Bonaparte en Égypte (Firmin Gillot, 1864) | ©Rijksmuseum / CC0Un obélisque pour célébrer le débarquement de Bonaparte
L'un des premiers monuments érigés à Saint-Raphaël a été l'obélisque dédié à Bonaparte, en 1893. C'est en effet dans le port de la cité varoise que le jeune général Bonaparte débarque le 9 octobre 1799, de retour de sa longue campagne d'Égypte !
Obélisque Bonaparte, Saint-Raphaël | ©Cyrilb1881 / Wikimedia Commons / CC-BY-SABonaparte et sa campagne d'Égypte (1798-1801)... mais pour quoi faire, au juste ?
Principalement pour mettre la main sur l'Égypte, afin de barrer la route des Indes à la Grande-Bretagne, l'éternel ennemi !
Mais c'est aussi un moyen pour le Directoire, le pouvoir en place depuis la Révolution, d'éloigner d’Europe le tout jeune général Bonaparte, très populaire depuis ses victoires en Italie, en 1796 et 1797. Populaire, moui... ambitieux comme pas deux, surtout, soupçonné de fomenter un coup d’État, vous dira le Directoire !
Mais la campagne d'Égypte, ce sont aussi :
- de grandes batailles (Pyramides, Aboukir, Héliopolis) ;
- de grands événements, comme l'assassinat du fougueux général Kleber ou la découverte de la pierre de Rosette, indispensable pour le déchiffrement des hiéroglyphes.
Bonaparte (19e s) | ©Metropolitan Museum of Art / CC0Le départ d'Égypte... par la petite porte !
Bonaparte quitte l'Égypte à bord du Muiron, le 23 août 1799. Très discrètement. Il abandonne son armée exsangue, malade de la peste, à bout de munitions, livrée à elle-même. Il laisse tout en plan, car il a appris que la situation politique en France était tendue. Il a des cartes à jouer... pour prendre le pouvoir, par exemple ?
Avec le jeune général, à bord, se trouvent les savants Monge et Berthollet, les aides de camp Duroc et Eugène de Beauharnais, le général Berthier.
Mais là, tout de suite, à bord du Murion, c'est la peur de tomber entre les mains des Anglais de l'amiral Nelson qui taraude Bonaparte.
D'une. De deux... comment va-t-on l'accueillir en France ? L'arrêter comme déserteur ? Le considérer comme responsable de la déroute de son armée en Égypte ? Mystère ! On verra bien.
Côte de Saint-Raphaël | ©Txllxt TxllxT / Wikimedia Commons / CC-BY-SAUn très long voyage, avec des Anglais partout à l'horizon !
Le voyage vers la France dure 47 interminables jours. On passe le temps comme on peut, les cartes ne sont pas de trop... Bonaparte et les siens jouent surtout au « 21 », le général trouvant que ce jeu « marche plus vite que les autres » ! Napoléon triche, on fait semblant de ne rien voir.
Le navire accoste à Ajaccio le 1er octobre. Après un petit séjour dans sa maison natale, Bonaparte repart le 8 octobre. C'est la dernière fois de sa vie qu'il voit Ajaccio et la Corse !
Pas moins de 14 vaisseaux anglais sont en vue, à l'horizon. Faut-il rebrousser chemin ? Non, Bonaparte compte tracer droit devant, cap sur le littoral varois ! Le lendemain, on se rend compte que les Anglais... les ont miraculeusement lâchés.
Par contre, les batteries françaises de la côte les arrosent bientôt, les prenant... pour des Anglais ! Heureusement, il n'y a aucun dégât à signaler : le Murion peut accoster à Saint-Raphaël le 9 octobre 1799.
Port de Saint-Raphaël | ©Toffeenosed / PixabayLe débarquement à Saint-Raphaël : Bonaparte accueilli en héros (ce qui lui évite la quarantaine) !
La nouvelle du retour de Bonaparte se répand dans la cité varoise comme une traînée de poudre. Des grappes de barques viennent encercler le Murion de tous côtés. C'est la folie ! Mince... et s'ils avaient la peste, au fait ?
Car selon le règlement de l'époque, tout bateau venant d'Orient devait se plier à la mise en quarantaine, car susceptible d'être porteur du bacille de la peste, qui ravage alors cette partie du monde. Un compagnon de Bonaparte dira :
« En vain, nous les engagions à s'éloigner, nous fûmes enlevés et portés à terre. Et si nous disions à la foule d'hommes et de femmes qui se pressaient autour de nous quel danger ils pouvaient courir, tous s'écriaient : Nous aimons mieux la peste que les Autrichiens (Russes, Anglais et Autrichiens sont en France, ndlr) ! »
Grâce à cet accueil chaleureux, Bonaparte ne fait pas la quarantaine... et cela l'arrange bien. Il peut filer directement vers Aix-en-Provence, et le 10 octobre, prendre la grande route qui relie Marseille à Paris, sa destination finale. Le 9 novembre, un coup d'État lui assurait le pouvoir !
Sources
André CastelotBonaparteÉditions Perrin, 2023
Albert ChatellePetits bateaux, grands souvenirs...Les Grandes Éditions Françaises1946
Robert SoléBonaparte à la conquête de l'ÉgypteÉditions du Seuil2016

