Louis XI

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Louis par  J. Baffier, musée St-Vic - Julien Descloux / CC-BY-SA Louis par J. Baffier, musée St-Vic - Julien Descloux / CC-BY-SA

Posons quelques questions au chroniqueur de Louis, Philippe de Commynes.

SOMMAIRE
1 - Petit aperçu de la vie de Louis
2 - A table !
3 - Louis et son château de Plessis-les-Tours


Petit aperçu de la vie de Louis


Anecdotrip : Bonjour, monsieur de Commynes ! Alors, présentez-vous en quelques mots, pour ceux qui ne vous connaîtriez pas encore !
Philippe de Commynes : Bonjour ! Je suis né dans le comté de Flandre, dans le château de Renescure (aujourd'hui petite commune du Nord de la France). Avant d'être au service de Louis dès 1472, je suis le conseiller de Charles le Téméraire. Fidèle parmi les fidèles, il me semble, je sers le roi en tant que conseiller et chambellan. Mais j'ai surtout laissé mes Mémoires : ah, ça, j'ai eu du temps, pour les écrire... depuis ma disgrâce en 1477, à cause de ma mésentente avec le roi au sujet de points brûlants...

Enfin, bref, il m'envoie en exil en Italie, en tant que diplomate, et à partir de ce moment, jusqu'à ma mort en 1511, je m’attelle à ces fameuses Mémoires : un vrai best-seller, dites, avec plus de 120 éditions en moins de 2 siècles ! Et puis, on peut toujours voir ma statue, au musée du Louvre ! Cette chapelle funéraire se trouvait dans l'église des Grands-Augsutins. On me voit aux côtés de ma femme Hélène de Chambes, agenouillé sur un sarcophage portant mes armoiries. On voit aussi le portail de la chapelle et le gisant de ma fille Jeanne de Penthièvre...

Alors, Louis XI... un roi si sournois que ça ? Racontez-nous en plus sur ses débuts.
Le jeune roi en veut ! Il n'arrête pas de s'opposer à son père, bravant son autorité, prenant même la tête d'une rébellion contre lui ! C'est la fameuse Praguerie... et c'est un échec. Mais Louis ne se calme pas pour autant. Il se met en tête de mener sa propre barque, et signe un traité avec les Suisses.

Charles VII, un peu fatigué par les histoires provoquées par son fils, décide de l'envoyer gouverner le Dauphiné en 1446. De quoi l'occuper, le petit ! Il crée un parlement à Grenoble, développe marchés et foires, fait de la région un véritable état prospère ! On n'en revient pas, surtout le roi Charles ! Et voilà le dauphin qui se marie avec Charlotte de Savoie : tout pour contrarier son père!

Il ne va pas se laisser faire, Charles VII ?
Ah ça, non ! Il lève une armée, direction le Dauphiné ! Avec la ferme intention de calmer un peu le jeu de son fils, qui se prend pour le roi ! Aussitôt prévenu, Louis file en douce chez le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, dans son château de Genappe (actuelle Belgique). Dépité, Charles VII dira : « Mon cousin de Bourgogne nourrit le renard qui lui mangera ses poules... »

La relation qu'il y a entre Louis XI et Agnès Sorel, dites-nous en quelques mots ! Ca n'a pas dû arranger les choses...
Louis ne supporte pas la maîtresse de son père. Celui-ci ne donne pas d'argent à son fils mais satisfait largement tous les besoins de favorite ! Un jour même, Louis en vient à gifler Agnès... c'est même pour ça que son père l'envoie aussi sec dans le Dauphiné !

En attendant, on accuse Louis lorsque la belle meurt empoisonnée ! On a accusé Jacques Cœur, aussi, pour ça... Alors, qu'en fait, on ne sait pas vraiment de quoi elle est morte ?
Si ! On a fait des examens sur des restes de ses cheveux : on y a trouvé une très, très forte concentration de mercure. Or, Agnès est atteinte de vers intestinaux, les ascarides (un « flux de ventre », comme on dit alors !), et ce genre de trouble est à l'époque généralement soigné avec du mercure. Mais là, la dose est trop forte pour qu'il s'agisse d'une simple erreur médicale ! L'empoisonnement est presque attesté. Une chose reste sûre, aussi : jusqu'à maintenant, le roi Louis reste le suspect numéro un !

Bon, en tout cas après tout ça... Louis devient roi !
Oui, en 1461. Louis achète des villes de la Somme au duc de Bourgogne, ce qui ne plaît pas beaucoup aux Bourguignons. Des princes se regroupent dans la Ligue du Bien Public, révolte menée par le propre frère de Louis, Charles de Berry ! Ce qu'ils veulent ? Le pouvoir, pardi ! On rend ses comptes pendant la bataille de Montlhéry, en 1465, au terme de laquelle Louis doit rendre les villes picardes qu'il vient d’acheter aux Bourguignons. Résultat, les finances sont au plus mal !

Et puis, il y a son grand rival bourguignon, Charles le Téméraire. Ah, Charles et sa cour, la plus brillante d'Europe à l'époque ! Le duc se voudrait le roi d'un nouvel état, composé de la Flandre, de la Bourgogne, de l'Alsace, de la Lorraine et de la Champagne, tout ça réuni dans un seul et même pays ! Pour contrer les ambitions de son cousin, Louis échauffe les esprits dans la ville de Liège, dans les Flandres. De quoi provoquer une révolte et troubler le duc ! Les deux hommes se rencontrent à Péronne (Somme) pour la fameuse entrevue : là, Charles comprend que Louis est à l'origine de la révolte de Liège ! Il le fait enfermer aussitôt et oblige Louis à lui donner la Champagne. Humiliation totale...

La légende noire se met alors en place... On décrit le roi comme cruel, taciturne, méfiant. Méfiant, ça, il l'est ! Il s'isole et ne s'entoure que d'hommes de « confiance » : son barbier Olivier Le Daim, Tristan Lhermite... Voilà l'image de l' « universelle araigne » qui tisse sa toile noire ! Et voilà un nouveau problème : l'alliance entre Bourguignons et Anglais ! Et oui, puisque Charles le Téméraire vient d'épouser la sœur d'Edouard IV... La guerre entre les deux hommes se fait plus intense que jamais : elle prendra fin en 1475 avec le traité de Picquigny, où le roi anglais Edouard IV renonce à jamais au trône de France...

Louis XI a une santé plutôt fragile... Il est aussi très superstitieux ?
Le roi prend souvent des bains parce qu'on les considère au Moyen-Age comme LE guérisseur de tous les maux, pour soigner le « mal caduc », l'épilepsie par exemple... et comme Louis souffre de convulsions, ça tombe plutôt bien... Il faut dire que Louis cumule bien des problèmes de santé ! Il souffre de plusieurs maladies, dont l’eczéma et les hémorroïdes, mais il souffre aussi d'hypocondrie ! J'en parle dans mes Mémoires, de « ses maladies, bien grandes et douloureuses pour lui, et qu'il craignait beaucoup avant qu'elles lui advinssent. »

Comme vous le dites, il adore l'astrologie et il est trèèès superstitieux. Il collectionne toutes les reliques possibles ! Lorsque les hémorroïdes le font trop souffrir, il n'hésite pas à sauter à cheval pour se rendre en pèlerinage à Bayonne ! Et il passe des journées entières dans la basilique Notre-Dame, à Cléry (45), où il se fait construire son tombeau. Il ne veut pas qu'on prononce le mot mort devant lui, donne sans compter aux églises dans l'espoir de conjurer le mauvais sort...

Vers la fin de sa vie, Louis fait plusieurs attaques. Il se met alors à acheter des reliques, à s'entourer de charlatans et à, disent les mauvaises langues, boire du sang humain pour guérir ! D'ailleurs, un de ses médecins, Jacques Cotier, que le roi paye 30 000 livres par mois, finit par se faire chasser de la cour. C'est un ami à moi, Coitier, qui avait réussi à persuader Louis qu'il lui était indispensable, que s'il partait il ne survivrait pas huit jours !...  Mais il lui extorque quand même des sommes énormes...

Pour la petite histoire : une fois chassé, le médecin se retire à Paris dans une maison de la rue Saint-André-des-Arts, à laquelle il ajoute au fronton un abricotier avec cette devise : « A l'abri Cotier » ! Louis demande même un jour au pape qu'on lui apporte en grande pompe la Sainte Ampoule et d'autres reliques au château du Plessis. Ce qui ne l'empêche pas de mourir à soixante ans, le 30 août 1483...

Quelles nouveautés, sous le règne de Louis XI ?
Il a développé la poste ! Avec l'édit de Luxies, en 1464. Comme il a aussi beaucoup fait pour le développement des grandes routes du royaume, l'implantation en est plus facile : des relais sont établis toutes les quatre lieues (environ 15 kilomètres), avec au moins cinq chevaux et des « maîtres de poste », ou « maîtres coureurs ». Mais il favorise aussi le commerce de la soie, déjà très développé à Lyon.

Comme il vient de s'installer au château du Plessis-les-Tours, pourquoi ne pas en profiter pour implanter une manufacture à Tours ? Chose faite en 1480. Il y fait venir des artisans italiens, puis des drapiers d'Anjou et de Normandie. En plus, c'est parfait ! Comme Louis a levé toutes les franchises et les taxes, tous ces gens vont pouvoir peupler la ville de Tours !

Alors, on peut le dire : Louis XI a été un grand roi !
Mais bien sûr, un roi moderne, même ! Et pas le bonhomme taciturne et cruel qu'on a longtemps décrit... Je dis de lui : « C'est le plus avisé pour se tirer d'un mauvais pas, le plus humble aussi en paroles et en habits. » Louis a complètement réorganisé le royaume, alors complètement en vrac à la fin de la guerre de Cent Ans : il fonde des foires, des marchés, rénove les routes, développe l'agriculture, favorise l'industrie de la soie avec la venue d'artisans italiens dans les villes de Lyon et de Tours. Et il agrandit la France ! Avec, à la mort du roi de Naples en 1480, l'annexion de l'Anjou, du Barrois, de la Provence...


A table !


Qu'est-ce qu'on mange, à la table du roi ?
Ce qu'on mange au XVe s ? Tout d'abord du pain : le pain blanc, ou pain de table, réservé aux seigneurs. Et le pain de seigle ou pain de commun pour les travailleurs et les ouvriers. Comme pendant tout le Moyen-Age, on utilise beaucoup d'épices : le safran, la cannelle intervient dans la préparation des plats en sauce, des potages et même des gâteaux et pâtisseries. On adore les poissons comme le brochet, l'anguille et le saumon.

Taillevent, célèbre cuisinier du XIVe s, les accommode de sauces de sa spécialité, comme « l'eau bénite » ou la sauce « à madame Rapée ». Les plats sont grandioses, Froissart dit en parlant d'un grand banquet qu' « il y avait grand planté de mets et d'entremets, si étranges et si déguisés, qu'on ne pouvait les distinguer. » A l'époque, les vins de Bourgogne et du Bordelais ne sont pas encore très réputés : Louis XI fait venir son vin et son raisin de table de l'Orléanais (dans les vignes aux environs d'Olivet) ou de l'Ile-de-France.


Louis et son château de Plessis-les-Tours


Le Plessis, c'est le château préféré du roi ?
Tout à fait. A l'époque, la terre s’appelle les Montils. Louis achète le domaine en 1464 à Audoin Touchard, seigneur de Maillé et chambellan du roi. Au service du roi, on trouve un jardinier, un capitaine gouverneur, un portier, un concierge. C'est dans ce château que le vieux roi finit ses jours. Il est alors très superstitieux, très malade, replié dans son château-fort. Il y vit en compagnie de Tristan L'Hermite, Olivier Le Daim, son médecin Cotier et François de Paule son confesseur.

Dans mes Mémoires, je raconte comment le roi a transformé son château :

« Vers la fin de ses jours, le roi fit clore tout à l'entour sa maison du Plessis-les-Tours, de gros barreaux de fer, en forme de grosses grilles, et aux quatre coins de sa maison, quatre moineaux de fer, bons, grands et épais. […] Il ordonna 10 arbalétriers à chacun des moineaux, dedans les fossés, pour tirer à ceux qui en approcheraient avant que la porte fut ouverte. Il entendait bien que cette fortification ne suffisait pas contre grand nombre de gens, ni contre une armée. Mais de cela, il n’avait pas peur, seulement craignait-il que quelques seigneurs ne fissent une entreprise de prendre la place de nuit, et que ceux-là prissent l'autorité et le fissent vivre comme homme sans sens et indigne de gouverner. »

En gros, le roi s'enferme dans son château avec plus de 40 arbalétriers postés dans les fossés jour et nuit, de grosses pointes de fer plantées dans la muraille !

Et les fameuses fillettes ? Qu'est-ce que c'est, en fait ?
On a longtemps dit que les fillettes étaient de toutes petites cages en fer, si étroites et basses que l'homme qu'on enfermait dedans vivait au supplice, ne pouvant ni se tenir debout, ni se coucher. Mais que nenni ! Les « fillettes du roy » sont en fait d'épaisses chaînes garnies de très gros anneaux et avec un boulet. Je rapporte dans mes Mémoires :

« Il est vrai que le roi avait fait de rigoureuses prisons, comme cages de fer, et autres de bois couvertes de plaques de fer par le dehors et par le dedans, avec terribles ferrures de quelques huit pieds de large et de la hauteur d'un homme. […] Autrefois avait fait faire à des Allemands des fers très pesants et terribles pour mettre aux pieds, et y était un anneau, pour mettre au pied, fort malaisé à ouvrir, comme à un carcan, la chaîne grosse et pesante, et une grosse boule de fer au bout, beaucoup plus pesante que n'était de raison, et les appelait-on les fillettes du roi. »


Et encore !