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La citadelle de Port-Louis, monstre de pierre espagnol, cauchemar des Bretons !

Quand : 1590 - 1598

Port-Louis | ©Paul Fox / Flickr / CC-BY-SA
Fortification Guerres de Religion Citadelle de Port-Louis

La toute première pierre de la citadelle, on la doit aux Espagnols !

Une partie des fortifications espagnoles est détruite, sur ordre d'Henri IV. Sont restés cependant deux bastions, les piles du pont, les casernes, les deux corps de garde et la chapelle.

La Ligue, kesaco ?

La Bretagne, au 16e siècle ? À feu et à sang ! On est en pleines guerres de la Ligue, épisode des guerres de Religion.

Le 10 juin 1584, la mort prématurée du frère et héritier du roi Henri III fait l’effet d’une bombe : si celui-ci devait mourir, vu qu’il n’a pas d’héritier, c’est désormais son plus proche parent, Henri de Navarre, qui doit monter sur le trône.

Son cousin, oui... mais c’est un protestant. Pour les catholiques, hors de question, d'avoir un roi protestant !

Les grands seigneurs catholiques, menés par les puissants Guise, se regroupent en une Sainte Ligue destinée à :

  • défendre la religion catholique ;
  • exterminer l’hérésie protestante ;
  • reconnaître le cardinal de Bourbon, l’oncle d’Henri de Navarre, comme le vrai héritier de la couronne.

Une guerre civile éclate, entre armées royales et celles de la Ligue.

En Bretagne, un Lorrain (cousin des Guise) prend la tête de la Ligue : le gouverneur de la province, Philippe Emmanuel de Lorraine.

Plus connu sous son titre de duc de Mercoeur !

Duc de Mercoeur

Duc de Mercoeur | ©Rijksmuseum / CC0

Les Espagnols et la Ligue

Mais, oui, au fait ? Pourquoi en pleines guerres de Religion, trouve-t-on des Espagnols en France, alliés aux Ligueurs ?

Parce que la Sainte Ligue reçoit le soutien du roi d’Espagne Philippe II !

Par le traité de Joinville, signé fin 1584, le roi promet :

  • une aide financière pour entretenir les armées catholiques (600 000 écus annuels, à rembourser, bien sûr, à l’avènement du roi catholique, qui s’appellera Charles X de France) ;
  • l’envoi de troupes en France, moyennant quoi celle-ci promettait notamment d’aider à mater les protestants révoltés des Provinces-Unies (futurs Pays-Bas).

Voilà donc pourquoi nous retrouvons les Espagnols… débarqués à Port-Louis !

Philippe II d'Espagne

Philippe II d'Espagne | ©Rijksmuseum / CC0

Blavet, à l'origine de Port-Louis

À Port-Louis, le premier projet de fortifications date de 1486. À cette époque, Port-Louis s’appelle Locperan, puis Blavet : du nom de la rivière voisine qui se jette dans la mer.

Le duc de Bretagne François II envoie le sire Jean de Rieux étudier la possibilité de construire « une tour à la pointe dudit havre et y tenir du canon. »

C’est un lieu important ! Déjà, pendant la guerre de Cent Ans, Du Guesclin et plusieurs autres grands seigneurs bretons s'y étaient embarqués, afin d’emmener les deux fils de Charles de Blois en Angleterre, pour les laisser en otages...

On a aussi construit des bateaux, dans ce port : le premier connu porte le nom de Sainte Élisabeth de Blavez.

En tous cas, à l'heure de notre histoire, en 1590, il n'y a encore aucune fortification, à l'emplacement de la citadelle actuelle. Ça ne saurait tarder !

Blavet (Port-Louis)

Blavet (Port-Louis) | ©Musée de Bretagne / Public domain

Les Espagnols fortifient Port-Louis

Des protestants partisans du futur Henri IV occupent Blavet, lorsque le 11 juin 1590, les troupes de Mercoeur les assiègent : la ville est incendiée, les habitants se font massacrer.

La place est immédiatement remise aux Espagnols.

L'armée du roi Philippe II d'Espagne, débarquée à Saint-Nazaire le 12 octobre 1590, s'installe à Blavet dès le 28 août 1591.

À leur tête, un certain don Juan d’Aguila.

C’est lui qui, en octobre 1590, appelle l'architecte militaire Cristobal de Rojas, pour concevoir la citadelle initiale et en poser la première pierre.

Un chantier colossal qui dure 8 ans : Rojas a participé à la construction du palais de l'Escurial et des fortifications de Cadix, en Espagne.

Au centre de cette citadelle bretonne : le Château de l'Aigle (fuerte del Aguila).

De cette citadelle, il reste des vestiges, à l’instar de ces deux bastions à orillons, encadrant la porte royale !

Porte royale et ses bastions espagnols

Porte royale et ses bastions espagnols | ©Jean-Pol GRANDMONT / Wikimedia Commons / CC-BY

La Bretagne à l'heure espagnole

Plusieurs fois, le roi d'Espagne envoie des renforts, à Aguila. En janvier 1591, on compte 891 hommes : en mai, ils sont 4715 !

Commandées par d'Aguila et menées par le capitaine ligueur et gouverneur d’Hennebont Jérôme d'Arradon, les troupes partent de Blavet faire des raids sanglants sur les côtes voisines, occupées par des protestants.

Les Espagnols se sentent rapidement chez eux : ils ne répondent plus qu'aux ordres de leur roi et, d'alliés, deviennent des pillards, détruisant les récoltes et incendiant les maisons à Caudan.

En 1593, Arradon s'en plaint à Aguila, demandant « de retenir ses soldats en la discipline militaire » pour éviter « que cette province ne soit dépopulée et ravagée par la licence des soldats. »

Une notice du 18e siècle disait de Port-Louis : « Ce hameau, avantageux par sa position, était continuellement occupé par des Caffès espagnols, en ce temps les ennemis de l’État. »

Caffès ? Un mot qui signifie maudits... ce qui en dit long, sur le ressentiment des Bretons, alors !

Port-Louis

Port-Louis | ©Herman Pijpers / Flickr / CC-BY

L'armée au désespoir !

C'est en fait parce qu'ils sont peu ou mal payés par le roi d'Espagne, que ces hommes sont réduits au pillage, vous imaginez bien.

Mais en 1597, Aguila s'en plaint au roi : « Le château de l'Aigle est dépourvu de tout », « l'armée de Blavet est dans le désespoir », sa « garnison souffre beaucoup »...

Philippe II finit par ordonner : « Qu'on lui fournisse le nécessaire. » Trop tard !

La garnison du château de l'Aigle se révolte 15 jours plus tard, début juin 1597, retenant prisonniers Aguila et ses officiers.

Leur revendication ? Être payé !

Port-Louis : piles du pont de construction espagnole

Port-Louis : piles du pont de construction espagnole | ©Herman Pijpers / Flickr / CC-BY

Les Espagnols quittent Port-Louis

Mais voilà, la fin de l'occupation espagnole à Port-Louis avait sonné : Aguila se faisait même renvoyer, rentrant fissa en Espagne.

Le 2 mai 1598, la France signait la paix avec Philippe II à Vervins, mettant fin à 3 années de guerre franco-espagnole.

Les troupes hispaniques quittent Blavet le 9 septembre 1598. Mais avant de s'embarquer, ils auraient voulu raser les fortifications fondées par Rojas...

Moyennant 200 000 écus d'indemnité, ils y renoncent : ils laissent ainsi les fortifications sur place. La base de la citadelle actuelle !

Qui prenait officiellement son nom définitif de Port-Louis le 17 juillet 1618, en hommage au roi. Mais ça, c’est une autre histoire !

Sources

  • Joseph Blarez. La citadelle du Port-Louis. Bulletin de la Société polymathique du Morbihan; janvier 1925.
  • François Jégou. Le port de Blavet (Port-Louis) et Jérôme d'Arradon, seigneur de Quinipily : politique et religion.
  • Quand Blavet devient Port-Louis. Patrimoines et archives du département du Morbihan, patrimoines-archives.morbihan.fr.
  • La naissance d'une forteresse. Musée de la Compagnie des Indes, musee.lorient.bzh.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !