Michel de L’Hospital chez lui au château de La Roche

De 1505 au 13 mars 1573

Michel de L'HospitalMichel de L'Hospital | ©Rijksmuseum / CC0

Humaniste, juriste, parlementaire, homme d’État, poète…

Son but, son utopie, pendant le bouillonnement des guerres de Religion ? Maintenir la paix, à tout prix. Prôner la tolérance, coûte que coûte.

Le combat d’une vie ! Rencontre avec Michel de L'Hospital, dans son château natal.

Deux mots, pour commencer

Avait-il revu son château de La Roche, avant de mourir non loin de Paris ? Les champs couleurs de truffe et de mousse, qui avaient vu grandir cet enfant que l’on imagine déjà si sérieux ?

Il est l’homme sage et humaniste qui a essayé, aux côtés de Catherine de Médicis, de pacifier une France déchirée par les guerres de Religion…

Il est le premier à émettre l’idée qu’en France, pouvaient cohabiter les religions catholique et protestante : mais les adeptes en question n’ont jamais admis que la religion adverse puisse exister. C’était peine perdue.

Michel le savait-il, au plus profond de lui ? Ses efforts sont vains. Il allait mourir sans avoir rien pu faire pour la paix.

Il allait mourir peu après la Saint-Barthélemy, qui réduisait à néant tout son travail généreux...

Le châteauLe château | ©Néfermaât (Gérard Ducher) / CC-BY

Naissance et enfance à La Roche

Une silhouette reconnaissable entre toutes, taillée pour la guerre, qui sent bon le Moyen Âge, avec ses tours rondes crénelées et ses hautes murailles…

Le tout premier château de La Roche a été construit au milieu du 13e siècle par les seigneurs de Montpensier.

Un que l’on connaît, de seigneurs de Montpensier, c’est le célèbre connétable Charles de Bourbon.

Jean de L’Hospital, le père de Michel, devient son médecin, puis son conseiller et son ami : comme marque de son estime, il lui donne les terres de La Roche.

Le fier château des Montpensier passe à son fils, Michel de L’Hospital, qui y naît vers 1505.

Michel est l’aîné de 5 enfants, dans une famille de classe moyenne, dirait-on aujourd’hui.

Il passe son enfance et adolescence ici, dans les champs et sous-bois entourant le château, à se promener, à étudier avec déjà le plus grand sérieux.

Il aime le latin, la poésie en latin, surtout.

Le paternel décide que Michel ferait une carrière de robe, à l’Université de Toulouse, pour faire son droit.

Le châteauLe château | ©Néfermaât (Gérard Ducher) / CC-BY

L'orage gronde !

Tout allait bien, Michel a 18 ans… mais… un drame va changer la vie de sa famille, à tout jamais.

Le gouffre, vous savez, qui s’ouvre sous vos pieds et vous dévore tout cru, sans que vous ne puissiez rien faire ?

Mais quoi, quel évènement ?

La trahison du connétable de Bourbon, pour qui son paternel était au service !

La trahison avérée, des troupes royales sont envoyées pour l’arrêter. Bourbon s’enfuit de son fief de Chantelle, avec quelques fidèles, dont dit-on, Jean de L’Hospital...

En 1524, un procès retentissant était instruit contre ceux qui avaient suivi le traître.

Jean en fait partie : il voit ses biens confisqués, son frère George se fait jeter en prison. Michel, à Toulouse, est écroué puis relâché peu après, aucune charge n’ayant été retenue contre lui.

Cachés en Italie

Son père avait en fait trouvé refuge en Italie, aussi Michel le rejoint en 1526, après un voyage éprouvant.

Ils restent là en attendant le pardon du roi, jusqu’à leur retour en France en 1533.

Jean trouve un emploi de conseiller à la cour du duc de Lorraine : Michel, lui, tente sa chance à Paris.

Ils ont pu récupérer leur bien, dont le château de La Roche.

Seule compte une chose, pour le jeune homme : servir le roi, fidèlement, toujours, sans jamais ciller !

Michel de L'HospitalMichel de L'Hospital | ©Rijksmuseum / CC0

Grimper les échelons !

En 1537, Michel épouse Marie Morin, fille du lieutenant criminel au Châtelet, qui lui apporte un siège de conseiller au Parlement, entre 1538 à 1547.

En 1550, on le présente à Marguerite de France, sœur du roi Henri II : L'Hospital devient chancelier du duché de Berry.

Ensuite, tout s’enchaîne : maître des requêtes en 1554, président de la Chambre des Comptes et membre du Conseil privé, chancelier de France, enfin.

Le comble des honneurs : le chancelier réunit les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire !

Les religions font leurs guerres dans le sang

Mais quand Michel prend ce poste, la guerre civile gronde en France, entre protestants et catholiques.

Un de ses contemporains dira de lui (Régnier de La Planche) :

« Si tôt qu’il eut été établi en sa charge, il se proposa de cheminer droit en homme politique et de ne favoriser ni aux uns ni aux autres, et de servir au roi et à sa patrie. »

Aux États Généraux d’Orléans, en 1560-61, Michel lance un appel à l’unité de tous les chrétiens. Les oreilles se ferment petit à petit.

En 1561, le colloque de Poissy ne débouche pas sur la réconciliation attendue, entre protestants et catholiques. C’est un échec...

Michel publie un édit de tolérance en 1562. Mais le massacre de Wassy lance la première guerre de Religion.

Terriblement usé, L’Hospital donne sa démission en 1573.

Il se retire dans son domaine de Vignay (91), avant de mourir, au château voisin de Bellesbat, la même année.

Pauvre L’Hospital… les guerres de Religion, elles, seront au nombre de 8, entre 1562 et 1598, avec la signature de l’Édit de Nantes en avril 1598.

Sources

  • Émile Dupré Lasale. Michel de L'Hospital avant son élévation au poste de Chancelier de France. 1875.
  • Pierre de La Faye. Quelques éclaircissements historiques et généalogies sur Michel de l'Hôpital et sa famille. 1862.
  • H. Taillandier. Nouvelles recherche historiques sur la vie et les ouvrages de L'Hospital. 1861.
  • Louis Moréri. Le grand dictionnaire historique. 1740.