Agnès Sorel s'éteint au manoir du Mesnil-sous-Jumièges

Vinaigrette 0
Le manoir - ©Urban / CC-BY-SA Le manoir - ©Urban / CC-BY-SA
Manoir d'Agnès Sorel Château Agnès Sorel

Tout au bord de la route, au milieu d'un vert pré, on aperçoit la silhouette claire au toit roux d'un petit manoir rural. Un mur un peu ruiné nous apprend qu'il s'agit du « manoir d'Agnès Sorel », du XIIIe siècle. Mais oui ! Saviez-vous que c'est ici que la belle Dame de Beauté a poussé son dernier soupir ? En plus, il se visite, ça tombe bien...

Charles VII était venu reconquérir la Normandie sur les Anglais. Agnès avait quitté son joli logis de Loches pour la grise campagne normande, à Jumièges. C'est en chemin, dit-on, qu'elle tombe malade. Elle qui était venu prévenir le roi d'un grand danger sur sa personne, un meurtre qui sait...

On dit que quelques heures après, elle était prise de douleurs au ventre... et mourut. En fait, Agnès accouche d'un quatrième enfant au manoir. Mais elle meurt en couche aussitôt après, en février 1449.

Son confesseur auprès d'elle, Agnès se meurt. La faute à la pluie et au froid perçant subit pendant le voyage qui l'a mené de Loches à Jumièges, voilà ce qu'on racontera... Enguerrand de Monstrelet raconte dans ses chroniques la fin d'Agnès.

« Durant sa maladie, elle eut moult belle contrition et repentance de ses péchés, et lui souvenait souvent de Marie-Madeleine, qui fut grande pécheresse au péché de chair ; et invoquait Dieu dévotement et le Vierge Marie à son aide... »

Agnès a tout mis en ordre avant de partir. Elle a désigné ses exécuteurs testamentaires (Jacques Cœur l'argentier du roi et son médecin Robert Poitevin), elle a fait son testament, léguant une partie de ses biens aux bonnes œuvres, surtout aux moines de Jumièges, pour qu'ils disent des messes pour elle...

Car Agnès veut que son cœur repose dans la grande abbaye normande de Jumièges, tout près d'ici... Et voilà. La fin. Elle va mourir, dans ce manoir, si loin de sa riante Touraine... En poussant son dernier souffle, Agnès murmure que « c'était peu de chose, et sale et vile est notre fragilité ».

Ses derniers mots ! Elle pousse un « fort haut cri en appelant Dieu » puis « son âme se sépare de son corps »... Charles, son amant, son roi, était-il à ses côtés à cet instant ? La chronique ne le dit pas...

Comme promis, le roi fait transporter son cœur à l'abbaye de Jumièges et rapatrier son corps à Loches dans l'église collégiale. A Jumièges, Agnès avait son joli tombeau la représentant en prière à genoux.

Détruit pendant les guerres de Religion ou la Révolution, la dalle de marbre noir a servi de table à un boucher rouennais, nous dit Philippe Charlier dans son Médecin des morts, récits de paléopathologie !


Et encore !