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Petite histoire du jardin des Tuileries en 10 anecdotes

Quand : 1519 - 1900

Les Tuileries | Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Jardin Jardin des Tuileries

1 - Location de chaises !

Aux Tuileries, on peut s’asseoir sur des chaises mises librement à disposition. Figurez-vous que ce n’est pas nouveau !

Sauf qu’au 18e siècle, on les paie quelques sous.

C’est le gouverneur du château des Tuileries, Bontemps, qui a l’idée de les louer en 1760, au bénéfice de sa maîtresse.

Et ce n’est pas tout... on trouve des « latrines publiques où chaque particulier satisfait son besoin pour une pièce de 2 sols », en 1780 !

La Soirée des Tuileries (P. A. Baudoin)

La Soirée des Tuileries (P. A. Baudoin) | ©Paris Musées - Musée Cognacq-Jay

2 - Tuileries… tuiles ! L’origine du nom

Les souverains français logent au Moyen Age au palais royal des Tournelles, puis déménagent au Louvre au 16e siècle.

À cause, notamment, d’un ancien ru devenu au fil des siècles égout puant : le ruisseau du Pont-Perrin.

En février 1519, Louise de Savoie, qui séjourne au palais, se trouve mal à cause des relents putrides de l'égout et du climat humide de ce lieu marécageux.

François Ier, son fils, choisit un endroit en dehors de l’enceinte de la ville, pour installer sa mère, riche d’un sol très argileux.

Un sol qui attire bientôt des ateliers de confection de tuiles, d’où le nom de Tuileries : les deux premiers artisans s’appellent Jean aux Boeufs et Aubin Poullart !

Les Tuileries (J. Marot, 1650)

Les Tuileries (J. Marot, 1650) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

3 - Palissy et la grotte des Tuileries

C’est Catherine de Médicis qui, en même temps qu’un nouveau palais, fait aménager le « Grand Jardin », achevé en 1572.

Catherine commande au grand céramiste Bernard Palissy un monde incroyable fait de « figures peintes » ou se mêlent grenouilles, faisans, tortues, serpents, écrevisses, disposés dans une grotte artificielle.

Une grotte « par le dehors, de pierres communes, et par le dedans, de terre cuite, en forme d’un rocher étrange, le tout enrichi, sculpté et émaillé de diverses choses inénarrables. »

Des vestiges de cette étonnante grotte des Tuileries se trouvent aujourd’hui dans les collections du musée de la Renaissance d’Écouen ou celui de la Céramique de Sèvres (photos ci-dessous).

On a également mis au jour en juillet 1865 deux des fours à poteries, utilisés par Palissy aux Tuileries, au milieu du 16e siècle.

Fragment de la grotte des Tuileries (fougère)

Fragment de la grotte des Tuileries (fougère) | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

4 - La charge de Lambesc, prélude de la prise Bastille

On est 2 jours avant la prise de la Bastille. Ambiance… électrique !

Ce 12 juillet 1789, des milliers de Parisiens se soulèvent contre le renvoi du ministre Necker, qui a eu lieu la veille.

Un ministre très aimé du peuple, acquis à la cause de ce dernier par des mesures protectionnistes.

On se met en route pour Versailles. Mais une fois la foule arrivée aux abords des Tuileries, le duc de Lambesc lui barre la route.

Celui-ci fait charger son régiment à cheval sur le peuple, tout sabre dehors, les lames tranchant l’air tiède !

Plusieurs morts, des blessés. La violence sans pitié de la charge provoque une montée supplémentaire de la grogne populaire.

Les insurgés décident de prendre les armes, pour se défendre. Le soulèvement trouvera son apogée le 14 juillet 1789, avec la prise de la Bastille !

Charge de Lambesc

Charge de Lambesc | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

5 - Robespierre et l’Être Suprême

Les enfants viennent aujourd’hui jouer autour du grand bassin des Tuileries... mais pendant la Révolution, on y organise des cérémonies !

La toute première fête de l’Être Suprême se tient le 8 juin 1794.

Imaginez une statue de l’Athéisme, représentée en monstre au milieu du bassin, entourée de l’Ambition, de l’Égoïsme et de la Fausse Simplicité.

Robespierre, torche dans une main, épis de blé dans l’autre, met le feu à ces allégories et mène la procession jusqu’au Champ-de-Mars.

C'est une célébration monstre et grandiose, où l’on a aménagé un rocher artificiel symbolisant la « montagne sacrée », couronnée de l’Arbre de la Liberté...

Fête de l'Etre Suprême aux Tuileries

Fête de l’Être Suprême aux Tuileries | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Le culte de l’Être suprême, institué par Robespierre en mai 1794, est la nouvelle « religion » républicaine du peuple français, après la déchristianisation et la « disparition » du catholicisme.

Un culte patriotique et moral, consistant en une série de fêtes dédiées :

  • à des entités (Être Suprême, donc, mais aussi l’Égalité, la Nature) ;
  • à des « vertus utiles à l’Homme » comme la Vérité, l’Amour de la Patrie.

Il reste un fabuleux vestige, de cette période robespierrienne : des bancs semi-circulaires, en « exèdres », ornés de sphinges, commandés en mai 1794, achevés en 1798.

Les exèdres

Les exèdres | ©Guilhem Vellut / Flickr / CC-BY

6 - Un lieu à la base dédié à l'ancêtre du tennis

Le bâtiment du Jeu de Paume date de 1862. Napoléon III le fait construire pour son fils, le prince impérial, pour la pratique de ce sport.

Cet ancêtre du tennis est pratiqué par la monarchie depuis des siècles !

Mais le tennis, justement, ne tarde pas à supplanter son aïeul, au tout début du 20e siècle.

Le bâtiment est donc abandonné, transformé en 1909 en un lieu d’exposition d’œuvres d’art.

Fonction qu’il a gardé depuis…

Le Jeu de Paume

Le Jeu de Paume | ©Rodney / Flickr / CC-BY-SA

7 - Le repas gargantuesque des maires !

22 septembre 1900. Le jardin des Tuileries sert de cadre à un gigantesque banquet : celui des maires de France, et des Colonies !

Près de 22 000 maires prennent place sous deux tentes colossales, dressées dans l’allée centrale des Tuileries.

On compte :

  • 4800 maîtres d’hôtel et cuistots ;
  • 2 000 kg de saumon ;
  • 1200 litres de mayonnaise ;
  • 2340 faisans, 2500 poulardes de Bresse et 2 400 kg de filet de bœuf ;
  • 2500 litres de haricots verts, céleri et patates ;
  • 6000 poires et 1 000 kg de raisin ;
  • 30 000 cigares, 50 000 bouteilles de vin, 3000 litres de café et 8 km de nappes...
Le repas des maires

Le repas des maires | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

8 - André Le Nôtre, créateur du jardin actuel

Sur la terrasse du Jeu de Paume se trouve le buste du célèbre André Le Nôtre.

La copie du buste de Coysevox, dont l’orignal se trouve en l’église Saint-Roch... Mais que fait-il aux Tuileries ?

Hé bien, Le Nôtre commence tout juste à réaménager les jardins de Versailles, vers 1665 (l’affaire lui prendra 20 ans), quand le roi lui donne un autre projet : créer des jardins aux Tuileries.

Il a de qui tenir, André : son grand-père, Pierre, était le paysagiste de Catherine de Médicis.

Lui avait déjà aménagé le parc de Vaux-le-Vicomte, sans compter que depuis quelques années, il occupait le poste de contrôleur des Jardins du roi...

André donne aux jardins leur aspect actuel : celui d’un grand parc à la française !

Terrasse des Feuillants (Muller, 1812)

Terrasse des Feuillants (Muller, 1812) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

Car depuis la création du jardin en 1564, par Catherine de Médicis, le palais des Tuileries et son jardin primitif sont séparés par un grand mur et une ruelle sombre : l’actuelle avenue du Général-Lemonnier, qui sépare le jardin actuel et le Louvre.

André, chargé de créer un nouveau jardin sur celui de la reine, détruit cette ruelle et son vilain mur, pour aménager deux terrasses : celle du Bord de l’eau et celle des Feuillants.

Il y plante des arbres, ajoute un grand parterre, un bosquet de marronniers et plusieurs bassins ronds.

Le roi aux Tuileries

Le roi aux Tuileries | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

9 - Perrault et l’ouverture du jardin au public

Alors, voilà, comme on vient de le voir : une fois le jardin revisité par Le Nôtre, le ministre de Louis XIV Colbert veut en « condamner les portes » et le réserver au roi, « ne pas le laisser ruiner par le peuple, qui en moins de rien, l’aura gâté entièrement. »

Charles Perrault, qui se trouve avec lui, désapprouve !

Il expose sa vision des choses à Colbert :

« Vous ne croiriez pas le respect que tout le monde a pour ce jardin : les femmes et les enfants ne s’avisent jamais de cueillir aucune fleur, ils s’y promènent tous comme des personnes raisonnables. Ce sera une affliction publique de ne plus pouvoir venir ici se promener... Je suis persuadé que les jardins des rois ne sont si grands et si spacieux qu’afin que tous leurs enfants puissent s’y promener. »

Colbert sourit… et le jardin reste ouvert au public !

Les Tuileries au XVIIIe s.

Les Tuileries au 18e s. | ©Rijksmuseum / CC0

10 - Les statues de Louis XIV

Les Tuileries ? Un musée de sculptures en plein air ! Depuis celles de Louis XIV, jusqu’au 20e siècle. Évoquons plutôt ici celle de Louis XIV.

Coysevox et Marly

Voilà les statues de Coysevox : la Renommée et Mercure.

Coysevox, sculpteur attitré du roi Soleil !

Originellement installées au château de Marly (le second Versailles du roi), elles arrivent ici en 1719.

Et depuis 1986, les originales sont au Louvre (merci la pollution !).

Mercure

Mercure | ©Michael Gaylard / Flickr / CC-BY

Fleuves et rivières à l’honneur

On trouve la Seine et la Marne de Coustou, la Loire et le Loiret de Corneille Van Clève.

Sans oublier le Nil et le Tibre... tous ces groupes viennent de Marly.

Ensuite, les 4 Saisons : l’Été de Guillaume Coustou, l’Hiver de Raon, l’Automne et le Printemps de Barois.

Toutes des copies, depuis le transfert des originales au Louvre...

Le Nil (L. Ottone)

Le Nil (L. Ottone) | ©Jeanne Menjoulet / Flickr /CC-BY

Hercule Farnèse, Sceaux

Hercule Farnèse, Sceaux | ©Fred Romero / Flickr / CC-BY

Retour à l'envoyeur !

Les statues des Tuileries ont été remplacées par des moulages, on l’a vu, pour les préserver, notamment, de la pollution.

Pour d’autres, c’est pour que l’œuvre originale puisse être rapatriée dans leur château, musée ou jardin d’origine.

C’est le cas de l’Hercule Farnèse. La copie de la sculpture antique grecque, réalisée en 1670 par Giovanni Comino, est installée dans le parc du château de Sceaux en 1686, puis aux Tuileries dès 1793.

En 2010, elle retourne à Sceaux !

Sources

  • Paris aux Cent Villages (n° 21). Avril 1977.
  • Jacques Hillairet. Connaissance du vieux Paris. Éditions Princesse, 1963.
  • François Caradec. Guide de Paris mystérieux. Éditions Tchou, 2011.
  • Le jardin national des Tuileries. Parcours Révolution, parcoursrevolution.fr.
  • François-René de Chateaubriand. Les Tuileries : Paris ou le Livre des Cent-et-Un. 1831.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !