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13 anecdotes sur la mort de Louis XVI

Quand : 21 janvier 1793

L'exécution de Louis XVI | ©Rijksmuseum / CC0
Rue Quartier Exécution Révolution Française Louis XVI Place de la Concorde

10h22, 21 janvier 1793. Place de la Révolution, actuelle place de la Concorde. Louis XVI, 39 ans, vient juste de perdre la tête…

Retour sur un drame qui a figé l’Europe, l’événement le plus terrible de l’histoire de France, en 13 anecdotes !

1 – D’où vient le surnom de Capet de Louis XVI ?

Vous vous souvenez ? Le 10 août 1792, la monarchie se fait renverser aux Tuileries.

Louis XVI et sa famille sont envoyés à la prison du Temple.

Le 21 septembre, la nouvelle Assemblée nationale, la Convention, décrète l’abolition de la royauté.

Se pose alors LA question fatale : que fait-on du roi ?

Son procès s’ouvre le 11 décembre 1792 : Louis devient le citoyen Capet.

Le 15 janvier 1793, la Convention vote la mort : le citoyen n’a plus que 6 jours à vivre…

Capet ? C’est sous ce nom (plein d’une cruelle dérision) que Louis se fait juger et condamner. En donnant un nom de famille au dieu tout puissant, on le rabaisse au rang de simple citoyen.

Désacralisons le roi, non mais ! Un clin d’œil à Hugues Capet, fondateur de la dynastie capétienne en 987, dont les Bourbons sont une des branches descendantes…


Louis XVI au Temple

©Wikimedia Commons / Public domain | Louis XVI au Temple

2 – Le dernier repas du roi

Louis et les siens sont enfermés entre le 13 août et le 26 septembre 1792 à la prison du Temple, près de l’actuelle mairie du 3e arr.

Son dernier repas ? Bien loin des caricatures, Louis n’engloutit pas sa pitance comme un goret.

On l’informe avant de lui apporter son dîner qu’il n’aura le droit à aucun couvert : son valet-de-chambre lui coupera pain et viande avec un couteau qu’on lui aura confié.

« Me croit-on assez lâche pour que j’attente à ma vie ? » soupire-t-il.

Il mange peu, coupant son bœuf avec sa cuillère. Le dîner ne dure que quelques minutes. Il est 19 heures.

3 – Louis XVI a failli être sauvé

8h. Le roi vient de quitter sa prison du Temple dans une voiture escortée par 2000 soldats. Dans deux heures, après un trajet interminable, il sera mort.

Il fait 3 °C. Un épais brouillard blanc enveloppe les rues d’une capitale transie et mal réveillée.

Au niveau de l’actuel n° 52 de la rue de Beauregard (2e arr.), des hommes sont postés. A l’affût.

Le carrosse va passer...

Mais... Que se passe-t-il ?! Là ! Regardez !

Le baron de Batz, ami de la famille royale, va tenter de faire évader le roi, aidé d’amis royalistes !

Pas facile, quand on sait que sur le chemin de la voiture veillent 80 000 hommes armés…

Mais l’un d’eux finit par dénoncer le complot. Batz réussit à s’échapper, les autres se feront exécuter.

4 – Où se trouvait la guillotine à l’époque de l’exécution ?

La guillotine est installée entre le bas de l’actuelle avenue des Champs-Elysées et le piédestal de la statue de Louis XV, qu’on a déboulonnée pour l’occasion.

C’est-à-dire... l’emplacement de l’obélisque actuel !

Vous vous souvenez ? La place de la Concorde devient, entre janvier 1793 et juillet 1794, l'endroit où la Terreur coupe toutes les têtes.


Louis XVI devant l'échafaud

©Rijksmuseum / CC0 | Louis XVI devant l'échafaud

5 – Louis XVI contribue au perfectionnement de l’engin qui va le tuer… la guillotine !

Guillotin n’est pas l’inventeur de la terrible machine : on la doit au docteur Antoine Louis (1723-1792), qui s’inspire lui-même de modèles européens existant depuis le Moyen-Age !

Guillotin, lui, défend la décapitation pour des raisons d’égalité et d’efficacité.

Car avant 1789, le châtiment n'est pas le même selon le rang social ou la nature du crime. On réserve la décapitation aux nobles. On brûle les hérétiques, écartèle les régicides, pend les voleurs...

C’est Louis XVI qui signe le décret intronisant la guillotine, le 2 mars 1792.

On dit même qu'il souffle à Guillotin l’idée de donner à la lame la forme d’un biseau ! Si Louis n’avait pas mis son nez dedans, la lame aurait été courbe.

Mais pour ce passionné de mécanique, elle n’allait rien couper du tout : le roi propose d’incliner la lame pour plus de force, tout en diminuant le contact avec la peau (mine de rien, les petits os du cou sont ardus à trancher).

6 - Une histoire de sang

L’échafaud de la Concorde a été peint en rouge, pour une raison que vous devinerez facilement, écoutez plutôt :

« À la place où tomba la tête du roi, un long ruisseau de sang coula le long des planches de l’échafaud jusque sur le pavé.
Quand l’exécution fut terminée, Sanson jeta au peuple la redingote du roi qui était en molleton blanc, et en un instant elle disparut, déchirée par mille mains.
Un homme monta sur la guillotine les bras nus et remplit par trois fois ses deux mains de caillots de sang qu’il dispersa au loin sur la foule en criant : « Que ce sang retombe sur nos têtes ! »
En défilant autour de l’échafaud, tous ces hommes armés qu’on appelait les volontaires trempèrent dans le sang de Louis XVI leurs baïonnettes, leurs piques et leurs sabres. »


Un spectateur goûte même le sang du roi, puis grogne : « Il est bougrement salé ». L’homme d’affaires anglais Christopher Potter réussit à obtenir un morceau de tissu imbibé de sang, ainsi qu'une mèche de cheveux qu’il fera insérer dans une bague qu’il offrira en relique… au roi George III !


Exécution de Louis XVI

Exécution de Louis XVI | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

7 - Comment réagissent les Français ?

Louis XVI vient de perdre la tête.

La foule, massée là depuis l'aube, se tait, horrifiée. Très peu poussent des cris de hourras, très peu ont des actes irrespectueux.

Pas d’émeutes, ni pillage, mais plusieurs incidents violents : un perruquier se tranche la gorge, un piqueur du roi se pend à une poutre...

La mort de Louis XVI est ressentie par une majorité comme un traumatisme, une perte totale de repères.

L’image du père de la patrie, perdue. A Paris, en janvier 1793, malgré la rancœur et les déceptions, on croyait quand même au roi.

Beaucoup sont sous le choc, mais hors de question de laisser paraître une larme, une émotion, de peur d’être soupçonné !

« Chacun marchait lentement, osait à peine se regarder. Le reste du jour se passa dans une profonde stupeur. Les promenades étaient solitaires, les lieux publics déserts ou fermées, les maisons barricadées » écrit Etienne-Denis Pasquier.

8 – Les réactions des monarchies européennes

Les Français viennent de tuer leur roi. Ini-ma-gi-nable ! Un vent d’horreur secoue l’Europe des vieilles monarchies poussiéreuses.

Mais comment réagissent-elles ?

A Londres, la nouvelle de l’exécution de Louis XVI se répand comme une traînée de poudre. Deux jours après sa mort, on ferme les théâtres. La cour prend le deuil.

Le peuple hurle : « Guerre aux Français ! ». « La haine contre le nom français est maintenant portée à son comble », écrit le duc de Bassano.

La Chambre des Lords dénonce le régicide comme « le forfait le plus odieux et le plus atroce qui ait été raconté par l’histoire. »

L’Espagne, elle, reçoit la nouvelle avec horreur. Le roi hurle d'entrer en guerre contre la France.

L’ambassadeur de France à Madrid reçoit l’ordre de partir sur le champ. Il traverse le pays sous les cris de haine et de vengeance…

9 - Une relique liée à la mort de Louis XVI

« Fils de Saint-Louis, montez au ciel »... Cette phrase, on la doit à l’abbé Edgeworth de Firmont, le confesseur de Louis XVI, qu'il assiste pendant les toutes dernières minutes, sur l'échafaud. Surprise...

La chasuble que portait l’abbé ce jour-là se trouve dans l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. On peut la voir pendant les Journées du Patrimoine !


Louis et son confesseur avant sa mort

Louis et son confesseur avant sa mort | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

10 - Les derniers mots du condamné

« A-t-on des nouvelles de La Pérouse ? » Voilà la question qu’aurait demandé un Louis XVI fana de géographie, quelques minutes avant de mourir !

On n’avait plus de nouvelle de ce capitaine de vaisseau, envoyé par le roi mener une expédition dans le Pacifique, et qui disparaît corps et biens à Vanikoro en 1788, 3 ans après son départ de Brest…

11 - Le bourreau réhabilite sa victime

Charles-Henri Sanson, exécuteur des hautes œuvres de Paris, réhabilite son roi…

Après l’exécution, les propos les plus ignobles circulent dans les milieux révolutionnaires.

Le roi aurait fait preuve d’une lâcheté sans pareille devant la mort, gna gna gna.

On a dû le conduire de force à l’échafaud, un pistolet sur la tempe, puis, pris de panique, le roi aurait hurlé et se serait débattu.

Tu parles ! Sanson attend un mois avant d’envoyer une lettre à la presse « sur l’exacte vérité de ce qui s’est passé ».

Le bourreau raconte le calme impressionnant de Louis XVI face à la mort :

« Il a soutenu tout cela avec un sang-froid et une fermeté qui ont tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissait pénétré ni persuadé. »


Sanson, qui guillotina près de 3000 condamnés en 40 ans de carrière, dont 2918 entre 1789 et 1796, démissionne peu après l’exécution du roi, passant le flambeau à son fils Henri.

12 - Les restes du roi

Les restes de Louis XVI ont été inhumés au cimetière de la Madeleine, dans un cercueil recouvert de chaux vive.

Le cimetière de la Madeleine ? Pendant la Révolution, il s'agit du lieu d’inhumation des guillotinés de la place de la Concorde.

C’est grâce à un certain Olivier Desclozeaux, magistrat royaliste, qu’on a pu retrouver les restes de Louis.

Son logement donnait sur les fosses de la Madeleine : il a pu ainsi observer toutes les inhumations et les consigner dans un carnet.

En 1794, hop, Il rachète le cimetière désaffecté et délimite l’endroit exact où repose le corps, en l’entourant de cyprès.

Nous voilà en 1816 : lorsque Louis XVIII fait construire l'actuelle chapelle expiatoire à l'emplacement du cimetière de la Madeleine, les fossoyeurs n'ont aucun mal à trouver les restes du roi et à les inhumer décemment...

13 – Une histoire de tête de veau

Tous les 21 janvier, le très sérieux Club de la Tête de Veau célèbre l'exécution du roi par un repas républicain dans un restaurant de Saint-Ouen.

Au menu ? Tête de veau !

Dès 1794, un certain Romeau écrivait qu'il fallait manger les oreilles et la tête d'un cochon, chaque 21 janvier. Un pourceau comme caricature du gras tyran...

Alors, quid du veau ?

A en croire Flaubert, les révolutionnaires ont ensuite imité les Anglais, qui, lors d'un banquet annuel, dégustaient têtes de veau et vin rouge dans des crânes de veau en trinquant à la décapitation de Charles Ier en 1649 !

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !