Les petites histoires de l'hôtel-Dieu de Lyon

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L'hôtel-Dieu - ©Phinou / CC-BY-SA L'hôtel-Dieu - ©Phinou / CC-BY-SA
Hôtel-Dieu de Lyon Hôtel-Dieu François Rabelais

Un hôpital et son pont


Faiseurs de ponts


Anciennement hôpital Notre-Dame-de-la-Pitié, notre hôtel-Dieu lyonnais date probablement du XIIe siècle. Son histoire se rattache à celle du pont de la Guillotière, car ceux qui l'ont fait construire, les frères pontifes, ont en même temps fondé un petit hôpital, tout près.

Les pontifes, qui signifient tout simplement... moines bâtisseurs de ponts ! Des moines qui ont la tâche de faciliter le passage des gens sur l'eau en établissant des ponts, donc, mais aussi de leur porter secours en cas de difficultés.

Petit hospice devient grand


Le petit hospice devient ensuite « hôpital général de Notre-Dame du pont du Rhône et grand hôtel-Dieu ». A l'époque, on trouve en plus de l'hôpital : une fustaria, dépôt où on stocke le bois ; une granateria, magasin de grains ; plusieurs chapelles et une aumônerie, elemosinaria. Puis au début du XIIIe siècle, l'archevêque de Lyon, Renaud de Forez, lie cette aumônerie avec l'hôpital : une aumônerie où les pauvres trouvent refuge et où « se baillait l’aumône ».

On ne gère plus rien !


Mais les revenus ne rentrent pas aussi bien que les moines l'auraient voulu ! L’archevêque Pierre de Savoie donne la direction de l’hôpital aux moines cisterciens d'Hautecombe en 1309, puis à ceux de Chassagne en 1314. Mais l’hôpital devient de plus en plus pauvre, on ne peut même plus accueillir les malades pour les soigner. Pire, le pont n'est toujours pas achevé ! Alors, comme celui-ci nécessite trop d'argent, l'archevêque Guillaume de Sure le sépare de la direction de l'hôpital en 1334.

Les échevins de la ville de Lyon jugent que les moines de Chassagne ont mal géré l'hôtel-Dieu : lorsque la grande peste de Lyon de 1478 éclate, par exemple ; on décide que l’hôpital est le lieu idéal pour regrouper les pestiférés, car il est loin du centre-ville et suffisamment grand, mais... nos pauvres moines n'arrivent pas à tout gérer. Les échevins récupèrent donc la direction de l’hôpital en 1478, après un long procès : l'hôtel devient hôpital municipal, que les échevins administreront jusqu'en 1583.

Rabelais et les filles repenties


C'est à peu près à la même époque qu'un phénomène étrange se produit : des flopées de prostituées renoncent brusquement à leur vie dissolue ! Et pour éviter qu’elles ne retombent dans leurs travers, on les embauche à l'hôpital sous le nom de « filles repenties » !

En 1523, le personnel de l’hôpital comprend donc 16 filles repenties, un prêtre, un barbier, quelques domestiques, un jardinier, plus 9 petits enfants et près de 90 malades. Ensuite vient un apothicaire et un « médecin-chef », dont François Rabelais qui officia de 1532 à 1534 !

Du XVIIIe siècle à nos jours


On agrandit !


Au milieu du XVIIe siècle, on procède à un grand réaménagement : le petit dôme construit dès 1623 avec ses 4 tourelles ; une cour ; un cloître ; 4 salles placées en forme de croix.

En 1637, l'architecte Ducillet, sur les plans de Jean Mimerel, commence la chapelle, consacrée en 1645 mais dont la façade n'a été terminée qu'en 1706. Au milieu du XVIIIe siècle, problème ! Les bâtiments sont devenus trop petits, on décide d'agrandir l’hôpital. L'architecte Jacques-Germain Soufflot s'occupe des travaux, qui commencent en 1737...

Les larmes de l'architecte


En 1756 commence l'élévation du grand dôme, gigantesque. Enfin, il devait être gigantesque ! Puisque, Soufflot, qui l'avait dessiné, se fait appeler à Paris sur le chantier du Panthéon : il confie les travaux à Loyer... qui, le vilain, modifie les plans initiaux ! Le dôme sera beaucoup moins imposant et nettement moins décoré, du coup...

La légende dit que Soufflot, en apprenant la nouvelle, a pleuré de déception !

Médecins guillotinés et croco


En attendant, lorsque vient la Révolution, on n'a pas terminé les travaux. Et voilà qu'en 1793, l'édifice et son grand dôme sont gravement endommagés par des tirs de boulets de canon, pendant le siège de la ville par les armées de la Convention. Terrible période : certains médecins, pharmaciens et étudiants en médecine seront guillotinés... Finalement, l'architecte Cristot élève la façade actuelle en 1839. Pour finir, vous savez quoi ?

Sous la coupole du grand dôme se balançait autrefois le célèbre crocodile retrouvé dans les eaux du Rhône, en 1745, près du pont de la Guillotière ! On dit qu'il est conservé au musée des Hospices civils de la ville... Si ça vous tente d'y aller !


Et encore !