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Petite histoire du château de la Motte-Tilly en 7 anecdotes

Quand : 1748 - 1969

Le château | François GOGLINS / CC-BY-SA
Château Château de la Motte-Tilly

Source : Château de la Motte-Tilly (Éditions du Patrimoine, collection Itinéraires, 2005).

1 - À l'origine du nom...

Dès le XIVe siècle, on trouve là un château bâti sur une motte féodale à laquelle il doit son nom.

Endroit sûrement planté de tilleuls, car il est fait mention de Mota Tilliaci... du latin tilia, tilleuls.

2 - L’abbé Terray

En 1748, deux frères, les Terray, conseillers au Parlement de Paris, acquièrent la terre de la Motte-Tilly.

En arrivant à la Motte, ils trouvent une ruine démantelée par les anciens propriétaires, les Noailles, qui sert de carrière de pierres.

Aussi demandent-ils à l'architecte parisien François-Nicolas Lancret de leur dessiner les plans d'une nouvelle résidence d'agrément. La construction débute en 1754.

Deux mots sur le plus célèbre des deux frères, l’abbé Joseph Terray ! Sa fortune colossale s’est construite grâce à son oncle, médecin de la princesse Palatine, enrichi par le système de Law.

Contrôleur général des Finances dès 1769, on le surnomme « vide-gousset », à cause de ses réformes autoritaires !

Sa fortune et sa vie dissolue font jaser : il faillit mourir écharpé par les villageois de la Motte-Tilly, lors de son départ précipité du château, en 1744 !

En parlant de sa vie dissolue... L’abbé est un religieux, d’accord. Sûr ? Mouais ! On a des doutes ! Il traîne tout de même une sacrée réputation de libertin !

À la Motte, il organise de petites fêtes sympathiques dans ses salons et son théâtre. Comme cette fiesta qui a lieu en automne 1772, où il marie Mlle Marguerite-Victoire Le Normant avec son neveu, le comte de Chousy.

Rien d’extraordinaire, si ? Si, un peu. Marguerite, c’est la fille de Marie-Louise O’Murphy... l’ancienne maîtresse de Louis XV ! Une des filles illégitimes du roi, donc.

Avec le mariage de son neveu, l’abbé en profite pour s’imposer encore plus à la Cour...

On lit dans les Mémoires de ce dernier :

« Au reste, l’hymen (le mariage, ndlr) en question se célébra à la Motte avec beaucoup de pompe. II y eut des fêtes brillantes. »

On joue des pièces dans le théâtre du château :

« Les mondains rirent beaucoup de voir ainsi deux prêtres (Voisenon et Terray, ndlr) présidant à ces divertissements profanes et scandaleux, l’un y contribuant de sa bourse et l’autre de son esprit... »
L'abbé Terray

L'abbé Terray | ©Rijksmuseum / CC0

3 - Des statues, de la Motte... au Louvre !

Saviez-vous que des marbres de la Motte-Tilly se trouvent aujourd’hui au musée du Louvre ?

L’abbé Terray commande à la base ces statues pour son hôtel parisien de la rue Notre-Dame-des-Champs.

Parmi elles, Apollon allégorie des Arts de Louis Philippe Mouchy, Mercure d’Augustin Pajou (symbole du Commerce), et encore Pyrrha (symbole de la Population) par Jean Tassaert.

Antoine-Jean Terray, le neveu de l’abbé, les rachète et les fait envoyer par bateau à la Motte-Tilly, en 1780.

Elles sont toujours mentionnées dans le parc, lors des saisies révolutionnaires, puis changent plusieurs fois de mains notamment avec les Rothschild, avant d’être déposées, acquises ou léguées au Louvre au cours du XXe siècle.

Apollon par Mouchy (1779)

Apollon par Mouchy (1779) | ©Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

4 - Un autre financier à la Motte-Tilly...

Bien avant que l’abbé Terray ne fasse construire le château actuel au XVIIIe siècle, on trouve sur la terre de la Motte un certain Pierre des Essarts...

Coïncidence amusante, lui aussi s’occupa des finances du royaume, en qualité de grand trésorier de Charles VI !

On l'a accusé de complot contre le roi.

Et après un procès parodique express, il est pendu au gibet de Montfaucon en 1413 !

Le château

Le château | ©François GOGLINS / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

5 - Le scandale de Bélisaire !

En 1767, l’homme de lettres Jean-François Marmontel écrit son roman Bélisaire, du nom de ce général romain d’Orient, véritable héros rendu aveugle sur ordre de l’empereur Justinien.

Comme Justinien semble être un Louis XV vieillissant qui vit les dernières années de son règne, paf ! Censure !

Le rapport avec la Motte-Tilly ? Hé bien, en 1766, Marmontel se fait inviter au château pour lire son texte : il espère le soutien de l’abbé Terray, qui pourra espère-t-il, lui éviter la censure...

Il écrit dans ses Mémoires :

« J’allai avec madame Gaulard son amie passer quelque temps à sa terre de la Motte, et là je lui lus Bélisaire. Quoique naturellement peu sensible, il le fut à cette lecture. Après l’avoir intéressé, je lui confiai que j’appréhendais quelque hostilité de la part de la Sorbonne, et je lui demandai s’il croyait que le Parlement condamnât mon livre, dans le cas qu’il fût censuré. Il m’assura que le parlement ne se mêlerait point de cette affaire, et me promit d’être mon défenseur si quelqu’un m’y attaquait. »

L’entrevue de la Motte fait un flop, apparemment : la faculté de théologie de la Sorbonne condamne le brûlot en décembre 1767, et en janvier de l’année suivante, l’archevêque de Paris censure Bélisaire !

La salle à manger

La salle à manger | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

6 - Des cosaques au château

Vendu comme bien national à la Révolution, vidé de son mobilier, le château de la Motte-Tilly se fait occuper par les Cosaques, en 1814, pendant la campagne de France.

Le beau parquet (« à la Versailles » comme on dit) est démonté et utilisé comme bois de chauffage !

Il faut bien chauffer les reins des soldats, non ? En tous cas, l'aile de service brûle entièrement.

La salle de billard

La salle de billard | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA

7 - Un legs exceptionnel

C’est un descendant de l’abbé Terray, il a pour nom Gérard de Rohan-Chabot...

Avec sa fille Aliette, il transforme totalement l’intérieur du château, tel qu’on peut le voir aujourd’hui.

« M. le comte de Rohan-Chabot vient de faire au château d’importantes modifications, selon les exigences du luxe et du confort modernes, tout en conservant intact le style de l’époque de sa construction », rapporte l'écrivain Charles Paul Léger en 1923.

Tout le mobilier que vous pouvez voir aujourd’hui, c’est le comte qui l’apporte de ses résidences de famille ou l’achète à des antiquaires. De quoi recréer l’atmosphère du XVIIIe siècle !

Aliette poursuit l’œuvre de son père dès 1945 et après la disparition de ce dernier, en 1964.

Décédée en 1972, sa fille unique fauchée par la maladie en 1969, la marquise fait de la fondation de la Sauvegarde de l’art français son légataire universel, au bénéfice de la Caisse des monuments historiques, qui reçoit le château entièrement meublé.

La volonté d’Aliette ?

« Je tiens que le château ne soit pas habité, mais simplement visité au profit de la Caisse et reste meublé exactement tel qu’il est aujourd’hui, car je désire que le visiteur, au-delà de la simple curiosité, ait le sentiment d’une présence. »

Le pari a été tenu, vous ne trouvez pas ?

Le grand salon

Le grand salon | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA


À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !