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8 choses à savoir sur le traité de Brétigny : black monday et grêlons !

Quand : 8 mai 1360

La stèle | ©Rilou du Cotentin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA
Guerre de Cent Ans Jean II le Bon Charles V Stèle du traité de Brétigny

Vous voulez tout savoir du traité de Brétigny, signé non loin de Chartres, en pleine guerre de Cent Ans ? Vous êtes au bon endroit !

1 - La situation pré-traité

La guerre de Cent Ans a été déclenchée, entre autres, par une querelle dynastique pour la succession au trône de Charles IV le Bel, dernier des fils de Philippe le Bel, mort sans descendance.

Il y a bien Edouard III d’Angleterre, petit fils de Philippe par sa mère Isabelle de France, mais il se fait écarter de l’histoire.

Comprenez : un Anglais sur le trône, plutôt mourir !

Durant la première phase de cette guerre, on retient les défaites françaises (cuisantes) de Crécy et de Poitiers.

Durant cette dernière, le roi Jean II le Bon est même fait prisonnier par le roi d’Angleterre et envoyé à Londres, où franchement, disons-le, monsieur passe du bon temps.

Le sort de ses sujets ? Oulààà ! Il laisse son fils le dauphin (futur Charles V), 18 ans, se dépatouiller dans l’immense bazar qu’est la guerre de Cent Ans. Merci papa !

2 - Le traité de Londres met le feu aux poudres

En 1359, Edouard III compte bien faire signer à Jean, en prison à Londres, un traité qui rendrait aux Plantagenêts toutes leurs terres françaises, soit le tiers du pays.

Ce traité a pour nom l’endenture (vu dans Les grands traités de la guerre de Cent Ans, 1889).

Tiens ! Drôle de nom ! Le parchemin est coupé en deux, un morceau pour chaque signataire : pratique, pour en vérifier l’authenticité !

Jean réfléchit… peut-être ? Non, non et non : pour Charles son fils, régent en l’absence du pater, c’est hors de question !

Edouard III abuse même : il demande la couronne de France. Après tout, il en a le droit, en digne petit-fils de Philippe le Bel !

Bref. Ulcéré par le refus français, Edouard III lance une expédition punitive contre la France et débarque à Calais le 28 octobre 1359 avec une armée redoutable, « assisté du plus bel appareil et charroi que l’on eut vu sortir d’Angleterre »...

3 - La chevauchée sanglante du roi anglais

La chevauchée. C’est le nom du raid anglais organisé après le refus français du traité de Londres.

Edouard débarque de Calais : il compte aller à Reims, pour y être sacré roi de France, rien que ça. Mais les Rémois ne le laissent pas entrer, tiens.

Il ravage la Champagne, la Bourgogne, puis met le cap sur Paris.

Sans victuailles, sans montures de rechange, rien… aïe, les Anglais sont à bout, ils n’ont plus de force, plus rien à se mettre sous la dent.

Ils laissent libre cours à leur violence en ravageant la campagne alentour.

Poitiers, 19 septembre 1356 (Georges Minois, 2014) raconte comment 900 personnes brûlent vives dans l’église d’Arpajon, ou comment la moitié de la population d’Orly se fait massacrer…

Ensuite, cap sur Chartres pour faire des provisions : c’est LE grenier à blé de l’Ile-de-France. Tout ne va pas se passer comme sur des roulettes...

4 - Un orage décide de la situation

C’est une journée terrible, apocalyptique, à tel point que les Anglais l’ont appelée le Black Monday, le « Lundi noir ».

Le 13 avril 1360, juste avant d’arriver sur Chartres, un violent orage surprend l’armée d’Edouard.

Des grêlons gros comme des balles de golf, qui blessent les chevaux, meurtrissent les hommes. Toute l’armée est en déroute.

Froissart dit dans ses chroniques :

« Au moment où le monarque anglais et ses gens passent à Gallardon, un orage effroyable éclate tout à coup, accompagné d’éclairs, de tonnerre, d’une trombe de vent, de grêle et de pierres d’une grosseur énorme qui terrifie les Anglais et leur tue hommes et chevaux. Édouard y voit un signe de la volonté de Dieu en faveur de la paix ; en même temps, le regard fixé sur l’église Notre-Dame de Chartres qu'il aperçoit dans le lointain, il fait un vœu et se consacre à la Sainte Vierge. »


Histoire de France depuis le temps les plus régulés jusqu’à la Révolution en 1789 (Louis Pierre Anquetil, Paul Delaure Lacroix, 1850) rajoute :

« La pluie tombait par torrents. Les tentes, arrachées par des tourbillons de vent, étaient entraînées dans les ravines que formait cet affreux déluge. Mille hommes d’armes et six mille chevaux périrent roulés et engloutis dans les eaux. »


Et Voltaire de conclure : « Rarement la pluie a décidé de la volonté des vainqueurs et du sort des Etats. »

Oui. Le roi anglais y voit le signe divin qu’on devait arrêter de se battre.

Edouard décide alors d’entamer des négociations tout près de Chartres, le 1er mai. Hé oui, on y est : le traité de Brétigny !

5 - Des clauses… désastreuses

Le 8 mai 1360, la paix est signée à Brétigny, qui depuis a été aggloméré à la commune de Sours.

Un traité aussi connu sous le nom de traité de Calais : s’il est conclu ici à Brétigny, il a été ratifié à Calais le 24 octobre 1360.

Alors ? Que racontent les clauses dudit traité ? Déjà, Edouard III renonce à la couronne de France.

Ouf ! C’est tout de même une des causes de la guerre de Cent Ans.

La rançon de Jean le Bon est fixé à 3 millions d’écus d’or : la France sera incapable de payer et réglera la dette en 5 ans.

Il faudra même que Jean le Bon « vende » sa fille Isabelle au seigneur milanais Galéas Visconti, qu’il la marie pour 600 000 florins. Maigre somme comparée à celle exigée par les Anglais, mais bon...

Niveaux territoires, l’Anglais obtient l’Aquitaine, Calais et tout le Ponthieu (capitale Abbeville), plus le Poitou, le Périgord, le Limousin et ce qui correspond aujourd’hui à la Charente et la Charente-Maritime.

Et hop ! Le quart du royaume de perdu !

6 - Le jeune fils du roi a failli tout faire capoter

Après la signature du traité de Brétigny, une fois le territoire coupé et une partie de la rançon versée, Jean II est libéré de sa prison londonienne, enfin.

Oui, mais... il laisse une partie de sa famille en otage à Edouard III, histoire de garantir l’exécution du traité : deux de ses fils, Louis d’Anjou et Jean de Berry (le duc des Riches Heures), son frère Philippe d’Orléans, son cousin Louis II de Bourbon…

Figurez-vous que l’un d’eux va bientôt filer à l’anglaise (arf), en 1363 : Louis ! Qui est jeune et fougueux, rêve de revoir sa moitié fraîchement épousée.

Jean II apprend la nouvelle : il est mortifié ! Il préfère se livrer une nouvelle fois à l’ennemi.

Retour par la case prison, donc, mais cette fois, c’est pour y mourir, en 1364, à l’âge de 44 ans.

On a frôlé la catastrophe…

7 - Les Grandes compagnies sont nées après le traité

C’est après la signature du traité de Brétigny et la trêve de 8 ans qui en découle que se forment les Grandes compagnies : des mercenaires (ou routiers) embauchés par des princes en tant de guerre, qui se retrouvaient désœuvrés, privés de solde quand sonnait la trêve.

Il se regroupaient alors en bandes pour piller et rançonner les campagnes.

Après Brétigny, ce sont majoritairement des Allemands, au service du roi d’Angleterre.

Il faut attendre la reprise des hostilités de la guerre de Cent Ans pour que Bertrand du Guesclin fasse du ménage parmi ces bandes redoutables...

8 - La borne commémorative

Le monument commémoratif du traité a été aménagé au bord de l’actuelle D 939 et de la D 136 en 1912, à Sours, par la Société archéologique d’Eure-et-Loir.

A l’époque, le petit hameau s’appelle Brétigny : il est aujourd’hui aggloméré à la commune de Sours.

Conclusion

Le dauphin Charles, le régent de cette histoire, devenu Charles V, rompt le traité de Brétigny le 18 novembre 1368.

Il part reconquérir les territoires perdus, avec notamment un petit Breton bagarreur du nom de du Guesclin...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !