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Petite histoire des Jacobins de Toulouse en 6 anecdotes

Quand : 1215 - 1958

Chevet de l'abbatiale | Pom² / CC-BY-SA
Couvent Eglise des Jacobins de Toulouse

Sources : Histoire de l’établissement du protestantisme en France (tome 3, 1886) / Histoire du Parlement de Toulouse (Jean-Baptiste Dubédat, 1885) / Histoire de Saint Thomas d'Aquin (Jean-François Bareille, 1859)

1 - La création de l’ordre dominicain s'est faite ici !

Au cœur de la ville rose, nous nous trouvons là où saint Dominique fonda l'ordre des frères Prêcheurs ou Dominicains, en 1215...

Dominique de Guzman (Domingo Nunez de Guzman en V.O.) débarque à Toulouse un beau jour de 1205. Un jeune prêtre espagnol de 35 ans.

Pendant 10 ans, il va lutter et prêcher ardemment contre les cathares, avant que les grands de ce royaume ne s’en mêlent à coups sanglants de violences et de répressions.

Les cathares, vous savez ? Un mouvement religieux basé sur la dualité Bien/Mal, qui se répand dans le sud-ouest de la France, au Moyen Age. Comme une épidémie...

Considérée comme une hérésie hideuse, effrayante, l’Église persécute bientôt les cathares.

Car Dominique aura beau voyager en Occitanie convaincre ces derniers qu’ils ont tort et qu’ils feraient mieux de revenir dans le giron de l’Église catholique, on lancera la croisade, qui commence à la cathédrale de Béziers en 1208 et finira par le bûcher de Montégur en 1244...

En attendant, Domingo devient l’ami de Foulques, l’ancien moine troubadour de l’abbaye varoise du Thoronet, devenu évêque de Toulouse. Il lui confie la direction d’une communauté de « frères prêcheurs ».

Ainsi germe dans l’esprit de Domingo l’idée d’un nouvel ordre, fait de moines et de missionnaires.

On y est : l’ordre des Dominicains pouvait naître à Toulouse, en 1215 ! Ils ne sont que 8, au départ.

6 Espagnols et 2 Anglais, qui passent pour la première fois l’austère robe blanche et le grand manteau noir.

Quelques années plus tard, ils sont une centaine. Le monde les attend !

La construction du couvent des Jacobins de Toulouse peut commencer en 1231, avec l’église de briques actuelle.


Vierge à l'Enfant avec saint Dominique et saint Jean (Francesco Di Oberto)

Vierge à l'Enfant avec saint Dominique, détail (Francesco Di Oberto) | ©Daderot / Wikimedia Commons / CC0

2 - Dominicains, Jacobins… une histoire de nom !

Vous vous demandez peut-être pourquoi le couvent s’appelle Jacobins, alors qu’il a été fondé par des Dominicains ?

Hé bien, Jacobins et Dominicains… c’est pareil !

Jacobins évoque le nom donné aux Dominicains en France, parce qu’ils s’installent en 1258 à Paris dans l’hospice Saint-Jacques-le-Majeur.

C’est aussi dans ce couvent qu'a élu domicile le célèbre club des Jacobins, en pleine Révolution française, d’où leur nom !


Couvent des Jacobins de Paris en 1794

Couvent des Jacobins de Paris en 1794 | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

3 - Les reliques saint Thomas d’Aquin

Saviez-vous que lorsque le pape Urbain V donne au couvent toulousain les reliques de saint Thomas d'Aquin en 1368, on construit un reliquaire géant pour les recueillir ? Un véritable mausolée de 20 m de haut !

« Il est à quatre faces, dont l’orientale et l’occidentale sont ornées d’un double rang de grandes colonnes de marbre jaspé, et des statues de plusieurs papes qui ont consacré, par leurs éloges, la doctrine de saint Thomas. »

Il sera malheureusement détruit au XIXe s, comme les riches sépultures et les chapelles latérales qui ornaient l'église...

Alors, deux mots sur ce saint Thomas, qui naît à Aquino dans la région italienne du Latium, au centre du pays.

Un religieux, grand, très grand philosophe. Il entre chez les Dominicains en 1244. Il meurt en 1274 en Italie, au couvent de Fossanova.

Les moines de l’abbaye décident de faire bouillir le corps. D’Aquin est très grand (d’où son surnom de « grand bœuf de Sicile ») : faire bouillir ses restes permettait de pouvoir les transporter et les cacher plus facilement !

Car une vraie dispute s’engage, pour trancher qui va récupérer les reliques tant convoitées.

Enfin, en 1369, le pape Urbain V annonce la nouvelle : les restes du grand saint doivent aller à Toulouse, fief des Dominicains !


Reliques de saint Thomas d'Aquin

Reliques de saint Thomas d'Aquin | ©Finoskov / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

4 - Une écurie... de chevaux morveux

En 1804, le couvent des Jacobins devient la propriété de la ville de Toulouse. Six ans plus tard, Napoléon Ier réquisitionne les lieux pour y installer l’armée.

L’église se fait alors diviser en deux étages, avec des écuries au rez-de-chaussée, des dortoirs à l’étage.

La chapelle Saint-Antonin, elle, sert d’infirmerie pour les quadrupèdes !

Le réfectoire devient un manège, plusieurs galeries du cloître sont détruites pour permettre le passage des chevaux.

Tout ceci est dans un état… déplorable. Viollet-le-Duc écrit dans un rapport de 1818 :

« Le couvent des Jacobins n’est nullement disposé pour l’établissement d’une caserne d’artillerie. Les chevaux parqués derrière ces murs humides et dans cette église coupée par un plancher sont la plupart attaqués de la morve ; les dortoirs sont mal aérés, le manège incommode, les cours trop petites pour un si grand nombre d’hommes et de chevaux ; les fourrages ne se conservent pas, au point qu’il y a deux ans, des approvisionnements d’avoine ont été perdus par la fermentation. »


L'église des Jacobins

L'église des Jacobins | ©Claude Attard / Flickr / CC-BY

5 - Le palmier, Dali et un procès

C’est une merveille d’architecture, une voûte exceptionnelle de finesse !

De fines colonnes montent à 28 mètres de haut, pour s’épanouir en un magnifique et unique palmier de pierre.

Un palmier au cœur de la tempête, en 1958 !

Le photographe Jean Dieuzaide accuse le peintre espagnol Salvador Dali d’avoir plagié sa photo du palmier du couvent des Jacobins, dans l’un de ses tableaux, Santiago el Grande (1957, Beaverbrook Art Gallery)...


Le palmier

Le palmier | ©Frédéric Neupont / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

6 - Le terrible lynchage d’un capitoul en 1589

Le contexte

Électricité dans l’air. Le sang est quasi palpable, en ce mois de janvier 1589, à Toulouse. Les pas claquent sur le pavé des ruelles sombres.

Les catholiques les plus fanatiques, réunis au sein de Sainte Ligue, pourchassent les protestants et les partisans du roi Henri III.

À leur tête, le duc Henri de Guise balafré, qui veut renverser le pouvoir royal.

Son assassinat à Blois en 1588 attise toutes les vengeances.

On traque le moindre suspect. Le sang coule.

Duranti aux abois

Jean Étienne Duranti, membre du conseil municipal, premier président du parlement de Toulouse de 1581 à sa mort, est catholique, mais soutient le roi.

Cela fait 5 jours qu’on le retient prisonnier au Capitole. On vient de décider de le transférer au couvent des Jacobins.

Dehors, la foule hystérique, avide de sang, se rue aux portes du couvent.

On a fait courir le bruit que le président complote depuis sa prison avec les royalistes.

Hurlements d’enfer. Grognements rauques. On réclame sa mort. Ils ont retrouvé, tels des carnivores en chasse, leur proie...

« Voilà l’homme »

Les portes sont fermées. On y met le feu. Une bombe explose, même ! Le passage libre, la foule entre sans résistance. Les lieux sont déserts.

On va dire à Duranti que « le peuple le demande ». Ce 10 février 1589, il a pour la première fois peur pour sa vie. Duranti comprend que c’est fini.

« Je vous suis ». Il tombe ensuite à genoux et dit adieu à sa femme après avoir prié Dieu.

On le livre à la foule : « Voilà l’homme ».

« Que me voulez-vous ? » dit-il d’une voix ferme et calme.

Le peuple, surprise, ne dit rien, ne moufte plus.

Puis l’un d’eux décharge son pistolet dans la poitrine de Duranti, qui s’effondre sur les marches du couvent. On raconte qu’un homme lui crève les yeux à coups de fourchette...

Le lynchage

Le peuple se jette sur son corps pour le frapper de coups de couteaux, puis on le traîne dans les rues.

« Ces furieux, au nombre de quatre mille, le déchiquetèrent tellement, qu’il était impossible de le reconnaître. »

Arrivé place Saint-Georges, lieu de l’exécution des criminels, une poignée l’attache au pilori, lui arrache les cheveux, lui crache au visage.

Le calme, terrible après l’orage, revient en un éclair...

Des membres du Parlement inhument en secret le corps de celui qui venait de mourir lynché à 55 ans, à l’église des Cordeliers.


Jean-Etienne Duranti

Jean-Etienne Duranti | ©Didier Descouens / Wikimedia Commons / CC-BY-SA


À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !