance une fois à son rival le très cochon « aux belles gardes les beaux fourreaux » !

D’abord contrainte, Gabrielle a sans doute appris à aimer le roi, petit à petit.

Gabrielle et Henri IV

Gabrielle et Henri IV | ©Rijksmuseum / CC0

7 - Des lettres d'amour enflammées

Henri IV s’est fendu de lettres enflammées à Gabrielle, dès le tout début.

Il les commence par « Mon bel ange », écrit « Je suis et serai jusqu’au tombeau votre fidèle esclave », « Je baise un million de fois vos beaux yeux », « Bonjour, mon tout », « Bonjour, mon menon »...

Joli, non ?

Mais connaît-on une lettre de la main de Gabrielle ? Oui !!

Qui nous dévoile ses sentiments, alors que Henri est gravement malade, en octobre 1593.

Et c’est touchant !

« Je meurs de peur : assurez-moi, je vous supplie, en me disant comme se porte le plus brave du monde. Je crains que son mal ne soit grand, puisque autre cause ne me devait priver de sa présence aujourd’hui. Dis m’en des nouvelles, mon cavalier, puisque tu sais combien le moindre de ses maux m’est mortel. Combien que par deux fois j’ai su de votre état, aujourd’hui je ne saurais dormir, sans vous envoyer mille bonsoirs, car je ne suis pas douée d’une ladre constance. Je suis la princesse Constance, et sensible pour tout ce qui vous touche, et insensible à tout ce qui reste au monde, soit bien soit mal. »
Les amours de Gabrielle et Henri

Les amours de Gabrielle et Henri | ©Eesti Sõjamuuseum - Kindral Laidoneri Muuseum / CC0

8 - Henri IV la marie... puis la fait divorcer

Henri IV la marie pour la forme en 1592 à Nicolas d’Amerval de Liancourt, dans la cathédrale de Noyon.

Un parent par alliance de Gabrielle, en fait, puisqu’il est veuf d’une cousine. Pour l’enlever à sa famille et à son ancien fiancé Bellegarde, surtout.

Pourquoi ? Parce qu’une jeune femme noble ne peut pas vivre que d’amants et d’eau fraîche : pour pouvoir s’afficher à la cour en tant que favorite et ne pas subir les ragots, elle devait être mariée.

Une sorte de mariage blanc, si vous voulez ! Il reçoit d’ailleurs pour cela 50 000 écus.

Henri demande que le couple divorce en 1595 (il invoque la non consommation du mariage, dû à impuissance du sieur, ce qui est faux vue sa descendance) pour appeler Gabrielle auprès de lui à la cour au Louvre.

Liancourt doit abdiquer, il dit :

« Pour obéir au roi et de crainte de perdre la vie, je suis sur le point de consentir à la dissolution du mariage de moi et ladite d’Estrées suivant la poursuite qui s’en fait devant l’official d’Amiens. Je jure et affirme que si la dissolution se fait, c’est contre ma volonté. »
Henri IV d'après Frans Pourbus

Henri IV d'après Frans Pourbus | ©Nationalmuseum / Public domain

9 - Elle écope d'un horrible surnom

En 1597, le roi la fait duchesse de Beaufort.

Mais on ne la surnommera plus que « la putain du roi » ou « duchesse d’Ordure ». C’est le chroniqueur L’Estoile qui le dit.

Le peuple la déteste ! Les pamphlets sont nombreux : « N’est-ce pas une chose étrange De voir un grand roi serviteur Les femmes vivre sans honneur Et d’une putain faire un ange. »

Le peuple la hait, car le peuple a faim, après toutes ces années de guerres de religion !

Le roi lui donne tout, rien n’est trop beau pour elle, madame s’affiche avec tout l’or du monde, du front aux orteils...

10 - Elle a failli devenir reine

On la surnomme la « presque reine », ce n’est pas pour rien !

Le 23 février 1599, au Louvre, Henri IV annonce publiquement son intention d’épouser Gabrielle en lui offrant l’anneau de son sacre à Chartres.

Le mariage est fixé à la Quasimodo, le deuxième dimanche de Pâques, soit le 18 avril.

Henri a bien l’attention de faire annuler son mariage avec la reine Margot. Début janvier, il demande au pape Clément VIII la permission de se remarier.

Le pape n’y compte pas : il fait même décréter un jeûne général dans Rome, pour que le roi de France renonce à son idée !

On attend toujours la réponse du pape quand Gabrielle meurt brutalement en couches. Sa mort mettra fin au problème.

Elle qui avait dit : « Il n’y a plus que Dieu et la mort du roi pour m’empêcher d’être reine de France ! »

Un astrologue, Bizacasser, avait même prédit que « jamais ce mariage ne se ferait, que la duchesse ne verrait point le jour de Pâques »...

Clément VIII

Clément VIII | ©Rijksmuseum / CC0

11 - Sa mort a été cauchemardesque

Gabrielle est alors enceinte de 7 mois de son 4e enfant.

Elle qui consultait tous les devins possibles s’était vue dire qu’elle mourrait jeune, et qu’elle ne serait jamais reine.

D’après L’Estoile, « elle recevait dans ses rêves de nouveaux avertissements du ciel de quelque grand malheur prochain. » La veille de sa mort, elle rêve qu’un grand feu la consume...

Elle quitte Fontainebleau en bateau pour se rendre à Paris, pour la Semaine Sainte, chez une de ses sœurs.

Mais fatiguée par le voyage, elle se rend chez le financier Zamet, pour y dîner.

Elle mange un citron givré qui ne passe pas, lui provoquant « un feu au gosier et des tranchées à l’estomac ». Quelques jours plus tard, c’est un mal de tête violent, puis des convulsions.

Le lendemain après-midi, elle a des contractions accompagnées de convulsions effrayantes qui ne s’arrêtent qu’au soir.

Son état empirant, « on lui tira un enfant mort-né, à pièces et à lopins » : découpé à même l’utérus et extrait par morceaux !

Malgré « trois clystères, quatre suppositoires », douleurs et convulsions ne s’arrêtent pas. Elle perd ensuite la parole, l’ouïe, la vue avant de mourir, à 5 heures du matin.

Scipion Dupleix décrit « le visage quasi tourné du devant derrière par la violence de ses tourments, avec une difformité très hideuse. »

Cheverny évoque « un visage si beau, devenu tout hideux et effroyable », Matthieu « des convulsions si cruelles qu’elles portèrent la bouche en la nuque du col. »

Cette mort atroce est en fait due à une éclampsie, une affection brutale liée à des complications rénales affectant la fin de la grossesse ou l’accouchement : hypertension, convulsions brutales, plus douleurs de l’estomac en « barre épigastrique ».

Henri IV

Henri IV | ©Rijksmuseum / CC0

12 - Où se trouvait la tombe de Gabrielle ?

Sa tombe se trouvait à l’abbaye de Maubuisson (95), dans le chœur de l’église abbatiale.

Les vicissitudes de l'Histoire ont malheureusement eu raison de cette sépulture, dont il ne reste rien !

C’est sa sœur Angélique d’Estrées qui dirigeait l’abbaye.

13 - Les enfants de Gabrielle et Henri

Henri IV et Gabrielle d’Estrées ont eu 3 enfants, tous légitimés :

  • César de Bourbon, duc de Vendôme (1594) ;
  • Catherine-Henriette de Bourbon, Mlle de Vendôme (1596) ;
  • Alexandre (1598), le chevalier de Vendôme.
Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs (1594)

Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs (1594) | ©Fred Romero / Flickr / CC-BY

14 - Gabrielle immortalisée en peinture

Gabrielle d’Estrées est au centre du célèbre tableau d’un peintre anonyme de l’École de Fontainebleau, peint en 1594 : on la voit accompagnée de l'une de ses sœurs, Julienne-Hippolyte.

La toile se trouve aujourd’hui au musée du Louvre.

Le pincement de téton peut être le symbole de la lactation, de la naissance de son premier enfant ou d’un autre à venir.

Observez aussi l’anneau que tient Gabrielle entre ses doigts, celui du sacre, que lui a offert Henri IV.

Le symbole de la promesse d’un mariage futur et de l’accession au trône...

Conclusion

Henri IV épouse Marie de Médicis en 1600, qui lui donne 6 enfants, dont le futur Louis XIII.

Une nouvelle maîtresse, aussi, Henriette d’Entragues, dès juin, à qui il signe une promesse de mariage en octobre...

Et dire qu'Henri IV, inconsolable, avait écrit à sa sœur Catherine juste après le décès de Gabrielle :

« Les regrets et les plaintes m’accompagneront jusqu’au tombeau… la racine de mon amour est morte, elle ne rejettera plus ! »

Cœur d'artichaut, va !

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !