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Le souper de Metz ou l'engagement de La Fayette dans la guerre d'Indépendance américaine

Quand : 8 août 1775

The Spirit of '76 (Willard, 1875) | ©Library of Congress / Public domain
Hôtel particulier Festivités Marquis de La Fayette Ancien palais du Gouverneur de la province

C'est lors d'un dîner à Metz que le tout jeune marquis de La Fayette décide d'aller combattre aux côtés des insurgés américains, pour leur indépendance !

De quoi s'agit-il ?

Le célèbre souper de Metz a lieu dans le palais du Gouverneur de la province, connu sous le nom d’hôtel Haute-Pierre.

Ce palais n’existe plus.

La belle bâtisse néoclassique actuelle, qui abrite le palais de Justice depuis 1806, l’a remplacé : l'architecte Clérisseau la fait construire en 1778.

Soit 3 ans après le passage de La Fayette à Metz !

Ancien palais du Gouverneur, Metz

Ancien palais du Gouverneur, Metz | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

Un dîner en l'honneur du frère du roi d'Angleterre

Le duc de Gloucester vient d’arriver à Metz, début août 1775 : William Henry, 38 ans, frère cadet du roi d'Angleterre George III.

Le voilà de passage en France, une étape dans son voyage qui le mène d'Angleterre en Italie.

Le 8 août 1775, le maréchal de Broglie, gouverneur de Metz et de sa province, organise un grand dîner, dans son palais, en l'honneur de Gloucester.

Tous les officiers de la garnison messine ont répondu présents. Dont un certain... Gilbert du Motier de La Fayette !

Que fait La Fayette à Metz ?

Du haut de ses 18 ans, le jeune Gilbert du Motier de La Fayette fait partie d’une illustre et vieille famille de la noblesse auvergnate.

Orphelin élevé par une grand-mère et deux tantes aimantes à Chavaniac en Auvergne, il a rêvé de chasser la terrible bête du Gévaudan, enfant, vécu dans la mémoire de ses illustres ancêtres, tous militaires...

Après une formation chez les mousquetaires du roi, le voilà qui rejoint en 1774 le régiment de cavalerie de Noailles, son beau-père, lui aussi issu d'une des plus grandes familles nobles présentes à la cour de France.

Sous-lieutenant à 16 ans, capitaine des dragons, Gilbert se fait envoyer par beau-papa en garnison à Metz, histoire de poursuivre sa formation militaire.

George III (J. H. von Hurter, 18e s)

George III (J. H. von Hurter, 18e s) | ©Rijksmuseum / CC0

De quoi parle-t-on au souper de Metz ?

Alors, ce fameux dîner de Metz ? On y est !

Ce 8 août 1775, entre la poire et le fromage, voilà le duc de Gloucester qui se met à évoquer la situation explosive qui agite un vaste, très vaste pays, loin par-delà l'Atlantique.

L'Amérique du Nord. Les 13 colonies américaines de la couronne d'Angleterre se sont rebellées. Les Anglais ont imposé à ses territoires lointains de lourds impôts... impôts jugés totalement injustes, voire illégaux.

Gloucester en parle, car il n'approuve pas du tout l'attitude de son frère, envers ses colonies...

Ces Insurgents ou Patriots se sont rebellés, avec à leur tête un certain général George Washington. La guerre d’indépendance commence en avril 1775… Les révoltés ont besoin d'aide !

William Henry, duc de Gloucester

William Henry, duc de Gloucester | ©Rijksmuseum / CC0

La Fayette, « le cœur enrôlé » !

Assis au milieu du frère du roi d'Angleterre et du gratin militaire de Metz, l’adolescent de 18 ans qu'est la Fayette n'a pas perdu une miette de la discussion.

À la fin du dîner, sa décision est prise : il va aller se battre aux côtés des insurgés ! Son « cœur fut enrôlé », écrira-t-il plus tard.

Mais « aller se battre pour la liberté de l’Amérique », comme l’écrit La Fayette lui-même dans ses Mémoires, est-ce vraiment ce qui le motive ?

Pas si sûre !

Mais pourquoi décide-t-il de s'engager ?

Les nobles causes qui ont décidé Gilbert à partir aider les insurgés dans leur quête d’indépendance sont nombreuses, explique Jacques Arlet, dans sa biographie sur La Fayette (2008) :

  • un dépit amoureux le laisse brisé, causé par la maîtresse du duc de Castries qu’il avait essayé de séduire, en vain ;
  • il a appris à Metz qu’il n’avait pas de perspectives de promotion, au sein de l’armée française ;
  • à la cour de Versailles, il est totalement transparent, absolument pas fait pour la carrière de courtisan. Sa maladresse légendaire en tant que danseur lui attire les moqueries. Quoi de mieux que d'aller tenter de briller sur une terre toute neuve, où tout reste à faire ? N’a-t-il pas écrit à son beau-père, lui annonçant son départ « J'ai trouvé une occasion unique de me distinguer et d'apprendre mon métier » ?
  • il voue personnellement une haine féroce envers les Anglais, depuis la mort de son père en pleine guerre de Sept Ans, emporté par un boulet anglais.

Mais peut-être son engagement vient-il tout simplement du désir de se battre pour une noble cause : la liberté...

Ancien palais du Gouverneur, Metz

Ancien palais du Gouverneur, Metz | ©Florian Pépellin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Des bâtons dans les roues de La Fayette

Alors, oui, La Fayette est bien décidé à partir soutenir les rebelles outre Atlantique. Sauf que :

  • d’une, sa belle-famille n’est pas du tout d’accord ! Elle estime que trop d’hommes de sa famille sont morts sur les champs de batailles, et que sa place est auprès de son épouse Adrienne et du bébé qui va naître ;
  • de deux, Louis XVI, frileux à l’idée de participer à cette guerre, interdit à tous les officiers français de partir aider les insurgés.

Mais c’est mal connaître La Fayette… De nombreux et puissants soutiens vont lui permettre de partir !

La Fayette

La Fayette | ©Rijksmuseum / CC0

Des soutiens pour La Fayette

À force d'insister, Gilbert réussit à convaincre son supérieur, à Metz, de le mettre en congé illimité de son régiment.

Ensuite, il trouve un soutien de poids, en la personne du comte Charles de Broglie.

Ce diplomate-militaire, ancien chef des services secrets de Louis XV, gouverneur de la province de Metz « par intérim » pour son frère Victor, a les contacts et l'argent.

Il lui glisse, le jour où La Fayette se plaint de ne pas pouvoir partir, empêché par sa belle-famille, notamment : « Hé bien, vengez-vous ! Soyez le premier qui ira en Amérique : j'arrangerai tout cela. »

Le départ

Grâce à Broglie, La Fayette rencontre Silas Deane, riche négociant envoyé par les insurgés, pour recruter des militaires français voulant se battre à leurs côtés.

Le 7 décembre 1776, La Fayette signe auprès de Deane son engagement dans l'armée américaine.

Broglie, ainsi que d’autres grandes familles de son réseau, financent en secret l’achat du navire La Victoire, pour un La Fayette encore mineur.

En avril 1777, Gilbert levait secrètement l’ancre depuis la côte espagnole, pour débarquer sur les côtes américaines 2 mois plus tard. Le début d'une grande aventure…

Sources

  • Palais de Justice. Ville de Metz, metz.fr.
  • Jean-Pierre Bois. La Fayette. Perrin, 2015.
  • Jack Kolbert. Les quatre voyages américains de La Fayette contés par ses lettres à Adrienne. In Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. 1977.
  • Janine Cantarel. Gilbert du Motier de La Fayette et Adrienne de Noailles : un couple au destin extraordinaire. 1990.
  • Jacques Arlet. Le général La Fayette : gentilhomme d'honneur. L'Harmattan, 2008.
  • Laurent Zecchini. Lafayette. Fayard, 2019.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !