Le gisant d'Agnès Sorel à Loches et ses petits secrets

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Le gisant - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA Le gisant - ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA
Collégiale Saint-Ours de Loches Collégiale Agnès Sorel

Tu gênes le passage, Agnès

Agnès meurt au manoir de Mesnil-sous-Jumièges. On inhume son cœur à Jumièges tandis que son corps se fait rapatrier à Loches. Là, Charles VII lui fait faire un tombeau en marbre noir avec un gisant en marbre blanc, deux agneaux à ses pieds pour rappeler son prénom et sa douceur. On ne sait pas le nom de l'artiste qui l'a réalisé. On murmure souvent le nom de Jean Fouquet, le peintre à l'origine du diptyque de Melun...

Une anecdote rapporte que Louis XI se trouvait dans l'église de Loches devant le tombeau d'Agnès. Les chanoines viennent se plaindre de ce tombeau qui fait un peu tache dans leur église et gêne le bon déroulement de la messe. « Il faut l'enlever ! » crient-ils. Louis veut bien, à condition qu'ils rendent tout l'argent (2 000 écus d'or) et les bijoux qu'Agnès leur a légué pour faire aménager son tombeau... Les moines n'ont pas su quoi répondre !

Chicots et cheveux cendrés

Première ouverture du tombeau en 1777 par Louis XVI. Qui y trouve quoi ? Trois cercueils, en chêne, en plomb, en cèdre, ce dernier avec les restes d'Agnès mêlés à des plantes aromatiques.

Il reste la mâchoire inférieure et de longs cheveux tressés (noir de jais avec des parties plus ou moins cendrées, comme le disent les rapports de l'époque, c'est le passage du temps qui a dû finir de les blondir comme on peut le voir aujourd'hui).

On place les cendres dans une urne et ensuite dans le tombeau reconstruit dans une des chapelles de la collégiale. Jusqu'à la Révolution, pas de souci. Mais alors le tombeau se fait détruire, les restes sortis et des morceaux partagés : Philippe Charlier dans son Médecin des morts, récits de paléopathologie nous dit qu'en 1777 les dents d'Agnès ont servi aux nobles de Loches comme prothèses...

Repose en paix Agnès

Du coup, on reproduit le tombeau à l'identique quelques années plus tard, puis on y place les restes soigneusement gardés pour les exposer dans la tour du logis royal, la tour dite d'Agnès Sorel. Le tombeau portait plusieurs épitaphes, dont celle-ci « Je suis Agnès, vive France et amour ! » ou le poème écrit par François Ier « gentille Agnès, plus de louange tu mérites. » Actuellement, cette phrase court tout autour du gisant :

« Ci-gît noble damoiselle Agnès Seurelle, en son vivant dame de Beauté, de Roquesserie, d'Issoudun et de Vernon-sur-Seine, piteulse envers toutes gens et qui largement donnait de son bien aux églises et aux pauvres, laquelle trépassa le neuvième jour de février, l'an de grâce mil quatre cents quarante-neuf. Priez Dieu pour l'âme d'elle. »

Le tombeau se trouve dans la tour jusqu'à la fin du XXe s, époque à laquelle on le déplace dans le logis même. Avant son retour à la collégiale de Loches en 2005... Après moult péripéties, Agnès a finalement regagné son lieu de repos éternel !


Et encore !