La bataille de Jarnac : un mort sur une ânesse, des prémonitions

Bataille de JarnacBataille de Jarnac | ©Rijksmuseum / CC0

En pleines guerres de Religion, la bataille de Jarnac voit la mort tragique de Louis de Condé, le principal chef du parti protestant !

Et Catherine de Médicis a des rêves prémonitoires...

La situation avant la bataille

Tout avait commencé par un massacre, à Wassy en Champagne, après la signature par le roi Charles IX d’un édit autorisant le prêche protestant à l’extérieur des villes.

À Wassy, le duc de Guise tombe sur un prêche... dans une grange. Une tuerie effroyable commence.

C’est le tout début des guerres de Religion, le début de 30 ans de sang et de luttes civiles.

Après plusieurs édits de tolérances, celui de Saint-Maur en septembre 1568 porte un violent coup de massue aux protestants : on leur interdit la pratique de leur culte, on les prive de leurs biens !

Ils trouvent refuge à La Rochelle. Et le 13 mars 1569, les armées catholiques et protestantes s’affrontent à Jarnac...

Côté protestant

300 cavaliers ! Louis Ier de Bourbon, prince de Condé, 39 ans, est à leur tête.

Le principal général en chef protestant, pendant les guerres de Religion !

L’oncle du futur Henri IV, de cette famille côté paternel qui descend du roi saint Louis.

Soupçonné d’être à l’origine de la conjuration d’Amboise, en 1560, qui a pour but d’enlever le jeune roi François II...

À ses côtés, celui que l’on ne présente plus : l’amiral Gaspard de Coligny.

ColignyColigny | ©Rijksmuseum / CC0

Côté catholique

On compte 800 lances. Oui, comme on a pu le voir, les protestants sont en infériorité numérique...

À la tête des catholiques, Henri, le frère du roi Charles IX, que l’on appelle encore duc d’Anjou, mais qui sera bientôt Henri III. Il a 18 ans.

À ses côtés, le fidèle maréchal de Saulx-Tavannes, 60 ans.

On a envoyé Henri d’Anjou à Jarnac en qualité de lieutenant général du royaume, pour vaincre les protestants.

De l'autre côté de la Charente...

L’armée protestante occupe la rive droite de la Charente et cherche à empêcher l’armée catholique de traverser. Comment ? En sabotant le pont !

Le 12 mars, d'Anjou prend Châteauneuf, située sur la rive sud. Mais... le pont est détruit.

Sauf que, incroyable… les catholiques arrivent à le réparer dans la nuit, sans se faire voir des protestants !

Ce qui leur permet de passer tranquillement la rivière.

La surprise est totale. Les troupes de Coligny se font complètement disperser, l’amiral tente de les rassembler.

Henri IIIHenri III | ©Rijksmuseum / CC0

Condé, le bras en écharpe !

Retrouvons Condé, pendant ce temps, qui s’apprête à rejoindre la bataille !

Blessé la veille par une chute de cheval, il porte le bras en écharpe.

Et là, un cheval vient de lui briser la jambe en ruant, alors qu’il ajuste son casque sur sa tête.

Fracture ouverte : l’os sort carrément du cuir de sa botte, rapporte d’Aubigné !

Vous croyez peut-être que Condé va laisser tomber ? Non !

Il lance, en montrant sa jambe à ses hommes :

« Allons, voici le combat que nous avons tant désiré. Souvenez-vous en quel état Louis de Bourbon entre au combat, pour Christ et sa patrie ! »

Bataille de Jarnac (De Tristibus Galliae carmen)Bataille de Jarnac (De Tristibus Galliae carmen) | ©Bibliothèque municipale de Lyon / Public domain

La mort de Louis de Condé

C’est donc un Condé blessé deux fois, que l’on retrouve en pleine mêlée.

On lutte des deux côtés. Les cadavres des protestants jonchent bientôt le champ de bataille.

Renversé de sa monture, Condé se défend encore.

Pour faire rempart de leurs corps, « un vieillard nommé La Vergne » et 25 membres de sa famille, fils, petits-fils, neveux, se battent furieusement.

15 d’entre eux trouveront la mort, les autres seront faits prisonniers.

Condé, à terre, acculé contre un arbre, cherche à se relever, haletant. La douleur... ses blessures...

Il lance des regards anxieux autour de lui. Il aperçoit soudain d’Argence et Saint-Jean, deux catholiques qu’il connaît... ils accourent !

Condé se rend à eux. Les deux hommes jurent de défendre le captif. Mais trop tard. Les catholiques arrivent, avec ordre de tuer. Tuer !

« - Ah, d’Argence, tu ne me sauveras pas... » souffle Condé.

Joseph François de Montesquiou, capitaine des gardes du duc d’Anjou, accourt en hurlant « Tue ! Tue, mordioux ! », puis se plante devant Condé et l’achève d’une balle de pistolet dans la tête...

Louis de CondéLouis de Condé | ©Biblioteca Nacional de Portugal / Public domain

Un œil hors de la tête

À l’annonce de la mort de Condé, son secrétaire vient sur place constater le décès.

« Nous le trouvâmes là, chargé sur un âne ; et ledit sieur baron (de Magnac, ndlr), l’ayant fait arrêter, le prit par les cheveux pour lui lever le visage, qu’il avait tourné du côté de terre, et me demander si je le reconnaissais. Mais parce qu’il avait un œil hors de la tête et était fort défiguré, je ne sus autre chose dire sinon que c’était bien sa taille et son poil, et que du reste je n’en pouvais parler. »

Le cadavre de Condé sur une ânesse !

On jette le cadavre de Condé sur une vieille ânesse, « bras et jambes pendantes », écrit Brantôme, comme un vulgaire ballot de linge.

On l'expose ensuite « à la vue de tous sur une pierre contre un pilier de la galerie de Jarnac, où Monsieur (d’Anjou, ndlr) prit son logis. »

D’Anjou veut faire construire une chapelle à l’endroit de la mort de Condé.

Hé, malheureux ! On lui dit que c’est une très mauvaise idée ! On pourrait prendre cela comme un aveu d’assassinat...

L'hommage unanime

Ce quatrain moqueur court après la mort de Louis de Condé :

« L’an mil cinq cent soixante-neuf, Entre Jarnac et Châteauneuf Fut porté mort sur une ânesse Le grand ennemi de la messe. »

Pourtant, Condé laisse, dans les deux partis, catholique comme protestant, le souvenir d’un « excellent chef de guerre. »

Henri de Navarre fera ensuite enterrer le corps de son oncle à Vendôme.

Mort de Condé (De Tristibus Galliae carmen)Mort de Condé (De Tristibus Galliae carmen) | ©Bibliothèque municipale de Lyon / Public domain

Le rêve prémonitoire de Catherine de Médicis

C’est la reine Margot, au chevet de sa mère malade, Catherine de Médicis, qui rapporte la scène dans ses Mémoires.

Celle-ci se passe la nuit du 12 au 13 mars 1569.

Catherine se redresse dans son lit, délirante, en plein rêve. Comme si elle était aux premières loges de la bataille en cours.

Elle se met à hurler :

« Voyez comme ils fuient ! Mon fils à la victoire ! Voyez, voyez, le prince de Condé mort ! »

La nuit suivante, on lui apporte la nouvelle de la victoire à Jarnac.

Catherine soupire :

« Vous êtes fâcheux de m’avoir éveillée pour cela. Je le savais bien. Ne l’avais-je pas vu hier ? »

Condé... envoûté ?

Un certain Don François de Alava, ambassadeur d’Espagne à Paris, écrit à son roi qu’un Florentin propose un jour à Catherine de Médicis de tuer l’amiral de Coligny, son frère François d’Andelot et Louis de Condé.

Un homme qui fabrique trois effigies de bronze à taille humaine, « pleines de vis aux jointures et à la poitrine, pour les ouvrir et fermer et pour tenir les deux bras fortement adhérents, ainsi que les cuisses. »

Tous les jours, il serre et desserre les vis.

Oh, des poupées vaudou ! Un envoûtement ! Condé envoûté, qui peut mourir à distance !

Alava dira aussi que l’on a vu des marques nettes sur la cuisse et les bras du cadavre de Condé, après sa mort à Jarnac... traces de l’envoûtement, bien sûr !

Pyramide de CondéPyramide de Condé | ©JLPC / Wikimedia Commons / CC BY-SA

La pyramide commémorative

On doit l’aménagement de ce monument commémoratif au comte de Jarnac, en 1770, sur le lieu où Louis de Condé a trouvé la mort.

C’est une grande colonne portant, sur une plaque de marbre, ces vers de Voltaire, tirés de la Henriade : « Ô plaines de Jarnac, ô coup trop inhumain ! »

La Révolution française détruit le monument en 1793.

Il sera restauré avec une nouvelle inscription en latin.

Sources

  • François-Émile de Bonnechose. Histoire de France depuis l’origine jusqu’à 1872. 1872.
  • Agrippa D’Aubigné. L’Histoire universelle.
  • Duc d'Aumale. Histoire des princes de Condé, tome 2. 1886.
  • Georges Imann-Gigandet. Ruggieri, magicien de Catherine de Médicis. Éditions Fernand, 1941.