Un pieu fiché dans l'oeil ? La terrible agonie d'Henri II aux Tournelles

Le tournoi des TournellesLe tournoi des Tournelles | ©Wellcome Images / CC-BY

Au nord de la place des Vosges actuelle se trouvait l’hôtel des Tournelles.

Propriété des rois de France... qui va connaître un événement macabre.

L’accident qui coûte la vie au roi Henri II, le 30 juin 1559 !

Un tournoi pour un double mariage

30 juin 1559.

Paris est en fête pour une double noce : le mariage de la fille aînée d’Henri II, Élisabeth, avec le roi d’Espagne Philippe II, et celui de sa sœur Marguerite de France, avec le duc de Savoie.

Pour l’occasion, allez : on organise des tournois !

Les joutes durent depuis 3 jours déjà, sur un terrain au bout de la rue Saint-Antoine, devant l’actuel hôtel de Sully.

Le roi Henri II, 40 ans, combat depuis le début des festivités, avec fougue.

Même si, oh... à bien le regarder, il a l’air un peu crevé, quand même, non ?

Palais des TournellesPalais des Tournelles | ©The British Library / Public domain

Les Montgomery : tel père... tel fils ?

Ce jour-là (le 30 juin), nouveau combat. Hop, Henri II enfourche son cheval (une bête du nom de Malheureux, cela ne s'invente pas) et entre dans les lices.

En face de lui, le jeune Gabriel de Montgomery, 29 ans, commandant de sa garde écossaise.

Pense-t-il à ce moment, avec un pincement au ventre, que son père Jacques de Montgomery a été reconnu responsable d'un accident arrivé au jeune François Ier, lors de l’Épiphanie 1521 ?

Le roi de France et ses amis simulent l'attaque du roi de la fève (ah c'est malin), mais le jeu tourne mal.

François reçoit un tison enflammé en pleine tête, qui le blesse grièvement...

Les deux dames du roi

Dans les gradins, Catherine de Médicis et Diane de Poitiers, la favorite d’Henri.

Toutes deux l’air grave. Tout le monde a déconseillé à Henri de combattre : l’âge, la fatigue... mais non, lui ne veut rien entendre.

Henri II arrive ce 30 juin avec sur son armure les couleurs noire et blanche de sa Diane de Poitiers, qui a alors près de 70 ans !

Catherine la tolère à peine.

Mais elle angoisse bien trop, pour penser à ces choses-là.

Son astrologue lui a beaucoup répété qu’il arriverait un malheur à son mari, lors d’un tournoi, autour de sa 40e année...

C'est parti !

Henri II flatte l’encolure brune de Malheureux, rajuste son casque à la va-vite...

ET C’EST PARTI !! Les deux combattants s’élancent au signal.

Galop d’enfer. Une poussière dense monte de la piste.

Craquement sinistre de la lance qui se brise sur la cuirasse d’un des deux. On ne sait pas qui !

Un cri monte dans l’air. Henri. Plié en deux sur sa selle !

Un énorme bout de lance planté dans l’œil, passé à travers sa visière mal fermée.

On se rue sur lui. « Je suis mort », souffle-t-il, déjà pâle comme un cadavre.

Mort d'Henri IIMort d'Henri II | ©Rijksmuseum / CC0

Une plaie abominable

On porte le roi à l’hôtel des Tournelles, à demi conscient. Il n'arrive plus à parler.

On lui enlève son casque, un épais flot de sang s’écoule.

La plaie ? Horrible : le bout de lance a frappé le crâne, au-dessus du sourcil droit, et a ouvert la paupière en entrant dans l’orbite et en ressortant vers l’oreille.

Plusieurs minuscules morceaux de bois restent fichés dans la plaie. On n’arrivera pas à les extraire.

Ce qui provoque une :

« méningo-encéphalite, provoquée par un foyer de contusion cérébrale, avec épanchement sanguin dans les enveloppes de l’encéphale, au voisinage de ce foyer. »

En fait, Henri II serait mort, non pas de sa blessure au visage, mais de la commotion, le cerveau ayant choqué sur le crâne !

Des têtes tranchées... pour un entraînement un peu spécial

Le célèbre chirurgien Ambroise Paré arrive le lendemain, mais il ne le trépane pas. Il hésite.

Il préfère s’entraîner.

Comment ? En se faisant amener 4 condamnés à mort : on rejoue la scène du tournoi à l'identique, on brise la lance de la même manière, on observe les dégâts sur les têtes des prisonniers, qu'on fait couper en deux.

On fait même appeler André Vésale, chirurgien particulier du roi d’Espagne Philippe II, venu en urgence depuis Bruxelles.

Mais vraiment, la blessure semble trop grave. Elle laisse tout le monde désemparé !

Ambroise ParéAmbroise Paré | ©Universitätsbibliothek Leipzig / Public domain

Le crime de Montgomery

Et pendant ce temps, Henri agonise 10 longs jours, avant de rendre l’âme.

Juste après avoir consolé et pardonné à ce pauvre Montgomery, brisé par « l’horreur de son crime. »

« Ne vous souciez pas. Vous n'avez besoin de pardon, ayant obéi à votre roy et fait acte de bon chevalier et vaillant homme d'armes », lui glisse un Henri II mourant.

Le pardon royal ne suffit pas. Montgomery s'enfuit le jour du drame, devenu pour toute l'Europe « celui qui tua à jouster le roy Henry »...

Catherine de Médicis le fera poursuivre, bien décidée à se venger et à le voir au bout d’une corde.

En attendant, on l’a destitué de son grade de lieutenant des archers et exilé de la cour.

Parti en Angleterre, revenu en France en protestant luttant contre les catholiques (avec un nouveau blason arborant un casque percé d'une lance), Catherine le fait arrêter en 1574, avant de le faire décapiter en place de Grève...

La mort du roi permet la création d'une place à Paris

On comprend qu'après l'horreur de cette mort accidentelle, Catherine fasse raser l’hôtel des Tournelles…

Car comme disait Victor Hugo, « c’est le coup de lance de Montgomery qui a crée la place des Vosges. »

Paris à l’époque n’avait aucune place publique digne de ce nom.

Henri IV, qui a pensé à construire une filature de soie à la place de l'hôtel, décide en 1605 d'aménager une place, l’actuelle place des Vosges !

Non, Nostradamus n’a pas prédit la mort d’Henri II

Dans ses prophéties, au quatrain 35 de la centurie I, Nostradamus écrit en 1555 :

« Le lion jeune le vieux surmontera / En champ bellique par singulier duel, / Dans cage d’or les yeux lui crèvera, / Deux classes une, puis mourir, mort cruelle. »

Beaucoup y ont vu la prédiction de la mort du roi : le lion jeune (Montgomery) crève l'oeil du vieux (Henri II) portant un casque doré (cage d'or), lors d'un tournoi (champ bellique).

Mais comme d'habitude avec ce bon vieux Nostradamus, son charabia ne veut rien dire, on peut adapter ses prophéties pour tout et n'importe quoi.

C'est en tous cas un de ses quatrains les plus célèbres !

De troublantes coïncidences !

Si personnellement, je reste sceptique sur la prédiction de Nostradamus, je vous fais quand même part de l'anecdote suivante, toujours dans le domaine des prémonitions.

La nuit précédant le tournoi, une dame logeant à la Bastille voit en rêve Henri II blessé et à terre, un bout de lance dans l’œil.

L’éclat rejaillit dans l’oreille du dauphin, le futur François II, qui pouf, tombe raide mort.

Un présage qui voulait dire que celui-ci ne vivrait pas longtemps : tout juste, il mourra d’une tumeur à l’oreille, à Orléans !

Une autre coïncidence, pour finir : étant petiot, Henri II avait crevé un œil à son écuyer, un certain François de Boucard...

Conclusion

Henri II mort, c’est son fils François II qui lui succède. Pas pour longtemps : il meurt moins d'un an après.

La liste des disparitions brutales ne s’arrête pas : les frères de François, tous deux rois de France, trouvent la mort en moins de 20 ans.

Charles IX d’une sueur de sang, en 1574, Henri III assassiné en 1589…

Sources

  • Augustin Cabanès. Les Morts mystérieuses de l'Histoire. 1923.
  • Alexandre Dumas. Le page du duc de Savoie. 1862.