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L’histoire du Fort Boyard en 6 anecdotes : lune de Vauban et prison infernale

Quand : 1590 - 1990

Le fort | Patrick Despoix / CC-BY-SA
Fortification Emprisonnement Vauban Fort Boyard

1 - L’origine (hollandaise) du nom boyard

Son nom, il le doit à un banc de sable situé entre Aix et Oléron, connu dès la fin du 16e siècle et baptisé sous le nom de banjaert hollandis : « banc des Hollandais. »

Par déformation, au fil du temps, banjaert a été prononcé « baniard »... ce qui a donné Boyard !

Les Hollandais naviguaient en effet très fréquemment, sur les côtes de la Charente-Maritime, à cette époque.

Ce banc de sable et ce nom apparaissent pour la première fois sur la carte du navigateur hollandais Lucas Janszoon Waghenaer, à la toute fin du 16e siècle.

Carte de France (Mercator, 1600-1650)

Carte de France où figure le Banjaert Hollandis (Mercator, 1600-1650) | ©Rijksmuseum / CC0

2 - La lune de Vauban, le premier projet de fort voulu par Louis XIV

Le premier projet de construction de fort, à cet endroit, date du règne de Louis XIV.

Dans quel but ? Celui de protéger l’arsenal de Rochefort ! Le plus important du royaume, il faut dire… L’arsenal est donc une cible de choix, pour les ennemis de tous poils.

Il faut absolument défendre l’embouchure de l’estuaire de la Charente ! Ce qui sera fait, avec la construction de nombreux forts, le long du littoral.

Mais... reste un talon d’Achille : le passage entre l’île d’Aix et l’île d’Oléron, qui n’est pas protégé. Le fort voulu par Louis XIV devait remédier à ce manque.

Le célèbre architecte militaire Vauban, appelé par le roi, examine la situation.

Il a bien repéré le banc de sable des Hollandais, mais… comme il le dira lui-même : « Il serait plus facile de saisir la lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne ! »

On est fixé sur la difficulté de la tâche ! En attendant, le premier projet de fort en reste là, pour le moment.

Le fort

Le fort | ©SnippyHolloW / Flickr / CC-BY-SA

3 - La construction du fort, un projet complètement fou !

Le projet dingue de Bonaparte

1801. Bonaparte, alors premier consul, entend bien fortifier le littoral, pour le protéger des raids anglais ! Selon son plan, son fort doit mesurer 80 m sur 40. Mais les ennuis commencent dès le début du chantier...

À cause des marées, on ne peut travailler que quelques heures par jour, et encore, seulement à la belle saison !

L’automne et l’hiver, hors de question de mettre un orteil dehors, à cause des tempêtes. Le chantier ne reprend qu’au printemps suivant.

Durant ce laps de temps, les Anglais s’en donnent à cœur joie, venant empêcher la construction du fort : comme ce jour de mars 1809, où ils canardent les ouvriers qui se sauvent sur la terre ferme !

Des tonnes de roches

Le plus gros du travail ? La pose de la base supportant le fort, qui prend plusieurs années, à elle toute seul.

Il faut extraire des tonnes de roches de l’île d’Aix et autres carrières voisines, les faire transporter par 30 bateaux et les déverser en tas pour former l’enrochement : en 2 ans, 27 000 m² ont été amenés.

Une base en ciment

7 ans plus tard, en quittant l’île d’Aix pour Sainte-Hélène, l’empereur constate que les travaux du fort ne sont toujours pas achevés…

Ce n’est pas demain la veille : les travaux sont suspendus en 1809, à cause de la houle, qui petit à petit, détruit les assises.

L’enrochement s’enfonce même sous son propre poids. Les travaux reprennent… en 1841 !

Cette fois, on n’apporte pas la roche sur place : on fabrique sur place un gros bloc en ciment de 150 000 m³.

Les fondations achevées en 1848, la construction prend fin en 1857.

Le fort

Le fort | ©Jebulon / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

4 - Boyard... Boyardville !

Boyardville, c’est une petite commune de l'île d’Oléron, pile en face du fort Boyard. Dont elle tient d'ailleurs le nom !

C’est en effet ici que tous les matériaux nécessaires à la construction du fort étaient stockés, dans ce petit village spécialement créé à cet effet.

L’actuelle Boyardville accueillait également les baraquements des ouvriers.

Le fort depuis Boyardville

Le fort depuis Boyardville | ©Cobber17 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

5 - Le fort a été transformé en prison pour communards

En Charente-Maritime, les Communards sont entassés dans plusieurs prisons, en attente de leur déportation en Nouvelle-Calédonie : Saint-Martin-de-Ré, le Château de l’île d’Oléron. Ainsi qu'au fort Boyard.

Les prisonniers y arrivent dès avril 1871. Un reporter du Figaro, René de Pont-Jest, se rend sur place et en rapporte les détails qui suivent.

Les leaders communards

Le Figaro estime à 3709 le nombre de déportés. La plupart des chefs communards se retrouve au fort Boyard : ils sont issus de tous métiers et toute classe sociale.

Pourquoi ont-ils été condamnés ? « Commandement de bandes armées », « excitation à la guerre civile », « construction de barricades », « port d’armes et d’uniformes »…

Des conditions précaires

Au début, rien n’est fait pour l’arrivée des prisonniers. Ils sont obligés de dormir à même le sol, le linge n’est jamais changé et les rations n’arrivent pas à temps : on n’a parfois que du pain, et encore... du pain imbibé d’eau de mer !

Le fort Boyard n’est pas du tout fait, pour abriter des prisonniers !

En cas de mauvais temps, on est isolé : ce qui veut dire plus de vivres, plus de courrier... les esprits s’échauffent vite.

De la vermine, partout !

« Conditions hygiéniques inqualifiables », dit un rapport de février 1872.

Le fort est, en effet, un nid à vermines qui causent maladie cutanée et « irritation nerveuse avec absence de sommeil. »

Le remède ? Rasage 2 fois par semaine et coupe des cheveux une fois par mois !

Régime spécial dans les assiettes

Les prisonniers reçoivent un quart de vin, du café, deux rations par jour de soupe composée de patates, carottes, choux, fèves, oseille, lentilles, accompagnée de beurre et de graisse de porc.

En été, on sert une boisson à base d’eau, mélasse, gentiane, houblon et essence de citron.

Un régime alimentaire bien plus enviable que bien d’autres bagnes ou prisons, notez bien…

Contrairement au bagne de Saint-Martin-de-Ré, les détenus ne sont pas contraints de travailler : ils lisent ou vont à l’étude.

Prison mixte

Hommes et femmes sont parqués dans le même enclos, séparés par une simple claire-voie.

Les femmes se voient obligées de faire leurs peu d’ablutions... devant les geôliers !

6 - Comment le fort est devenu la vedette d'un jeu télé

Après la sinistre prison pour communards, le fort est occupé par la Marine pendant les 40 années qui suivent, puis abandonné pendant la Première Guerre Mondiale. En 1962, le ministère des Armées le fait vendre aux enchères.

C’est un dentiste d’Avoriaz, qui achète la ruine pour 29 000 francs.

Il n’aura pas les moyens financiers d’entretenir un tel colosse de pierres, ni le temps d’y venir, de toutes façons...

Il le revend donc, en 1988, à une société de production de jeux télévisés pour 1,5 millions de francs, qui à son tour, le cède pour 1 franc symbolique, au Conseil général de la Charente-Maritime.

À une condition : que celui-ci restaure le monument et donne l’exclusivité de l’exploitation du fort à la société de production. L'idée ? En faire le cadre d’un célèbre jeu télévisé, dont la première est diffusée le 7 juillet 1990 !

Sources

  • Didier Chirat. Les petites histoires de l'Histoire de France. Larousse, 2018.
  • Françoise Deherly. Boyard, le fort de l'inutile. Blog Gallica - BNF.
  • Fort Boyard. Encyclopédie Wikipédia, wikipedia.org.
  • François Didierjean. Fort Boyard : un château fort de la mer. Revue Marine ACORAM (n° 266, janvier 2020).
  • Les Communards dans les prisons charentaises. In L'Actualité de l'histoire : bulletin de l'Institut français d'histoire sociale (janvier 1956).

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !