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Le colloque de Poissy

Quand : 9 septembre 1561 - 14 octobre 1561

Colloque de Poissy (Jacques Tortorel, 1570) | ©Rijksmuseum / CC0
Prieuré Guerres de Religion Prieuré royal de Poissy

1561... les guerres de Religion à Poissy ! Mais que s'est-t-il passé dans l'ancien prieuré Saint-Louis ?

Source : Histoire de la ville de Poissy (Octave Eugène Noël, 1869).

Où a-t-il lieu ?

Le colloque tient son nom de la cité de Poissy, dans les Yvelines actuelles, tout particulièrement au prieuré royal Saint-Louis.

Et plus précisément dans le parloir des religieuses, spécialement mis à disposition pour l’occasion.

Le prieuré, explique le panneau explicatif de la ville, a été fondé en 1304 par Philippe le Bel en l’honneur de son grand-père, le roi saint Louis.

Poissy est en effet la ville de baptême et de cœur de ce dernier !

Seul vestige de ce monastère, voici la Porterie, par où les habitants de la cité accédaient à l’église et à la franchise... qui désigne le chemin menant aux logements des pensionnaires, mais aussi aux appartements royaux !

Le prieuré

Le prieuré, la Porterie | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Pourquoi ce colloque ?

Il faut trouver un terrain d’entente entre catholiques et protestants ! Peut-être même se réconcilier ? Mais quand chacun semble campé sur ses positions…

En 1560, on a 2 millions de protestants en France, pour une population estimée à 16 millions d’habitants, écrit Patrick Cabanel dans Histoire des protestants en France (2012).

Le protestantisme gagne peu à peu du terrain. Cette nouvelle vision de la foi, qui s’écarte des excès du catholicisme, séduit de plus en plus de notables, gens d’Église inclus, ainsi que beaucoup de grandes familles de la noblesse.

Catherine de Médicis, régente pour son fils Charles IX (10 ans), sent la situation se tendre un peu plus, chaque semaine qui passe.

Ce que Catherine veut, c’est rapprocher les deux partis, pour éviter la rupture.

Hé oui : les guerres de Religion n'ont même pas encore commencé !

Le prieuré

Le prieuré | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Qui est présent ?

Côté catholique, on a 46 cardinaux, archevêques et évêques.

À leur tête, le cardinal de Lorraine, Charles de Guise.

Le pape a aussi envoyé Hippolyte d’Este, cardinal de Ferrare, ainsi que Jacques Lainez, supérieur général des jésuites.

Côté protestant, 12 membres seulement, dont Théodore de Bèze, l’émissaire de Calvin, grand humaniste, professeur et théologien.

Sans oublier Catherine de Médicis, la régente, son fils Charles IX et l’indispensable chancelier Michel de L’Hospital.

Plaque commémorative au prieuré, Poissy

Plaque commémorative au prieuré, Poissy | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Côté catholique : Michel de L’Hospital, l'éternel optimiste

Michel de L’Hospital ! Vous vous souvenez de lui ? L’intellectuel pacifiste, l’éternel optimiste, qui prône jusqu’au bout la tolérance.

Lors du colloque, le chancelier dit dans son discours d’ouverture de procéder avec humilité, en laissant de côté les disputes :

« Outre plus ne devez estimer ennemis ceux qu’on dit de la nouvelle religion, qui sont chrétiens comme vous et baptisés, et ne les condamner par préjudice ; mais les appeler, chercher et rechercher ; ne leur fermer la porte , mais les recevoir, en toute douceur, et leurs enfants, sans user contre eux d’aigreur ou opiniâtreté. »

Mais personne ne l’entend. Les discussions tournent court !

Michel de L'Hospital

Michel de L'Hospital | ©Rijksmuseum / CC0

Côté protestant : Théodore de Bèze

Théodore de Bèze ne cille pas d’un pouce, face aux catholiques.

Il fait scandale, écoutez un peu ceci !

Il nie le fait que le corps du Christ soit contenu dans une hostie, lors de la communion, et proclame : « Le corps du Christ est éloigné du pain et du vin autant que le plus haut du ciel est éloigné de la terre. »

Des propos qui provoquent un tollé ! Bèze est accusé de blasphème ! La rupture est faite, en attendant...

Les jours se suivent, les esprits s’échauffent. Le cardinal de Lorraine exhorte le roi de « purger la France de cette secte impie ».

Le lendemain, Bèze clame que l’Église est « conduite par la ruse et l’aide de Satan, que les biens des pauvres sont usurpés par ceux qui portent faussement le titre de prélats »...

Un historien d’époque dit même que Lorraine donne une gifle à Bèze !

Ensuite le jésuite envenime les choses, traitant les protestants de singes, renards, monstres...

Théodore de Bèze

Théodore de Bèze | ©Rijksmuseum / CC0

Conclusion !

Et voilà. Le colloque de Poissy est un échec. Particulièrement pour le chancelier de L’Hospital, qui en restera brisé, lui qui avait tout fait pour pacifier les choses.

La reine accorde tout de même aux protestants le droit de se rassembler publiquement pour célébrer leur culte, à une condition : hors des villes, uniquement.

C’est l’édit de Janvier, car ratifié en janvier 1562.

Deux mois plus tard, le massacre de Wassy signera le début de la toute première guerre de Religion, le 1er mars 1562…

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !