La prune de Brignoles... fatale pour le duc de Guise !

Image d'illustrationImage d'illustration | ©Jebulon / CC0

Késako ?

La prune de Brignoles (83) se déguste sous toutes les formes : en confiture, séchée, en pâte de fruit, dans un gâteau...

Comment la reconnaît-on ?

C'est un fruit oblong, avec une peau noire ou rougeâtre. La chair est sucrée avec une belle couleur orangée.

La petite histoire

Mhh, la bonne prune !

On a souvent dit que le nom même de Brignoles viendrait du celtique brin (« prune ») et de on (« bonne »)... bonne prune !

C'est un fruit sec que l'on fabrique depuis le 16e siècle : on l'appelle aussi la pistole.

La pistole étant une pièce de monnaie, quel rapport ? Hé bien, autrefois, on séchait le fruit qui devenait plat et tout rond !

Au temps de François Ier, on les apprécie particulièrement.

De Brignoles à Digne

Aujourd'hui, les prunes de Brignoles viennent de Digne.

Tiens, mais pourquoi ?

La légende veut qu'au moment des guerres de Religion, vers 1570, le seigneur de Vins, propriétaire à Brignoles, refuse de payer ses impôts.

Les habitants, en colère, saccagent ses propriétés et détruisent les pruniers (18 000 arbres).

Depuis ce temps, on ne fait plus de prunes à Brignoles, mais à Digne...

Ce n'est qu'à la fin du 20e siècle que l'association historique de Brignoles décide de rendre au fruit ses lettres de noblesse.

Depuis 2004, Brignoles organise chaque année à la fin de l'été une fête de la Prune..

On dit aussi que le duc de Guise adorait les prunes de Brignoles !

À tel point, que l'on dit qu'il en mangeait une, lorsqu'il se fait assassiner au château de Blois...

La prune du duc de Guise

Nous sommes en pleines guerres de Religion. Catholiques contre protestants.

Guise lui, mène la Ligue, les catholiques.

Si bien qu'on le voit déjà roi, lui ! Plus que cet Henri III qui veut, à sa mort, céder le trône à ce protestant d'Henri de Navarre...

Guise veut la couronne, il commence alors à comploter avec l'Espagne et à multiplier les intrigues.

Alors, Henri III demande à Guise de le rejoindre au château de Blois, pour participer aux États Généraux. Histoire d'en finir une bonne fois pour toute, avec ses prétentions au trône...

Nous sommes le 23 décembre 1588. Petit matin sacrément frisquet sur Blois !

Les appartements du château, encore plongés dans l'obscurité, gèlent littéralement.

Le duc de Guise doit se rendre aux États. Le voilà qui traverse la galerie, l'air grave, l’œil sombre, la bouche pincée. Un visage taillé à la serpe, accentué par la balafre récoltée au combat.

Il avait passé la nuit avec une dame. Une nuit courte, on imagine bien...

Il ne se sent pas très bien. Le manque de sommeil, oui, mais pas que. Ses pas le dirigent vers un futur incertain, on dirait bien !

Guise secoue la tête et se ressaisit. Il pousse la porte de la grande salle où va se tenir la réunion.

Pas un bruit. Il est tôt. Guise est arrivé en avance.

Mais une étrange impression le saisit. Il frémit et soudain, mince : du sang. Il saigne du nez.

Il demande à son valet de chambre un mouchoir et aussi un peu de « confiture » à Saint-Prix, le domestique du roi, c'est-à-dire des fruits secs... nos prunes de Brignoles !

Guise en mange et se sent un peu mieux.

Autre version : Guise, dit Agrippa D'Aubigné dans son Histoire universelle, avait demandé des écorces de citrons confits à Saint-Prix mais finalement, celui-ci lui ramène des prunes.

Palma Cayet rapporte dans sa Chronique novenaire :

« Sujet à un mal de cœur, le duc prit dans ses chausses une petite boîte d'argent pour y penser trouver quelques raisins et n'y trouvant rien demande à Saint-Prix qu'il lui donna quelques bagatelles du roi, Saint-Prix lui alla quérir quatre prunes de Brignoles desquelles il en mangea une et les autres il les mis dans sa dite boîte. »

Guise se sent mieux, oui. Mais quelques minutes plus tard, Henri de Lorraine, duc de Guise, meurt sous les coups d'épées des hommes d'Henri III...

« Il est encore plus grand mort que vivant » aurait dit le roi en toisant le corps de son ennemi à terre, bien content de s'en être débarrassé.

Source

  • Jean-Paul Clébert. Guide de la Provence mystérieuse. Éditions Tchou, 1968.