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Petite histoire des Champs-Élysées en 10 anecdotes

Quand : 1616 - 1927

Champs-Elysées | ©NakNakNak / Pixabay
Rue Quartier Avenue des Champs-Élysées de Paris

1 - À l'origine du nom !

Les Champs, au tout début de leur histoire, ne sont que moitié de marécages, moitié de terrains de culture maraîchère.

Marie de Médicis fait aménager au bout du palais des Tuileries une allée bordée de tilleuls, ouverte en 1616 : le Cours de la Reine.

En 1670, le jardinier de Louis XIV André Le Nôtre poursuit l’aménagement. Il trace, depuis la place de la Concorde jusqu'à l’Étoile actuelles, une grande avenue avec gazon et allées d’ormes.

Son nom ? Le Grand Cours ! Il s’agit de ne pas le confondre avec le Cours de la Reine !

Le cours prend le nom de Champs-Élysées en 1709, nom que l’on trouve dans les comptes royaux.

Il fait référence au lieu de repos des héros morts, dans la mythologie grecque !

Homère décrit cet endroit comme « un lieu entouré de vastes prairies où poussent des arbres aux fruits d’or », où lesdits héros goûtent au calme, à la nature, à mille divertissements et plaisirs... Tout comme notre avenue parisienne !

Le Cours-la-Reine (T. Gudin, 1828)

Le Cours-la-Reine (T. Gudin, 1828) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

2 - Un hôtel particulier démonté pierre par pierre !

Un hôtel sur les Champs-Élysées

Cet hôtel particulier de la fin du 18e siècle, connu sous le nom d’hôtel Thiroux de Montsauge (du nom du receveur des Finances de Paris qui le fait construire), se trouvait à l’origine à l'angle des Champs-Élysées et de la rue La Boétie.

Après avoir vécu de beaux jours de fêtes et de plaisirs, il se retrouve carrément inhabité, entre la guerre franco-prussienne et 1926.

En 1927, il est même menacé de démolition : deux hommes d’affaires le rachètent, bien décidés à construire un building, sur son emplacement !

Hôtel Thiroux de Montsange, Champs-Elysées (1905)

Hôtel Thiroux de Montsange, Champs-Élysées (1905) | ©George Eastman Museum / Public domain

Le déménagement

Problème : l’hôtel est classé, pas touche ! L’un des deux businessmen trouve le moyen de financer son déménagement, grâce à l’intervention d’Édouard Herriot, alors ministre des Beaux-Arts.

L’État le récupère, avec pour condition de le mettre à disposition de la Société des Gens de lettres.

Pierres, lambris, toitures... tout part pièce par pièce, morceau par morceau !

Direction son emplacement actuel, au 38 faubourg Saint-Jacques : il s'agit de l'hôtel de Massa.

L'hôtel de Massa

L'hôtel de Massa | ©Siren-Com / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

3 - Le développement tardif de l’avenue

Le quartier des Champs a connu un développement assez tardif.

Voyez un peu ! En 1777, le commissaire chargé de l’entretien de l’avenue, Federici, notait :

« Plusieurs particuliers ont des vaches qui pâturent dans les Champs-Élysées, leur nombre est considérable, ces animaux sont incommodes pour la promenade : si l’on ne juge pas à propos de les exclure des Champs-Élysées, il faudrait du moins contraindre les gens qui en ont soin à ne les laisser pâturer que du côté du pavé pour laisser la promenade du côté nord absolument de libre. »

On relevait alors la présence de quelques cabarets, de baraquements et de cafés.

En 1800, les Champs ne comptaient... que 6 maisons !

Il faut attendre le Second Empire, pour que le quartier se couvre d'hôtels particuliers accueillant hommes d'affaires et financiers.

La promenade aux Champs-Elysées (G. Gatine, 1811)

La promenade aux Champs-Élysées (G. Gatine, 1811) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

4 - L'hôtel Drake del Castillo, rare vestige du second Empire

Avec l’hôtel de la Païva, il s’agit de l'un des rares exemples encore debout des hôtels qui bordaient l'avenue, sous le Second Empire, rapporte le livre Paris : le guide du patrimoine (Hachette, 1994) !

Une petite pépite, en somme, que fait construire vers 1858 le riche homme d’affaires d’origine espagnole Santiago Drake del Castillo, au coin de la rue Balzac et de la célèbre avenue.

5 - L'incroyable Colisée

C’est une rue débouchant sur les Champs-Élysées… celle du Colisée ! Mais savez-vous d’où vient son nom ?

D’un lieu de divertissement ouvert en 1771 sur les Champs-Élysées.

Il s’inspire des Vauxhall, qui sont à la mode outre Manche, depuis le 17e siècle. Des genres de parcs d’attractions de luxe, de grands lieux de fêtes, si vous voulez.

Celui de Paris pouvait accueillir 40 000 personnes, avec cafés, boutiques de curiosités, un bal, des salles de spectacles, des feux d’artifices... le tout dans un décor de fausses ruines aux couleurs chatoyantes !

Tout le gratin de Paris y court : on voit même, le soir du 14 août 1776, Marie-Antoinette accompagnée de sa belle-sœur Mme Élisabeth et de ses beaux-frères, futurs Louis XVIII et Charles X !

Malheureusement mal conçu, le Colisée tombe vite en botte et doit être rasé en 1780.

Coupes et façades du Colisée (18e s)

Coupes et façades du Colisée (18e s) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

6 - Le sosie du cirque d’Hiver se trouvait sur les Champs !

Saviez-vous que le Cirque d’Hiver, près de la Bastille, a eu son pendant, sur les Champs-Élysées ?

Oui ! Le Cirque d’Été !

Portant aussi le nom de Cirque de l’Impératrice ou Cirque Olympique, il est inauguré en 1841, conçu sur les plans de l’architecte Hittorff.

Il se trouvait à l’emplacement de l’actuel théâtre Marigny.

Mais le public le délaisse peu à peu : il est démoli en 1900. Seule la rue du Cirque commémore encore son souvenir.

Cirque d'Eté (1890)

Cirque d’Été (1890) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

7 - L'incroyable palais de l’Industrie

C’est une de ces petites merveilles d’un Paris disparu, démolie en 1896.

Le Palais de l’Industrie avait été construit en 1855, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1855, sur les Champs-Élysées.

Palais de l'Industrie

Palais de l'Industrie | ©Paris Musées / Musée Carnavalet / CC0

Sa façade de près 210 mètres de long était ornée, sur son fronton, d’un monumental groupe sculpté signé Elias Robert : la France couronnant les Arts et l’Industrie.

Aujourd’hui, cette merveille, dernier vestige du palais, se trouve au cœur du parc de Saint-Cloud !

Le palais de l’Industrie a lui laissé la place aux actuels Petit et Grand Palais.

Fronton du palais, parc de St-Cloud

Fronton du palais, parc de St-Cloud | ©Fred Romero / Flickr / CC-BY

8 - Un coup d’État s'est noué en bas des Champs

Le coup d’État de Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, s’est préparé dans l’hôtel Le Hon, au numéro 9 des Champs-Élysées !

Un hôtel destiné à la base à Fanny Le Hon, maîtresse du duc de Morny, demi-frère du futur empereur.

Élu président de la 2e République en 1848, le mandat de Louis Napoléon Bonaparte arrivait à son terme.

N’étant pas rééligible, le neveu de Napoléon Ier décide alors de rester à la tête de la France... grâce à un coup d’État !

Un an plus tard, il devenait empereur des Français.

L'ancien hôtel Le Hon

L'ancien hôtel Le Hon | ©CVB / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

9 - La première du saxophone au jardin d'Hiver !

Au n°33 de l’avenue se trouvait le Jardin d’Hiver, une immense serre ouverte en 1847, remplie de jets d’eaux, de volières et de fleurs exotiques.

Toute entière dédiée aux loisirs, elle accueillait bals et concerts.

C’est là qu’un jour de 1855, un certain Adolphe Sax, facteur d’instruments belge installé à Paris, présente une de ses inventions : le saxophone.

Berlioz, très enthousiaste, composera la toute première œuvre comportant un saxophone : le Chant Sacré !

Ce Jardin d’Hiver, qui occupait une partie du n°25 de l’avenue, a été détruit : l’hôtel de la Païva l'a remplacé en 1865, spécialement construit pour l’extravagante marquise Thérèse de La Païva.

Le jardin d'Hiver (1848)

Le jardin d'Hiver (1848) | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

10 - Le corbillard de Victor Hugo est passé par les Champs

Le 22 mai 1885, Victor Hugo, 83 ans, s'éteint. Un monstre sacré s'était tu.

Écrivain de légende, mais aussi homme politique de combats en faveur de la République, le gouvernement lui organise de gigantesques funérailles nationales, avec une inhumation au Panthéon.

Le 30 mai, son corps est déposé dans un cercueil monumental, sous l'arc de Triomphe.

Le 1er juin, le transfert au Panthéon commence.

Plus de deux millions de Parisiens se massent le long du parcours, du jamais vu ! On loue à prix d’or les balcons, les toits, les cheminées, des échelles... des vitrines de magasins, même !

Cortège de V. Hugo, Champs-Elysées

Cortège de V. Hugo, Champs-Elysées | ©Maison de Victor Hugo - Hauteville House / CC0

Le cortège, qui s'étend sur plusieurs kilomètres, part des Champs-Élysées : en tête, le modeste « corbillard des pauvres », tiré par les deux chevaux noirs Fanfan et Floretta.

Car Hugo avait précisé dans son testament :

« Je donne 50 000 francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l’oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu. »

Il l’aura, ce corbillard, mais bien plus d’honneurs qu’il n’aurait souhaité...

Sources

  • Jacques Hillairet. Connaissance du vieux Paris. Éditions Princesse, 1963.
  • François Caradec. Guide de Paris mystérieux. Éditions Tchou, 2011.
  • Lucien Augé de Lassus. Les Champs-Élysées. 1913.
  • Collectif. Champs-Élysées : dictionnaire historique, architectural et culturel. Ledico, 2013.
  • Chantal de Saulieu. Paris : Le 8e arrondissement. Yves Salmon éditeur, 1983.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !