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Petite histoire du château de Versailles en 10 dates insolites ou méconnues

Quand : 1038 - 1957

Versailles | ©Valdas Miskinis / Pixabay
Château Château de Versailles

1 - 1038 : le premier seigneur de Versailles

On fait quelquefois remonter l’histoire de Versailles à Louis XIII et son premier château…

Pourtant, la première mention d’un seigneur à Versailles date de… 1038 !

Il s’appelle Hugo de Versaillis, Hugues de Versailles.

On le trouve cité dans un acte de l’abbaye de Saint-Pair de Chartres : le comte de Chartres Eudes cède plusieurs terres, dont Versailles, à cette abbaye.

Le château sous Louis XIII (I. Silvestre)

Le château sous Louis XIII (I. Silvestre) | ©Rijksmuseum / CC0

2 - 1623 : le tout premier château... de Louis XIII

Le tout premier château que le jeune Louis XIII fait construire à Versailles date de 1623.

Le petit Louis était déjà venu en 1607, à l’âge de 6 ans, chasser avec son papa Henri IV. Il adore l’endroit, y revient… il lui faut un relais de chasse !

On le doit à un certain Nicolas Huau, maçon ordinaire du roi, qui le fait construire sur « la butte du moulin à vent », dominant la ville.

C’est un modeste relais de chasse, un pavillon avec un confort spartiate : rien à voir avec le Versailles d’aujourd’hui !

En 1627, le maréchal de Bassompierre le décrit dans son Journal comme un « chétif château, de la construction duquel un simple gentilhomme ne voudrait pas prendre vanité. »

  • Ainsi, l’aile de droite abrite une « petite cave à vins au sous-sol, cuisines et offices au rez-de-chaussée, logement du concierge à l’étage. »
  • L’aile de gauche accueille au rez-de-chaussée « des réserves de meubles ainsi que des latrines sur fosse voûtée. L’appartement royal était à l’étage. »

Et point de pièces pour les dames de prévues !

Henri IV en famille (1602)

Henri IV en famille (1602) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

3 - 1661 : quand le roi déracinait la France pour planter à Versailles

Dès 1661, la question de la plantation d’arbres se pose pour le jardinier André Le Nôtre, lors de l’aménagement des jardins.

Problème : le terrain est marécageux, donc peu propice au développement d’arbres.

Il faut donc prélever des arbres adultes, un peu partout en France !

Des ordres officiels autorisent les officiers du roi, dans « les forêts de Lions et autres de Normandie », « de faire arracher et enlever la quantité de plants de chênes, hêtres, charmes, aulnes et autres menus plants nécessaires pour les jardins royaux. »

Le roi « dépeuplait les campagnes 20 lieues à la ronde de marronniers et de tilleuls »...

Saint-Simon évoque « ces forêts touffues de grands arbres de Compiègne, et de bien plus loin sans cesse, dont plus des trois quarts mouraient et qu’on remplaçait aussitôt. »

On parle de Normandie et de Picardie, mais aussi d’Artois, de Flandre, du Dauphiné ! D’impressionnantes quantités d’arbres adultes sont « levés en motte. »

Une entreprise qui coûte très cher, et qui nécessite l’utilisation de machines spécialement conçues à cet effet, pour transporter des arbres entiers, sans les abîmer !

Jardins de Versailles, 1700

Jardins de Versailles, 1700 | ©Rijksmuseum / CC0

7 - 1682 : la fonte de l'incroyable mobilier d'argent

Dès 1682, le Grand Appartement du roi à Versailles se fait entièrement garnir de meubles en argent massif.

Louis XIV les commande dès 1664 : réalisés aux Gobelins sur un dessin du Premier Peintre du roi, Le Brun, ils décorent les salons qui mènent à la galerie des Glaces.

La « Grande Argenterie » compte près de 200 pièces : 22 tonnes de métal. Incroyable : les tables pèsent 350 kilos, les miroirs plus de 420 kilos !

Le mobilier est envoyé à la fonte le 14 décembre 1689. Hé oui : il faut bien financer la guerre menée par une partie de l’Europe contre la France ! C’est la ligue d’Augsbourg.

Il faut plusieurs mois pour tout fondre. Jusqu’à la dernière pièce... Pourtant, la somme qui ressort des 22 tonnes de métal fondu est décevante.

Le roi pensait obtenir 6 millions de livres, de ces meubles qui en ont coûté 10. Il en obtiendra seulement… 2 à 3 !

Si Versailles a perdu tout son mobilier d’argent, il en existe encore aujourd’hui une centaine, dispersée à travers le monde : château de Rosenborg (Danemark), musée de la Voûte verte, au château de Dresde (Allemagne)...

Restitution 3D du mobilier d'argent

Restitution 3D du mobilier d'argent | ©Hervé GREGOIRE / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

4 - 1709 : Versailles frappé par un hiver glacial

L’hiver 1709, une vague de froid inédite glace la France. Les gelées s’installent brusquement, dans la nuit du 5 janvier.

Un froid qui s’éternisera jusqu’à la fin du mois, avec des pointes à presque -17 à Paris, ou -25 dans la Beauce !

Il y aura deux autres vagues, jusqu’en mars. Le bétail, les animaux, les hommes meurent, figés de froid : Mme Palatine rapporte 24 000 victimes à Paris, en un mois ! Et à Versailles…

« De ma vie je n’ai vécu un hiver aussi rude. Le vin gèle dans les bouteilles. Le pire, c’est que le froid est accompagné d’une bise aiguë et pénétrante. A peine peuton boire quelque chose, le vin et l’eau se transforment en glace près du feu. Ce qu’on veut manger est gelé. »

L’encre gèle même au bout des plumes ! Ce qui fait dire à la marquise d’Uxelles (Journal du marquis de Dangeau) : « Les nouvelles sont courtes, l’encre gèle au bout de la plume » !

Cet épisode glacial fait un demi-million de victimes.

Versailles

Versailles | ©Vincent Desjardins / Flickr / CC-BY

5 - 1715 : l'étrange ambassade perse de Mehmet Riza Beg

Une ambassade équivoque

Le 19 février 1715, le shah de Perse envoyait l’ambassadeur Mehmet Riza Beg auprès de Louis XIV, à Versailles. Son but ? Signer un traité diplomatique et commercial entre les deux pays.

Première déception : les cadeaux. Pas folichons du tout, très décevants : des perles « médiocres », des turquoises « fort vilaines » du baume d’onguent de mumie...

La pauvreté des cadeaux choque la cour : on commence même à murmurer que l’ambassadeur, homme étrange, très peu diplomate, brusque et lunatique, n’est pas un envoyé du shah ! Mais un aventurier à son propre compte, un imposteur se jouant d’un Louis XIV mourant.

Saint-Simon écrit : « Cette ambassade fut toujours équivoque. »

Le flop de l'ambassadeur !

Beg quitte Versailles, s’embarquant au Havre en septembre 1715, direction la Perse, par la Russie. Il n’atteint Erevan en Arménie qu’au milieu de l’année 1717.

Et là… la désillusion est terrible : il est horrifié par le retard qu’a pris son ambassade.

Il n’a pas rendu compte de sa mission au shah, il a dû vendre les cadeaux offerts par Louis XIV, à cause du bateau retardé par les glaces (montres en or, pendule, « fusil enrichi d’or », « pistolets incrustés d’or », étoffes d’or et d’argent, tapis de la Savonnerie…).

L’ambassadeur se suicide.

Une dame de la cour avait embarqué avec lui : Mme d’Épinay. Recueillie par le frère de Mehmet, elle se rend à Ispahan remettre au shah ce qu’il restait des cadeaux du roi de France...

Mehmet Rıza Beg

Mehmet Rıza Beg | ©Internet Archive Book Images / Public domain

6 - 1732 : le plafond du salon d’Hercule et la folie de son créateur

Une œuvre colossale !

Lemoyne ? Son œuvre la plus célèbre se trouve à Saint-Sulpice (Paris) : le superbe plafond de l'Assomption (1731). Son talent n'est plus à prouver, son style lumineux, léger, est reconnaissable entre mille.

Et voilà que Louis XV le choisit, pour la décoration du salon d'Hercule, en 1732.

Il faudra à Lemoyne 4 années d'un travail minutieux, herculéen, inhumaine de précision, pour réaliser cette merveille : l'apothéose d'Hercule.

Le plus grand plafond peint de l'époque en Europe, réalisé d'un seul tenant : 18,5 m sur 17 (480 m²) ! Un ciel en trompe-l’œil peuplé de 142 divinités célébrant l'apothéose d'Hercule.

Lemoyne en burn out

Mais Lemoyne, perché son échafaudage, laisse petit à petit sa santé, sa raison, travaillant seul (aidé par seulement 2 apprentis).

Quelques mois après l’inauguration de son chef-d’œuvre, en septembre 1736, et malgré sa nomination de Premier Peintre du roi, Lemoyne finit par se suicider, le 4 juin 1737. A 49 ans.

Vidé. Épuisé. En burn-out total.

Son ami et peintre Nonnotte écrit :

« Tant de gloire qui ne pouvait plus manquer à M. Lemoyne devait le rendre le plus heureux des hommes, mais qu'est-ce que l'homme sans l'usage de la raison ? A peine fut-il nommé Premier Peintre qu'il donne des marques d'aliénation. Tout annonçait en lui du trouble et de la confusion. »

On le retrouve mort chez lui, la « chemise toute imbibée de sang », « beaucoup de sang sur le plancher » tout autour de lui. Le médecin constate des 14 « piqûres d’épée », au niveau de la gorge et la poitrine...

Plafond d'Hercule

Plafond d'Hercule | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

8 - 1793 : la dispersion du mobilier

Si la Révolution épargne le château, il en est autrement pour son mobilier !

Il fallait effacer ce que représentait Versailles, et obtenir de l'argent rapidement, pour fournir l'effort de guerre de la jeune République française, attaquée par les monarchies européennes.

Un décret de la Convention ordonne donc, le 1er janvier 1793, la vente du mobilier du château. Une vente qui dure un an, d’août 1793 à août 1794 : 17 000 lots quittent Versailles !

Tout n'est pas vendu : des meubles échouent dans divers ministères et établissements, plus tard déposés au Mobilier national.

Il faut attendre la fin du XIXe siècle et la passion du conservateur du château de Versailles Pierre de Nolhac, pour entamer une vaste campagne d’acquisitions, permettant de retrouver une partie du mobilier originel.

  • Ainsi, des pièces mythiques, comme le bureau de Louis XV ou le serre-bijoux de Marie-Antoinette, ont retrouvé leur écrin versaillais.
  • La première pièce d'origine à retrouver son décor d'origine, en 1939, est l'écran de cheminée de la chambre de la reine ! Donations et achats continuent encore aujourd’hui.
Serre-bijoux de la reine

Serre-bijoux de la reine | ©Ricardo Tulio Gandelman / Flickr / CC-BY

9 - 1870 : les Prussiens et l'ambulance de la Galerie des Glaces

Saviez-vous que l’empire allemand a été proclamé dans la Galerie de Glaces, le 18 janvier 1871 ?

Cela faisait suite à la guerre franco-prussienne de 1870, dans une France vaincue (la fin du Second Empire) à Sedan le 2 septembre 1870, assiégée à Paris deux semaines plus tard.

Le 5 octobre, Guillaume Ier et Bismarck s’installent à Versailles, pour y préparer la proclamation de l’Empire allemand.

Le château ferme ses portes au public. La Galerie des Glaces se voit transformée en ambulance, qui accueille les Prussiens blessés, lors des combats sanglants autour de Paris !

2000 soldats y sont soignés, pendant les 5 mois que l’ambulance occupe les lieux. Dans la galerie des Glaces, mais aussi dans l’Aile du Midi et celle du Nord !

Le conservateur du château, M. Soulié, indique que la présence de l’ambulance prussienne dans les salles

« a puissamment contribué à préserver le Musée de tout désordre. Si un certain nombre de tableaux ont souffert du froid et de l’humidité, il faut en chercher la cause dans la rigueur exceptionnelle de l’hiver et peut-être aussi dans le chauffage défectueux dont le Dr Kitchner, médecin en chef de l’ambulance, n’est pas responsable. » (Moniteur prussien de Versailles, tome 9)
Galerie des Glaces (anonyme, 1860-1900)

Galerie des Glaces (anonyme, 1860-1900) | ©Rijksmuseum / CC0

10 - 1957 : Elizabeth II à Versailles, le « petit appétit » de la reine !

La reine d’Angleterre est venue 6 fois, en visite en France, entre 1948 et 2014.

Elle s’est rendue plusieurs fois dans les Yvelines, notamment à Versailles : elle effectue ainsi, du 8 au 11 avril 1957, sa première visite en tant que jeune reine d’Angleterre.

Elle a 30 ans, elle porte « une robe en satin bleu pâle. » René Coty, le président de la République, l’accueille.

Au programme : déjeuner dans la Galerie des Glaces, inauguration de l’Opéra royal fraîchement rénové.

Le menu ? Cœur de charolais Montpensier, croustade de mousserons, suprême de bécasse Grand Siècle, cardinal des mers armoricaines…

Le palais de Buckingham précise à l’Élysée que « Sa Majesté a un petit appétit, mais mange à peu près n’importe quoi, à l’exception du caviar, des huîtres et des coquillages en général. »

Avant d’ajouter : « Elle préfère la cuisine simple » !

Sources

  • René Alleau. Guide de Versailles mystérieux. Éditions Tchou. 1966.
  • Jacques Levron. Versailles, ville royale. 1980.
  • Dominique Garrigues. Jardins et jardiniers de Versailles au Grand Siècle. Champ Vallon, 2017.
  • Maurice Herbette. Une ambassade persane sous Louis XIV. 1907.
  • Isabelle Rivière. Elizabeth II. Fayard, 2022.
  • Lucien Bely. Dictionnaire Louis XIV. R. Laffont, 2015.
  • Jean-François Solnon. Versailles : vérités et légendes. Perrin, 2017.
  • Mathieu da Vinha. Versailles Pour les Nuls. First Éditions, 2011.
  • Collectif. Versailles : histoire, dictionnaire et anthologie. R. Laffont, 2015.
  • Pascal Torres. Les secrets de Versailles. Vuibert, 2015.
  • Franck Ferrand. Dictionnaire amoureux de Versailles. Plon, 2013.
  • Nouvelles archives de l'art français (2e série, tome 4). 1883.
  • Dossier de presse en ligne Le château de Versailles raconte le Mobilier national, quatre siècles de création. 2011.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !