La place de Grève, 500 ans d’exécutions

De 1310 à 1832

L'exécution de RavaillacL'exécution de Ravaillac | ©Rijksmuseum / CC0

Du début du 14e siècle à 1832, la place de Grève (actuelle place de l'Hôtel-de-Ville), sert de cadre à toutes les exécutions publiques.

Retour sur les supplices les plus célèbres !

Cinq types de supplices

En fait, on ignore à quand remontent les premières exécutions, sur la place de Grève !

En revanche, on sait qu'on compte 5 types de supplices :

  • la potence, pour le commun des mortels ;
  • l’épée, pour les gentilshommes ;
  • le bûcher, pour les hérétiques ;
  • l’écartèlement pour les régicides.

À partir de 1534, la roue fait son apparition : instaurée pour les bandits de grands chemins à la base, on l'applique aux assassins, en 1547.

En quoi consiste la roue ?

On place le condamné sur deux morceaux de bois en forme de X, jambes écartées et bras tendus. Le bourreau lui écrase alors les membres et la poitrine à coups de barre de fer.

Laissé dans cette position, le condamné pouvait agoniser des heures, devant la foule en folie !

Les exécutions les plus célèbres

Juin 1310 : Marguerite Porete, 60 ans

La toute première exécution publique sur la place de Grève date de juin 1310.

Il s'agit du bûcher de Marguerite Porete et de son livre, Le miroir des simples âmes anéanties.

Qu'a donc fait cette pauvresse, pour mériter cela ? C'est une hérétique !

Ne cherchez pas : elle a écrit son bouquin en français, pas en latin, et elle critique LE pilier médiéval... l’Église !

19 décembre 1475 : Louis de Luxembourg, 57 ans

Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, va se faire décapiter.

Juste avant, regardez ! Il vient d'enlever de son cou une petite pierre, montée en pendentif, un très grand talisman contre le poison, assurait-il.

Le comte demande à ce qu’il soit remis à son fils. Mais le roi Louis XI, super superstitieux, intercepte le talisman et le prend pour lui !

26 juin 1574 : Gabriel de Montgomery, 44 ans

Gabriel de Montgomery, le régicide involontaire du roi Henri II, se fait décapiter sous les yeux de Catherine de Médicis, aux premières loges de l'hôtel-de-ville.

Sur l'échafaud, il apprend qu'un édit royal confisque ses biens et prive ses rejetons de leurs titres.

Il lance à son bourreau : « Dites à mes enfants que s'ils ne peuvent reprendre ce qui a été pris, je les maudis de ma tombe. »

Comme ça, c'est clair !

30 avril 1574 : La Môle (46 ans) et Coconas (39 ans)

Joseph de La Môle et Annibal de Coconas, condamnés à la décapitation pour avoir, dit-on, ensorcelé Charles IX...

Les deux tombent aussi amoureux de la reine Margot et de la duchesse de Nevers.

La légende noire dit que Margot récupère la tête de son amant après l’exécution, afin de la faire embaumer et la conserver près de son lit.

Elles auraient aussi enterré les deux corps dans l’ancienne chapelle des Martyrs de l’actuelle rue Yvonne-le-Tac (18e arrondissement) !

29 décembre 1594 : Jean Châtel, 19 ans

Vous vous souvenez ? Jean Châtel a tenté d’assassiner Henri IV, à l'emplacement de l'actuel oratoire du Louvre.

Régicide oblige, on l'écartèle.

27 septembre 1602 : La Fontenelle, 28 ans

Guy Eder de La Fontenelle ? Il s'agit du terrible Breton sanguinaire qui a mis la Bretagne des guerres de Religion à feu et à sang.

Son crime de haute trahison le fait condamner au supplice de la roue.

2 décembre 1603 : les Ravalet, 17 et 21 ans

Aaaah, l'histoire si tragique de Marguerite et Julien de Ravalet, le frère et la sœur incestueux...

Condamnés à la décapitation pour adultère et inceste, leur épitaphe disait simplement :

« Ci-gisent le frère et la sœur. Passant, ne t'informe pas de la cause de leur mort, mais passe et prie Dieu pour leur âme. »

27 mai 1610 : Ravaillac, 33 ans

Ravaillac ! On ne présente plus l’assassin de Henri IV.

Oui, enfin, assassin présumé, parce que l’Histoire dit autre chose, sur la mort du roi, mais ça, c'est une autre histoire !

On le condamne à être

« tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite, qui tenait le couteau avec lequel il a commis ledit régicide, sera brûlée de feu de soufre, et sur les endroits tenaillés, il sera jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix, de la résine brûlante, de la cire et soufre fondus ensemble. Ensuite, son corps sera tiré et écartelé par quatre chevaux. Les membres de son corps seront consommés au feu, réduits en cendres et jetés au vent. »

Hé oui ! Le régicide étant l'un des crimes les plus graves, l'exécution se devait d'être exemplaire !

Mais Ravaillac est un gars tellement costaud, que l’écartèlement dure... une journée.

On doit remplacer un cheval à bout de forces, et le bourreau doit tailler les membres du régicide avec un tranchoir, pour faciliter le travail...

8 juillet 1617 : La Galigai, 49 ans

La Galigai, favorite et confidente de la reine Marie de Médicis, tombe peu après son mari, Concino Concini, assassiné devant le palais du Louvre, ses restes exhumés de sa tombe par un peuple en rage.

On l'accuse d’avoir abusé de la reine et dépossédé le roi... de sorcellerie, aussi !

Non mais, attendez, on l'a vue, éviscérer des poulets, qu'elle se mettait sur la tête afin de calmer ses migraines (véridique) !

Elle reste digne jusqu'au bout, malgré la foule qui la dévisage méchamment. Ses derniers mots ? « Tant de personnes ici pour une pauvre malheureuse »...

27 juin 1627 : François de Montmorency-Bouteville, 27 ans

François de Montmorency-Bouteville, décapité à cause d’un duel sur la place des Vosges actuelle... alors que Richelieu vient de les interdire !

17 juillet 1676 : la marquise de Brinvilliers, 46 ans

Il s'agit de la protagoniste de la célèbre affaire des Poisons, qui secoue la cour de Louis XIV.

La police arrête la marquise, parce qu'elle s'est débarrassée de son père, d'un amant et de ses deux frères par le poison.

Pour ça, elle a recours à La Voisin, chiromancienne et sorcière sur les bords.

Mais au cours de l'enquête, on tombe sur son calepin contenant une flopée de noms. Dont des noms embarrassants, des proches du roi !

Ça y est... les favorites, les courtisans, on suspecte tout ce petit monde d'avoir eu recours aux services de La Voisin.

Décapitée pour fratricide, le corps de la marquise est brûlé. Mme de Sévigné écrit alors : « Enfin c'en est fait ! La Brinvilliers est en l'air ! »

22 février 1680 : La Voisin, 40 ans

Catherine Deshayes, dite La Voisin, avorteuse, chiromancienne... et empoisonneuse, impliquée, comme La Brinvilliers, dans la célèbre affaire des Poisons !

La Voisin est arrêtée et condamnée au bûcher.

Mme de Sévigné raconte qu'elle se débat comme une folle, dans la charrette qui l'emmène à son supplice.

Puis, sur le bûcher, comme le feu ne prend pas, on la recouvre de paille, qu'elle repousse plusieurs fois en jurant comme un charretier !

26 mars 1720 : le comte de Horn, 22 ans

Ça commence bien : le comte Antoine de Horn, cousin du régent Philippe d’Orléans, réformé des armées pour mauvaise conduite, vole et assassine un riche boursicoteur.

Ah, mais, vous pouviez avoir le sang bleu, cela ne voulait pas dire que vous l'emporteriez au paradis : il se fait rouer vif !

On raconte que des amis du comte, intervenus auprès du régent à qui ils rappellent leurs liens de parenté, se voient répondre : « Quand j'ai du mauvais sang, je le fais tirer » !

28 novembre 1721 : Cartouche, 28 ans

Cartouche, de son vrai nom Louis-Dominique Garthausen, le célèbre chef de bande, se voit condamné au supplice de la roue.

Car mis à part le sympathique côté Robin des Bois moderne, voleur au grand cœur, n'oublions pas que Cartouche a tout de même tué de nombreuses fois !

6 juillet 1750 : Jean Diot, 40 ans et Bruno Lenoir, 23 ans

Jean Diot et Bruno Lenoir sont les tous derniers Français condamnés à la peine de mort... pour homosexualité.

Arrêtés après avoir été surpris rue Montorgueil « en posture indécente », on les condamne au paiement d'une amende et à être brûlés, leurs cendres jetées au vent.

Une plaque au niveau du n°67 de la rue Montorgueil leur rend hommage depuis 2014.

28 mars 1757 : Robert-François Damiens, 42 ans

Damiens blesse Louis XVI d’un coup de couteau en mars 1757, à Versailles.

Il s'agit de la dernière personne écartelée sur la place de Grève, et la toute dernière en France.

19 février 1790 : le marquis de Favras, 46 ans

Favras, un militaire qui soutient la cause royaliste pendant la Révolution.

Juste avant son exécution, il fait dicter son testament, dans l'hôtel-de-ville. 4 longues heures !

Et alors qu'il monte les marches de l'échafaud, on raconte qu'un jeune homme, grimpé sur une borne, hurle le horrible « Saute, marquis », en bondissant lui-même à terre.

Imaginez les milliers de voix qui reprennent en cœur : « Saute, marquis, saute ! »...

25 avril 1792 : Nicolas Pelletier, 36 ans

La toute première exécution à la guillotine a lieu ici le 25 avril 1792 !

Le condamné s'appelle Nicolas Pelletier, accusé d’avoir volé l’argent d’un passant et de l’avoir poignardé.

La foule, habituée à de longues et horribles exécutions, semble très déçue par celle-ci, trop rapide. Elle hue le bourreau Sanson !

N.B. : en janvier 1793, la guillotine déménage place de la Révolution... actuelle Concorde !

7 mai 1795 : Antoine Fouquier-Tinville, 48 ans

L’accusateur public de la Révolution française, c'est lui ! Il a le droit de faire arrêter toutes personnes suspectées de conspiration contre la Révolution.

Ce jour de mai 1795, lui qui a envoyé 2500 personnes à la guillotine, s'apprête à connaître le même sort.

Alors qu'il attend de monter sur l'échafaud, ce bras armé de la Révolution lance : « Je n'ai été que la hache de la Convention. Punit-on une hache ? »

22 septembre 1822 : les quatre sergents de la Rochelle

Quatre jeunes soldats accusés d'avoir voulu renverser la monarchie, exécutés pour l'exemple... une histoire qui commence dans leur prison, à La Rochelle.

Conclusion

Le dernier guillotiné sur la place de Grève, en juillet 1830, s’appelle Jean-Pierre Martin, voleur et assassin.

Le 20 octobre 1831, le ministre de la Justice demande à ce qu’un autre endroit soit choisi pour les exécutions.

Ainsi s’achèvent plus de 500 ans d’horreurs !