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14 choses à savoir sur Charlotte Corday

Quand : 27 juillet 1768 - 17 juillet 1793

Assassinat de Marat (anonyme, 1793) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0
Maison Révolution Française Charlotte Corday Maison natale de Charlotte Corday

La Normande entre dans l'Histoire pour avoir assassiné Jean-Paul Marat.

Elle a 24 ans, la Révolution Française bat son plein...

1 - Charlotte Corday est Normande

Elle naît le 27 juillet 1768 non loin de Vimoutiers, dans l’Orne.

Sa maison natale à colombages existe toujours, perdue au milieu des bocages du pays d’Auge !

Et parmi ses ancêtres, il y a une personnalité normande célèbre, mais chut, on ne vous en dit pas plus pour le moment...

2 - Le père, veuf, est noble, mais très pauvre

Sa mère morte en 1782 après avoir donné naissance à un 5e enfant mort-né, Charlotte se fait envoyer avec sa sœur cadette à l’abbaye aux Dames de Caen.

Elle a 13 ans, elle y reste jusqu’en 1791.

L’abbaye accueille alors les enfants de famille noble mais sans argent.

Oui ! Son père est terriblement pauvre :

« Homme doux et grave, il avait l’habitude de mettre son argent dans un tiroir ouvert à ses enfants ; il leur en disait le chiffre, leur détaillait l’emploi qu’il comptait en faire, et par cette confiance, il atteignait pleinement son but. Il leur faisait connaître la modicité de ses ressources et combien il fallait d’économie pour qu’elles pussent suffire aux besoins de la maison ; aussi tous les enfants refusaient absolument tout achat superflu dont ils auraient été l’objet, et chacun d’eux se multipliait en quelque sorte pour servir et aider de si bons parents. »


Charlotte Corday

Charlotte Corday | ©Rijksmuseum / CC0

3 - Un caractère bien trempé !

Charlotte est d'une force de caractère peu commune.

Frédéric Corday, un parent, écrira plus tard :

« Charlotte avait le feu sacré de l’indépendance, ses idées étaient arrêtées et absolues. Elle ne faisait que ce qu’elle voulait. On ne pouvait pas la contrarier, ceci était inutile, elle n’avait jamais de doutes, jamais d’incertitudes. Son parti une fois pris, elle n’admettait plus de contradiction. Son oncle, le pauvre abbé de Corday, m’en a parlé dans les mêmes termes, comme d’une personne qui avait un caractère d’homme. Elle avait, en outre un esprit assez railleur, assez moqueur… »


« J'ai toujours pensé par moi-même », gronde Charlotte, quand, lors de son procès, on lui demande si elle a été manipulée.

Et le mariage ? Peu pour elle ! Trop indépendante pour ça...

Elle écrit à Mme de Maromme :

« Jamais je ne renoncerai à ma chère liberté, jamais vous n'aurez, sur l'adresse de vos lettres, à me donner le titre de Madame. »


Mme de Cosnard rapporte d’ailleurs :

« Lorsqu’on plaisantait Mlle de Corday sur la question du mariage, elle répondait gaiement qu’elle ne se marierait jamais parce qu’aucun homme n’était fait pour être son maître. »


Charlotte Corday (J.-B. Bosio)

Charlotte Corday (J.-B. Bosio) | ©The Metropolitan Museum of Art / Public domain

4 - Elle devient républicaine

Charlotte est vite séduite par les idées des Girondins.

Avec les Montagnards, ce sont les deux groupes politiques phares de la Révolution, qui s’opposent.

Alors : les deux sont d’accord pour refuser le retour à la monarchie, vous voyez.

Mais si les premiers (dont les chefs viennent de Gironde) voudraient que la situation se stabilise, les Montagnards (qui occupent les gradins du haut à la Convention, d’où leur nom), plus radicaux, entendent appliquer les idéaux de la Révolution par la violence et les massacres : Danton, Robespierre, Marat en sont les partisans les plus célèbres.

Charlotte, elle, hait la violence de la Révolution, les tueries, les exécutions à la guillotine.

La mort de Louis XVI, en janvier 1793 ? Vous pensez que ça l’a traumatisée !

Elle écrit une semaine après le choc : « Tous ces hommes qui devaient nous donner la liberté l’ont assassinée. »


Assassinat de Marat (anonyme, 1793)

Assassinat de Marat (anonyme, 1793) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

5 - Pourquoi Marat ?

« J'ai tué un homme pour en sauver cent mille», dit-elle à son procès.

On a en effet trouvé sur elle une lettre, lors de son arrestation, Adresse aux Français : elle y explique vouloir mettre fin à la guerre qui ravage la France.

« Je n’ai pas cru tuer un homme mais une bête féroce qui dévorait tous les Français », explique-t-elle à ses juges.

Mais au fait, pourquoi cette fixette sur Marat ?

Charlotte le tient responsable de toute la violence post Révolution française : le journaliste et médecin, orateur populaire parmi les révolutionnaires, appelle aux meurtres dans son journal L’Ami du peuple, pourchasse les Girondins après leur chute en 1793.

Il veut la création d’un tribunal spécial pour punir les suspects, « la chasse aux bêtes puantes et féroces ».


Marat (J. Boze, vers 1793)

Marat (J. Boze, vers 1793) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

6 - Une « héroïne » à l’antique ?

Fanatique, folle, exaltée… on ne compte plus les mots pour qualifier Charlotte Corday !

Elle déborde peut-être juste (c’est mon avis) d'un patriotisme exacerbé, compte tenu du contexte survolté et radical de l’époque.

Au milieu de sa solitude normande, orpheline de mère à 13 ans, placée à l’abbaye de Caen comme jeune fille pauvre, elle se réfugie dans la lecture, dévore Plutarque et les tragédies de son aïeul Corneille.

Elle grandit avec ces personnages de femmes fortes qui ont le sens du sacrifice. Est-ce cela qui lui a monté à la tête, qui la pousse à assassiner Marat ?

À l’époque, aussi, on se passionne pour l’antiquité romaine : on joue Brutus partout, les députés se drapent dans des toges…

Brutus, qui tue le tyran César de son poignard, oula, quelle image !

Elle est sûre d’avoir accompli son devoir, comme Brutus. Lors de son procès, elle dit d’ailleurs : « Ceux qui me regretteront se réjouiront de me voir jouir du repos dans les Champs-Élysées avec Brutus et quelques anciens. »

Léon de La Sicotière explique bien tout ceci, dans Revue des questions historiques, tome 2, 1867) :

« Âme ardente et fière nourrie des idées philosophiques et du mauvais goût romain de son temps, tourmentée de ce besoin d’héroïsme auquel se mêlait un très vif désir de faire parler de soi, qui est si frappant non seulement chez la plupart des hommes, mais surtout chez les femmes de la Révolution, elle conçoit son projet, elle l’exécute, et elle meurt dans ce milieu d’idées grandioses et un peu plus hautes que nature, où se meuvent les personnages créés par le grand Corneille, son bisaïeul. »


Charlotte Corday en prison écrivant à son père

Ch. Corday en prison écrivant à son père | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

7 - Que s'est-il passé le jour J ?

Le 9 juillet 1793, Charlotte Corday quitte Caen en diligence pour Paris.

Deux jours plus tard, elle loue une chambre à l’hôtel de la Providence, actuelle rue Hérold.

Elle achète un couteau le matin du 13 juillet et file chez Marat, au 30 rue des Cordeliers (actuelle rue de l’École-de-Médecine).

L’orateur, malade, ne quitte plus son domicile. Sa compagne Simone, sa sœur, le protègent comme des lionnes.

Pourtant, Charlotte parvient, après deux refus, à s’introduire auprès de lui.

Haletante, l’air sombre, elle murmure qu’elle détient des informations capitales sur les Girondins réfugiés à Caen.

Elle se décide à frapper après un échange au cours duquel Marat annonce le sort réservé à ces fuyards... la mort.

Marat, touché au poumon, meurt sur le coup. Le coup mortel laissera ses juges perplexes : « Comment avez-vous pu frapper Marat droit au cœur ? »

« L’indignation qui soulevait le mien m’indiquait la route », clame-t-elle !

8 - Marat, de toutes façons, était condamné

Le tribun-médecin souffre d’une vilaine maladie de peau qui le dévore. Une dermatite séborrhéique, d’après une étude réalisée par des biologistes moléculaires en 2019.

Seuls de longs bains chauds additionnés de soufre parvenaient à calmer les odieuses démangeaisons.

C’est dans cette atmosphère moite et piquante que Charlotte Corday a frappé Marat en plein cœur, le 13 juillet 1793.

Elle a achevé un malade, un homme condamné, qui de toutes façons, n’en avait que pour quelques semaines à vivre : les champignons responsables de sa maladie, Malassezia restricta, auraient fini par passer dans le sang et provoquer une septicémie, pour laquelle on ne connaissait aucun traitement.


Marat au moment de sa mort (J. L. Copia d'après David, 1793)

Marat au moment de sa mort (J. L. Copia d'après David, 1793) | ©Wellcome Collection / Public domain

9 - La mort en rouge

Le 17 juillet 1793, après son arrestation, Charlotte Corday est reconnue coupable d’assassinat avec préméditation et condamnée à mort le soir même.

Elle est guillotinée sur l’actuelle place de la Concorde, vêtue de la chemise rouge réservée aux condamnés à mort « pour crime d’assassinat, d’incendie ou de poison », conformément à l’article 4 de la première partie du Code pénal, rapporte le livre Charlotte de Corday, étude historique avec documents inédits (H. de Monteyremar, 1862).

Plus que des chemises, ce sont en fait des sacs de toile grossièrement taillés...

10 - Ses derniers mots

Debout sous l’averse (un terrible orage vient juste d’éclater), Charlotte Corday tremble, bringuebalée par la voiture qui file vers le lieu du supplice.

Le bourreau Sanson se tient auprès d’elle. Il lui souffle : « Vous trouvez que c’est bien long, n’est-ce pas ? »

« Bah, nous sommes bien sûrs d’arriver », soupire-t-elle !

Quelques minutes plus tard, alors que la guillotine est en vue, Sanson tente de protéger la jeune femme de la vue de la machine avec laquelle il va la tuer.

Charlotte écarte le bourreau et murmure : « Laissez-moi, je n’en ai jamais vu ; j’ai bien le droit d’être curieuse ! »

Il est 18h30. Elle va à la mort sereine, imperturbable. Sanson sera impressionné.


Ch. Corday conduite à la guillotine

Ch. Corday conduite à la guillotine (1793) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

11 - Elle rougit après sa mort !

Le couperet siffle. La tête de Charlotte Corday… vient de tomber.

L’aide du bourreau, Legros, un « charpentier maratiste » selon Michelet, s’approche, tire du panier d’osier maculé de sang la tête de la jeune femme, la soulève, et brusquement, lui assène une gifle.

Les gens les plus proches verront rougir les joues de la morte !

« Tous les spectateurs, frappés de ce changement de couleur, demandèrent aussitôt, par de bruyants murmures, vengeance de cette lâche et atroce barbarie. »

La foule déchaînée, qui deux minutes avant hurlait à mort, se tait. La criminelle avait reçu sa punition, plus besoin de la faire souffrir davantage...

En tous cas, les joues des morts ne rosissent jamais de cette façon : en plus, la gifle n’a été donnée que sur une joue, et l’autre était aussi colorée.

Il n’en faut pas plus, bien sûr, pour que les langues de vipères, au soir venu, débattent : la tête avait-elle rougi de douleur ou d’indignation ?


Exécution de Ch. Corday

Exécution de Ch. Corday | ©Paris Musées - Maison de Victor Hugo Hauteville House / CC0

12 - Les tribulations de son crâne

Son corps se fait autopsier à l’hôpital parisien de la Charité, pour une raison : vérifier sa virginité.

Des jacobins avaient dit qu’elle avait agi par amour pour un ou plusieurs amants. Ce qui voulait dire que ce ne serait pas un crime politique mais bien un crime passionnel...

Raté ! Elle est « virgo intacta ».

On l’inhume au cimetière de la Madeleine (désaffecté en 1794, transfert des os aux Catacombes).

Fin de l’histoire ? Non ! Son crâne ! Conservé par le bourreau Sanson, il est remis au secrétaire de Danton, Rousselin Corbeau de Saint Albin, puis acheté en 1858 par la famille Bonaparte.

Il se trouverait encore aujourd’hui entre les mains de la famille du prince Radziwill.

13 - Il existe un portrait fidèle de Charlotte Corday

Le peintre Jean-Jacques Hauer réalise un dessin à la pierre noire de Charlotte en prison, aujourd’hui dans les collections du musée Lambinet de Versailles.

Il est le seul à avoir pu entrer dans sa cellule, à la demande de la jeune femme qui lui a demandé de faire ce portrait fidèle.

Le journal Thermomètre du Jour du 24 juillet 1793 rapporte :

« Pendant qu’on interrogeait l’accusée, un peintre qu’on dit être le citoyen Havre (c’est le nom allemand défiguré par la prononciation française), élève de David, dessinait sa figure ; elle s’en est aperçue : Continuez, lui a-t-elle dit, ne craignez pas que je change de position. »
(vu dans Dossier historique de Charlotte de Corday, C. Vatel, 1861)


Portrait de Charlotte Corday (J.-J. Hauer, 1793)

Portrait de Charlotte Corday (J.-J. Hauer, 1793) | ©Irina / Flickr / CC-BY

14 - Une victime collatérale, « l’amoureux » de Charlotte Corday

Il s’appelle Adam Lux. Un révolutionnaire allemand qui adhère totalement aux idées de la Révolution française.

Arrivé à Paris en mars 1793, il se range du côté des Girondins.

Il accompagne la charrette qui conduit Charlotte Corday à l’échafaud. Il ne peut détacher son regard de la jeune Normande...

Il publie un écrit où il confie son admiration, proposant de lui élever une statue avec l’inscription « Plus grande que Brutus ».

Arrêté, il crie joyeusement, alors qu’on le mène à la guillotine : « Je vais donc mourir pour Charlotte ! »

Henri Welschinger écrit :

« Il parait qu’à l’extrémité du faubourg de la Petite-Pologne, aujourd’hui quartier du parc Monceau, à l’angle de la rue du Rocher et de la rue de Valois, dans un terrain de la forme d’un carré long fut mis en terre le corps de Charlotte Corday. À côté d’elle on déposa, quelques jours après, Adam Lux. Ils étaient ainsi réunis dans la mort. »

Conclusion

Finalement, le sacrifice de Charlotte est vain : les massacres se multiplient les semaines qui suivent son crime.

Pire, le 5 septembre 1793, la Terreur de Robespierre se met en place.

Marat, que le peuple avait tant pleuré, se fait inhumer au Panthéon parmi les grands hommes.

Quelques mois plus tard, Charlotte se fait réhabiliter et Marat reléguer aux oubliettes, sorti du Panthéon et enterré au cimetière Sainte-Geneviève...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !