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Petite histoire de Saint-Sauveur-le-Vicomte pendant la guerre de Cent Ans : le repaire anglais de Geoffroy d’Harcourt

Quand : 1330 - 1418

Le château | Xfigpower / CC-BY-SA
Château Guerre de Cent Ans Château de Saint-Sauveur-le-Vicomte

Geoffroy d'Harcourt reste à jamais celui qui livra la Normandie aux Anglais.

Des Anglais qui, au total, sont restés 51 ans maîtres du château de Saint-Sauveur : leur plus importante place-forte en Normandie !

Geoffroy d’Harcourt, moult vaillant et boiteux

La première forteresse de Saint-Sauveur est probablement viking.

Son premier seigneur a été Néel de Saint-Sauveur, un baron normand trempant dans le complot visant à assassiner le jeune duc de Normandie Guillaume (pas encore Conquérant et roi d’Angleterre)…

Bref ! Au début du XIIIe siècle, Saint-Sauveur passe par mariage aux seigneurs normands d’Harcourt.

Quand la guerre de Cent Ans éclate, on y trouve Geoffroy d’Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur, en 1330.

Froissart écrit :

« C’était un chevalier de grand courage et moult vaillant de conseil et d’armes, selon sa puissance, car il était boiteux moult fort ; mais pour ce ne demeura mie qu’il ne fût hardi et entreprenant, et ne daigna onques fuir en bataille. »

D'Harcourt humilié !

Tout commence par une histoire... de fiancée. D’Harcourt compte épouser Jeanne Bacon, unique héritière d’un riche seigneur normand.

Mais Guillaume Bertrand, fidèle soutien du roi de France Philippe VI et ennemi des d’Harcourt, s’était aussi posé en prétendant !

En 1343, Geoffroy commence alors une vraie « guerre privée » contre les Bertrand. Le roi le punit.

Une fois, deux fois, trois fois… Geoffroy continue. Crac ! Ses terres sont confisquées.

Il est exilé en Flandres chez sa mère, où il commence à cogiter. A ressasser.

Blessé, humilié, attendant le pardon du roi qui ne venait pas, attendant qu’on lui rende ses terres...

Venez donc attaquer la Normandie !

Lassé d’attendre, Geoffroy passe à l’ennemi en 1345, en pleine guerre de Cent Ans.

Il rend carrément hommage à Édouard III d’Angleterre. En échange, le roi lui promet qu’il récupérera ses terres.

Et alors qu’Édouard voulait débarquer en Gascogne, où les Français font le siège d'Aiguillon, Geoffroy lui conseille... d’attaquer la Normandie !

« Sire, le pays de Normandie est l’un des plus gras du monde je vous promets sur l’abandon de ma tête que si vous y arrivez vous y prendrez terre à volonté vous n’y verrez personne qui ose vous résister. Vous trouverez en Normandie de grosses villes et des bourgades non fermées où vos gens auront si grand profit qu’ils s’en ressentiront encore dans plus de vingt ans. »
Le château

Le château | ©Ikmo-ned / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

D'Harcourt entre deux camps

Les troupes anglaises débarquent donc à Saint-Vaast-la-Hougue, en juillet 1346.

Avec à leur tête Geoffroy, que le roi a nommé maréchal d’Angleterre et commandant de son armée.

  • Geoffroy ravage la Normandie, notamment le château de son ancienne fiancée, Molay !
  • Ensuite, il part brûler Saint-Cloud, pour bien se faire voir du roi de France.
  • Sur quoi, lors de la bataille de Crécy, brillante victoire anglaise à laquelle il participe, il voit son frère Jean mourir dans le camp adverse. Pris de remords, il repasse côté français.

Oui : le roi Philippe VI lui a pardonné et rendu ses terres. Ça tombe bien : la forteresse de Saint-Sauveur est ruinée, il faut la retaper...

Édouard III

Édouard III | © Anders J. Moen / Flickr / Public domain

Retour chez les Anglais !

Vous pensiez que l’histoire finissait comme ça ? Hé non !

Le neveu de Geoffroy, Jean d’Harcourt, a été exécuté sur ordre du roi, après la découverte d’un complot, en 1356.

Le sang de Geoffroy se fige. Hop, retour dans le giron anglais !

Il ne lui reste pas longtemps à vivre, pourtant. Il donne son château de Saint-Sauveur à Édouard III d'Angleterre, le 18 juillet 1356, plus l’ensemble de ses terres.

Édouard, qui en profite pour s’emparer de la région, et offrir le château au plus valeureux de ses capitaines, John Chandos.

Geoffroy meurt en novembre 1356, cerné par les Français, préférant se battre jusqu’à la mort, que de se laisser prendre...

Chandos s’installe chez d'Harcourt

Incroyable : Saint-Sauveur devient la place-forte la plus importante que les Anglais possèdent en Normandie.

C’était une telle forteresse, qu’elle pouvait à elle seule tenir en échec la région entière…

Les Anglais s’y installent dès 1361, avec à leur tête Chandos, qui devient alors lieutenant général de toutes les possessions anglaises en France.

Froissart dit de lui :

« Oncques (jamais) depuis cent ans ne fut plus courtois ni plus plein de toutes bonnes et nobles vertus et conditions entre les Anglais que lui. »

Chandos fait ajouter à cette époque le donjon carré, et restaurer le château.

Il fait de Saint-Sauveur le point de départ, pendant 20 ans, de ses raids dans la région.

Donjon carré de John Chandos

Donjon carré de John Chandos | ©Kspindley / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

1374-1375 : le siège pour reprendre le château aux Anglais

Charles V entreprend de chasser les Anglais du dernier château qu’ils occupent en Normandie... oui , Saint-Sauveur !

A la tête des opérations : du Guesclin et ses 3000 hommes. Le siège débute en septembre 1374.

On fait même fabriquer un grand canon de fer à Caen, sur lequel on travaille pendant 43 jours, dans 3 forges spécialement construites à la va-vite, dans la halle de la ville !

Froissart rapporte que la place est prise grâce aux canons envoyés depuis Paris : on est le 3 juillet 1375.

Les Anglais quittent le château moyennant finance, leurs biens entassés sur des charrettes venues de Falaise, Caen ou Bayeux, qui forment un convoi interminable vers Le Carteret, d’où ils s’embarquent pour l’Angleterre...

1418, reprise des hostilités

Le 25 mars 1418, le duc de Gloucester reprend Saint-Sauveur-le-Vicomte, sans combattre !

43 ans après avoir été chassé.

Il faut attendre la victoire française à la bataille de Formigny, en 1450, pour voir enfin le départ des Anglais de Saint-Sauveur (et de la Normandie en général).

Source principale

  • Léopold Delisle. Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte. 1867.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !