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11 anecdotes sur Ambroise Paré

Quand : 1510 - 1590

Ambroise Paré | ©Wellcome Collection / CC-BY
Maison Ambroise Paré Musée d'Art et d'Histoire de Meudon

L'actuel musée d'Art et d'Histoire de Meudon a été la maison du célèbre chirurgien Ambroise Paré.

Voilà l'occasion de revenir, en 11 anecdotes, sur la carrière d'un homme passionnant, papa de la chirurgie moderne !

N.B. : les détails ont été tirés du livre Ambroise Paré, d'après de nouveaux documents découverts aux Archives nationales et des papiers de famille (Dr Le Paulmier, 1887)

1 - Paré commence comme barbier (mais ce n'est pas ce que vous croyez)

Ambroise naît près de Laval en 1510.

Il entre comme marmiton chez le comte de Laval où son sérieux et son intelligence se font remarquer.

Il entre en apprentissage auprès du barbier du comte. Car à l’époque, le barbier n’est pas le barbier d’aujourd’hui. Il est à la fois barbier ET chirurgien !

Vous aviez des maladies, des blessures ? Zou, vous deviez aller chez votre barbier, pas chez le médecin.

Ils s’occupent de rasage et de coupes de barbes et cheveux, mais aussi de saignées, arrachage de dents et soins de blessures.

D’où l’enseigne actuelle du barbier, bleu blanc et rouge : blanc pour le bandage, bleu pour les veines et rouge pour le sang !

2 - Ambroise à Paris, des nez gelés !

En 1529, Ambroise entre à l’Hôtel-Dieu, à Paris. Au programme : cours d’anatomie, dissection, soins… et opérations !

Pendant un hiver glacial, « il faisait si grand froid qu’à aucuns malades couchés audit Hôtel-Dieu, l’extrémité du nez se mortifia sans y avoir aucune pourriture. A quatre d’iceulx, je fis amputation de ladite partie, desquels deux guérirent. »

En 1536, il devient maître barbier-chirurgien. Le voilà sur les champs de bataille !


Ambroise Paré

Ambroise Paré | ©Wellcome Collection / CC-BY

3 - Le baume miracle des petits chiens

La première expérience médicale d'Ambroise date de 1537, à la bataille du Pas de Suse. Il y pratique la toute première désarticulation du coude !

Il rapporte aussi d’Italie la surprenante recette de « l’huile de petits chiens ».

Un baume à base de « petits chiens nouvellement nés » bouillis dans de l'huile de lys et de la térébenthine de Venise, dans laquelle des vers de terre ont macéré, plus une once d'eau de vie...

Il aura fallu 2 ans à Paré pour obtenir la recette auprès d'un brillant médecin de Turin !

Jusqu'alors, pour soigner les plaies faites par arquebuses, on y versait de l'huile bouillante de sambuc (du sureau) avant d'y appliquer le fer rouge.

Ambroise a l'idée un jour, n'ayant plus de sureau sous la main, de créer un onguent de sa composition fait de jaune d’œuf, de rozat (mélange à base de pétales de roses) et de térébenthine.

Le baume fait des miracles, les blessés sont apaisés !

Alors, quand il entend qu'un chirurgien italien possédait un baume miracle à base de chiots, et qu'il arrive à lui soutirer la recette, Ambroise raconte avoir eu son cœur « assouvi d'avoir entendu ce remède qui se rapportait au mien que j'avais trouvé par cas fortuit ».

Ces deux recettes feront longtemps partie de sa pharmacopée.


Ambroise Paré

Ambroise Paré | ©The Metropolitan Museum of Art / CC0

4 - La guérison du Balafré

1544, siège de Boulogne. Ambroise opère la blessure au visage d'un duc de Guise qui s’en sortira avec le surnom de Balafré.

Un coup terrible de lance « qui lui perça la joue au-dessous de l’œil droit et entra dans la tête de près d’un demi-pied. La lance se rompit sous le choc. Le fer demeura dans la plaie avec deux doigts du bois. »

Gravement touché, Guise, toujours conscient, a la force de retourner à cheval au camp auprès des chirurgiens.

Paré lui enlève le bout de lance avec des tenailles, le pied sur la tête de Guise. Ouf, l’œil est intact.

« Il sembla qu’on lui eût tiré un cheveu », écrit le poète du Bellay après coup, devant le stoïcisme du comte pendant l’extraction !

5 - Des prothèses révolutionnaires

Un nez, une oreille tranchés au combat ? Besoin d'un œil, de dents artificiels ? Pas de problème, Ambroise Paré est là !

Il propose moult prothèses pour le visage, le plus souvent en cuir avec courroies de maintien. Même principe pour la jambe ou le bras.

Le chirurgien les appelle « moyens et artifices d'adjouster ce qui défaut naturellement ou par accident »...

Il conçoit même deux modèles de jambes artificielles : une « pour les riches » (forme naturelle et genou articulé), une « pour les pauvres »... un pilon de bois !

A noter qu'il n'a pas inventé la prothèse, mais a grandement contribué à la perfectionner.


Prothèse imaginé par Paré

Prothèse imaginée par Paré | ©Wellcome Collection / CC-BY

« Prothèse des riches », « prothèse des pauvres »

« Prothèse des riches », « prothèse des pauvres » | ©Wellcome Collection / CC-BY

6 - La ligature, une grande première !

Au siège de Damvillers, en 1552, Ambroise ampute un gentilhomme. Pas une simple amputation, que nenni...

Une révolution par la ligature des veines !

En fait, jusqu'ici, en cas de grosse hémorragie après l'amputation, les chirurgiens appliquaient le fer rouge et cautérisaient la plaie.

Généralement, le patient claquait d'infection dans les jours qui suivaient...

Là, Ambroise dit stop : il décide de ne pas cautériser la plaie du soldat qu'on vient de lui amener, la jambe déchiquetée par un tir d'arquebuse.

Il prend la décision radicale... de ligaturer les artères du blessé avec du crin de cheval !

Et pour aider à la cicatrisation, il applique le fameux mélange de jaune d’œuf, rozat et térébenthine (détaillé plus haut au point n° 3).

Bien plus efficace et moins barbare que l'huile bouillante utilisée par ses prédécesseurs !


Paré au siège de Damvillers

Paré au siège de Damvillers | ©Wellcome Collection / CC-BY

7 - Le médecin de quatre rois

En 1562, Catherine de Médicis nomme Ambroise chirurgien du roi Charles IX.

En tout, Paré sera le chirurgien de quatre rois de France !

Car en plus de soigner François II, Charles IX, Henri III, Ambroise tentera (en vain) de soigner leur père Henri II, mortellement blessé lors d'un tournoi en 1559...

8 - Paré invente le mot bistouri !

En 1564, Ambroise publie Dix livres de la chirurgie : le mot bistouri y apparaît pour la première fois.

Paré (et tous ses prédécesseurs) appelle rasoirs tous les couteaux à forme droite. Pour ceux à forme courbe, ce sont les bistories.

Une explication trouvée dans Revue médicale française et étrangère, vol. 2, 1825 : la lame courbe de cet outil rentre dans un manche lui aussi courbe, qui une fois ouvert, paraît avoir deux courbures… deux fois courbes, cultelli bistori.

Et bistorie, parce que Paré féminise le mot !


La methode curative des playes (Paré, 1561)

La méthode curative des playes (Paré, 1561) | ©Wellcome Collection / CC-BY

9 - La prédiction de Paré

Antoine de Bourbon, le paternel d’Henri IV, vient de mourir : nous sommes en 1562, pendant le siège de Rouen.

Un coup d’arquebuse le blesse. On pense à une plaie superficielle.

Un seul prédit la mort du prince, quiiii ? Ambroise Paré, oui !

Effectivement, Bourbon meurt. Et inspire à Voltaire ce bon mot :

« Ami François, le prince ici gisant vécut sans gloire, et mourut en pissant. »

10 - La maison de Meudon

Ambroise achète la maison de Meudon en septembre 1550 pour solder les dettes de sa belle-famille, les Mazelin !

Elle comprend « deux corps de logis, consistant en cave, chambre, greniers, sallettes, cour avec puits et appentis en tuiles, petit jardin entre les deux bâtiments. Et environ 19 quartiers de vignes et une pièce de terre. »

Il rapporte l’anecdote d’un crapaud trouvé vivant enfermé dans une grosse pierre, sans ouverture apparente…

Il s’émerveille de la façon dont le batracien avait pu « naître, croître et avoir vie » !

En 1590, à la mort d'Ambroise, son beau-frère rachète la maison.


La maison de Meudon

La maison de Meudon | ©Lionel Allorge / CC-BY-SA

11 - Il a failli mourir empoisonné

Après le siège de Rouen en 1562, Ambroise dîne avec quelques amis « où en avaient quelques-uns qui me haïssaient à mort pour la religion. »

On lui sert des choux... bourrés d’arsenic !

Dès la seconde bouchée, il sent quelque chose de bizarre, « une grande chaleur, grande astriction dans la bouche, saveur puante de la drogue. »

Il s’enfile un verre de vin, puis d’eau, avant de se ruer chez l’apothicaire.

Il vomit, puis prend une potion à base d’huile qu’il régurgite plusieurs heures plus tard, l’huile empêchant le poison d’adhérer à l’estomac, raconte-t-il.

Il avale un mélange de lait de vache, de beurre et de jaune d’œuf avant de constater qu'il est sauvé. Il ne mangea plus de choux de sa vie !

Un récit qui en tout cas confirmerait que Paré était protestant.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !