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La Fayette quitte la France depuis Pauillac pour rejoindre l’Amérique

Quand : 26 mars 1777

Pauillac | ©Gilles Messian / Flickr / CC-BY
Statue Marquis de La Fayette Monument à La Fayette

La première traversée de La Fayette

La Fayette a effectué 2 voyages, en Amérique.

Le plus célèbre date de 1780 : le marquis s'était embarqué sur L'Hermione, depuis la Charente-Maritime, à Port-des-Barques.

Mais il avait déjà effectué une première traversée, à l'âge de 20 ans, en 1777 !

Il devait quitter la France depuis Pauillac, bien décidé à aller combattre en Amérique, aux côtés des insurgés, pour leur indépendance.

Une stèle commémore son départ depuis Pauillac, sur les bords de l'estuaire de la Gironde.

Le mnument commémoratif, Pauillac

Le monument commémoratif, Pauillac | ©Anthony Baratier / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Quel est le contexte ?

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, n'a pas encore 20 ans, en 1777. Ce fils d’une vieille famille auvergnate, orphelin de père et de mère, est l’un des hommes les plus riches de France.

Il se trouve en garnison à Metz lorsqu’il entend parler, lors d’un célèbre dîner en août 1775, de la révolte des colonies américaines contre la monarchie britannique, entrées en guerre en avril 1775.

Ce piètre courtisan, qui entame à peine une carrière militaire, décide d’aller défendre la liberté et l’indépendance aux côtés des insurgés, en Amérique !

Mais le roi et sa belle-famille ne l’entendent pas de cette oreille ! Le départ de France, depuis Pauillac, va être compliqué.

Un départ qui s'annonce compliqué

Car tout est contre La Fayette, qui devient un vrai hors-la-loi, en décidant de traverser l’Atlantique !

  • Louis XVI, peu enclin à une nouvelle guerre contre l’Angleterre, a interdit à tous les officiers français d'aller aider les insurgés ;
  • la belle-famille de La Fayette, Les Noailles, refuse de le voir partir ; Gilbert, du haut de ses 20 ans, est un futur père de famille, et elle refuse de voir peut-être mourir celui qui était devenu comme un fils, pour elle.
La Fayette (Jones, 1792)

La Fayette (Jones, 1792) | ©National Portrait Gallery - Smithsonian / CC0

Un soutien de poids, dans l'aventure

Heureusement, à ses côtés dans cette folle aventure, le jeune marquis bénéficie de soutiens de poids : car seul, malgré son immense fortune, La Fayette ne serait pas allé en Amérique.

Notamment, donc, grâce au comte de Broglie, ami de feu son père et ancien chef des services secrets de Louis XV !

L’homme a les contacts et l'argent nécessaires, pour le faire partir.

Comme beaucoup de Français à l’époque, il a une haine féroce de l’Angleterre, qui avait vaincu la France à l’issue de la guerre de Sept Ans, en 1763.

Alors, à Gilbert qui se plaint de sa belle-famille, Broglie lui lance :

« Hé bien, vengez-vous ! Soyez le premier qui ira en Amérique : j'arrangerai tout cela. »

Les préparatifs de départ

Sitôt au courant de la signature de la déclaration d'indépendance des colonies le 4 juillet 1776, devenues « États-Unis d'Amérique », La Fayette se précipite à Paris.

Broglie lui fait rencontrer Silas Deane, un Américain venu avec Benjamin Franklin recruter des Français dans l'armée insurgée, à la fin de l'année 1776.

Pendant ce temps, Broglie envoie son secrétaire, Dubois-Martin, discrètement prospecter pour l'achat d'un navire, à Bordeaux.

Son choix se porte sur La Victoire !

La Fayette rencontre Deane

La Fayette rencontre Deane | ©Lafayette Digital Repository / Public domain

L'achat du bateau La Victoire

La Victoire, c'est à la base un navire de commerce qui a vu le jour en 1771 sur les rives de la Garonne, initialement baptisé La Comtesse de Richemond.

Il effectue plusieurs traversées entre Bordeaux et les Antilles, avant d'être vendu au comte de Broglie et à Dubois-Martin, sous son nom définitif de La Victoire, début février 1777.

Pour un certain Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, qui, à 20 ans, est très loin d’être majeur, et ne peut disposer de son immense fortune comme il le veut !

La Fayette noie le poisson !

Pendant que Broglie et Dubois financent l’achat de La Victoire, La Fayette, lui, noie le poisson : il fait croire qu'il a sagement abandonné l'idée d'aller en Amérique.

Il se rend donc en Angleterre chez son oncle par alliance, ambassadeur à Londres. On est à la mi-février 1777.

Gilbert y écrit une lettre annonçant son prochain départ à son beau-père. Quelle idée ! Ledit beau-père est furieux, et compte bien l'empêcher de partir !

Embarquement (quasi) incognito

La Fayette n'a plus (entre guillemets) qu'à discrètement se pointer à Bordeaux, afin de signer son acte d'embarquement sur La Victoire, à la fin du mois de mars 1777.

Pour des raisons de discrétions, le jeune homme, au moment de parapher, doit déguiser son nom. Il le fait à moitié : « Gilbert du Mottié, chevalier de Chavaillac » !

Officiellement, il part au Cap pour « affaires. »

Signature de La Fayette, 1787

Signature de La Fayette, 1787 | ©Sémhur / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Descendre la Garonne, de Bordeaux à Pauillac

Le 23 mars 1777, La Victoire quitte le port des Chartrons à Bordeaux et descend la Garonne.

Prochaine escale à Pauillac, dans l'estuaire de la Gironde.

La Fayette, encore une fois pour être discret et brouiller les pistes, rejoint le navire (à cheval ou à pied) le 25 mars.

Puis, La Victoire quitte Pauillac, donc la France, le 26.

Deux jours plus tard, on est à Pasajes, au pays basque espagnol, tout près de la frontière : une escale, afin d'embarquer armes et munitions.

Quai des Chartrons, Bordeaux

Quai des Chartrons, Bordeaux | ©Jean-Louis SERVAIS - Pixabay

Catastrophe, des menaces planent sur le départ !

Alors que l’on s’apprête à quitter l’Europe pour la grande traversée vers l’Amérique, catastrophe ! La Fayette reçoit une lettre signée du Premier ministre, via son beau-père !

Le courrier dit : « Sa Majesté défend à M. le marquis de la Fayette d'aller au continent américain sous peine de désobéissance. »

Il lui ordonne d'aller rejoindre son beau-père, fissa, qui l'attend à Marseille. La Fayette quitte donc Pasajes et La Victoire en catastrophe, remonte direction Bordeaux, puis à Ruffec en Charente, où habite ce bon vieux Broglie.

Le jeune homme lui demande ce qu'il doit faire !

Car en plus de la menace du ministre, le beau-père du jeune homme l'aurait menacé de lettres de cachet : elles permettaient, à l’époque, l’emprisonnement sans jugement, de personnes jugées indésirables...

C'est en tous cas ce que La Fayette écrira dans ses Mémoires : mais personne n'a jamais retrouvé ces lettres !

Bref ! Ce qu'il doit faire ? Broglie le secoue… Partir, comme c'est prévu, pardi !

Pasajes

Pasajes | ©Giovanni Batista Rodriguez / Flickr / CC-BY-SA

Le départ pour la Caroline du Sud

Traqué par les envoyés du roi, Gilbert fait donc mine de partir pour Marseille, rejoindre son beau-père. En fait, il file déguisé en coursier vers la frontière espagnole, à Pasajes, où l’attend La Victoire.

Le 20 avril 1777, enfin, on y est ! Son bateau peut lever l'ancre ! Cap sur l'Amérique !

Il faudra 54 jours de mer pour traverser l'immense Atlantique et poser le pied près de Georgetown (Caroline du Sud), le 12 juin 1777.

Pas une mince affaire, puisque La Fayette souffre du mal de mer ; mais quand il n'est pas malade, il passe son temps à apprendre l'anglais, dont il ne parle pas un traître mot…

L’aventure américaine pour l’indépendance du pays pouvait commencer !

Sources

  • « Washington, nous voilà ! » : le premier voyage en Amérique de La Fayette sur la Victoire. Archives Bordeaux Métropole, archives.bordeaux-metropole.fr.
  • Jacques Arlet. Le général La Fayette : gentilhomme d'honneur. L'Harmattan, 2008.
  • Jacques Simonnet. La Fayette : colonel en Saintonge. Éditions Geste, 2022.
  • Étienne Charavay. Le général La Fayette. 1898.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !