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L'hôtel Dubarry à Toulouse

Quand : 1776 - 1834

L'hôtel | ©Didier Descouens / Wikimedia Commons / CC-BY-SA
Hôtel particulier Mme du Barry Ancien hôtel Dubarry

Jean-Baptiste Dubarry, ancien proxénète et amant de la future madame du Barry, a fait construire ce bel hôtel particulier, en plein Toulouse.

Les Dubarry

Quelques mots pour se mettre en appétit, sur cette famille Dubarry, originaire de Lévignac !

Les deux plus célèbres membres sont frères, Jean-Baptiste (dit le Roué) et Guillaume : le premier est proxénète à Paris, il « découvre » une certaine Jeanne Bécu, qui devient sa maîtresse : il compte bien la donner comme favorite au roi, moyennant récompense…

Mais comme on ne donnait pas au roi une femme qui n’était pas mariée… il fait épouser sa maîtresse à son frère Guillaume et Jeanne devient… Mme du Barry, en deux mots, c’est plus noble !

Voilà la du Barry à la cour : le roi comble Jean-Baptiste et Guillaume de richesses. La petite famille s’installe même à Versailles aux côtés de la favorite.

Sauf que… tout a une fin. Le roi mort en 1774, les Dubarry frères (et sœurs) sont gentiment reconduits vers la sortie. Exit, le château de Versailles.

Pour les deux sœurs, cap sur Toulouse, des cassettes pleines sous le bras. Guillaume s’achète son domaine de La Reynerie dans la banlieue de la ville rose.

Jean-Baptiste ? Le bougre fuit d’abord les créanciers en Suisse ; il revient un an plus tard en France, après le feu vert du ministre Malesherbes.

Lui aussi s’installe à Toulouse, poursuivre sa vie de patachon. Et pourquoi pas se faire construire une maison ?


L'hôtel

L'hôtel | ©Frédéric Neupont / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Cariatides et palmiers en bois !

Février 1776. Jean-Baptiste Dubarry achète un ensemble de maisons sur l’ancienne place du Peyrou, actuelle place Saint-Sernin, en face de la basilique.

Les dépenses pour l’aménagement, la décoration, l’ameublement sont colossales !

Le tribunal révolutionnaire de Toulouse (Axel Duboul, 1894) rapporte sur la décoration intérieure :

« Des tableaux de prix, de nombreuses statues, des cariatides à l’aspect tourmenté, de magnifiques tapisseries, des glaces à profusion, un somptueux mobilier encombraient les appartements dont ils faisaient un véritable musée. »


Le plus curieux, dans cet hôtel ? Le jardin !

Axel Duboul poursuit :

« Une galerie soutenue par des colonnes de marbre rouge avait vue sur un grand jardin, où le mauvais goût le disputait souvent à l’excentricité. Un ours de terre cuite placé à l’entrée d’une grotte de rocaille gardait le pied d’un monticule qu’un meunier et son âne semblaient gravir pour se rendre au moulin minuscule qui en décorait le sommet. Dans le pré, deux tigres veillaient pendant que des satyres gardaient en ricanant les vaches, les moutons et les chèvres, qui paissaient l’herbe tendre ou tondaient les bourgeons des arbustes. Un jet d'eau, un semblant de rivière que franchissait un pont de pierre, quelques sphinx, Vénus et Bacchus, souvenirs d un passé regretté, une Flore protectrice de la nouvelle existence du propriétaire complétaient l'étrange ornementation de ce parterre, où pour ne rien oublier, la végétation des tropiques était représentée par de grands palmiers peints sur bois. »


L’anglais Arthur Young visite l’hôtel en 1787.

Il :

« ne reconnaît à ce jardin que le mérite de faire voir aux hommes jusqu’où la folie peut aller. Dans l’espace d’un acre, il y a, des collines de terre, des montagnes de carton, des rochers de toile, des abbés, des vaches et des bergères, des moutons de plomb, des singes et des paysans, des ânes et des autels en pierre, de belles dames et des forgerons, des perroquets et des amants en bois, des moulins et des chaumières, des boutiques et des villages ; en un mot, tout s’y trouve excepté la nature »
(Voyages en France, 1793)


L'hôtel, détail

L'hôtel, détail | ©Frédéric Neupont / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Dubarry et son épouse

Jean-Baptiste et Anne

Jean-Baptiste Dubarry a été marié une première fois avec Ursule Dalmas de Vernongrès : il laisse tomber épouse et bébé pour se faire maquereau à Paris !

C’est là qu’il rencontre la future Mme du Barry. Ursule meurt en 1775.

Dubarry, le deuil, peu pour lui : il se remarie à la fin de l’année 1776 avec la très jeune Anne de Rabaudy.

Il a 54 ans, elle en a 18. Dufort de Cheverny raconte dans ses Mémoires qu’Anne était « une femme charmante, belle, belle, au contraire de Dubarry, qui est décrépi et toujours à se plaindre de son état de santé. »

C’est avec elle qu’il emménage dans son hôtel toulousain.

La petite histoire qui tue !

En 1784, le Roué, qui se fait appeler comte de Cérès, passe la commande d’un portrait de son épouse à la peintre Elisabeth Vigée-Lebrun, qui avait déjà réalisé un portrait de lui 10 ans plus tôt.

Les deux femmes du même âge sympathisent. L'artiste commence le tableau.

Mais, minute… il faut que vous sachiez qu’à la même époque, Elisabeth travaille sur le portrait de Calonne, le contrôleur général des finances de Louis XVI.

Il vient souvent à l’atelier, voir l’avancement de son portrait. Anne tape immédiatement dans l’œil de Calonne !

Un jour, Anne demande à la peintre de lui prêter, pour une soirée, sa voiture et son cocher, afin d’assister à un spectacle.

Elle accepte, sans se douter de quoi que ce soit. Le lendemain, surprise… la voiture n’est pas rentrée.

Mme Dubarry non plus, n’est pas rentrée chez elle, la coquine ! On apprend qu’elle a passé la nuit... chez Calonne.

Dubarry est même au courant ! Sauf que le cocher, qui stationnait devant le ministère, avait attiré l’œil des gens, qui demandent à qui la voiture appartient. A Mme Vigée-Lebrun ! dit-il.

Anne ne remettra jamais les pieds chez la peintre, qui l’accuse d’avoir voulu sauver son honneur « aux dépens d’autrui »…

Le portrait de la comtesse se trouve aujourd’hui exposé au Toledo Museum of Art, dans l’Ohio ! (Histoire vue dans Mme Vigée-Lebrun de Pierre de Nolhac, 1908)


L'hôtel, détail

L'hôtel, détail | ©Frédéric Neupont / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Les têtes tombent

Jean-Baptiste Dubarry se fait arrêter en pleine Révolution.

L’acte d’accusation rappelle que « Jean Dubarry est un ennemi de la chose publique, que non content d’avoir poussé le déshonneur et l’infamie jusqu’à faire épouser à son frère une prostituée qui était sa maîtresse, et qu’il avait procurée à l’avant-dernier de nos despotes, après avoir contribué à dilapider les finances de l’État... »

Il meurt guillotiné à l’âge de 71 ans.

La communication officielle de sa mort rapporte :

« La tête de Dubarry le Roué vient de tomber sous le glaive national. La vente des biens de famille suivra de près, et les sommes immenses enlevées au Trésor public sous le despote Louis XV, vont rentrer dans les coffres de la Nation. »
Révolutions de Paris, dédiées à la Nation (1793)

La comtesse vivote

Après l’exécution de Dubarry, Anne, qui se fait toujours appeler comtesse de Cérès, part pour Paris avec les bribes de sa fortune passée.

Elle retourne ensuite complètement ruinée à Toulouse : elle trouve refuge chez son beau-frère Guillaume, chez lui à La Reynerie.

Elle ne fera que vivoter, tentant de récupérer ce qu’il lui appartenait du temps de sa splendeur. En vain...

Elle hérite en 1809 de sa belle-sœur Chon Claire-Françoise Dubarry un diamant de 6000 francs. Ce qui lui permet de mener une petite vie tranquille jusqu’à sa mort, le 9 mai 1834.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !