Petite histoire des Buttes-Chaumont en 9 anecdotes

De 1814 à 1867

Vue d'ensembleVue d'ensemble | ©Antonio paninho / CC-BY-SA

Un passé fait de sang, de crotte et de pendus : il va en falloir, du travail, pour transformer les buttes en joli parc !

1 - D'où vient le nom Chaumont ?

On imagine mal que les Buttes, au Moyen Âge, ont abrité un paysage désolé et sauvage.

Chaumont, pour « mont chauve », calvus mons en latin !

Il y aurait deux autres étymologies possibles, quoique fantaisistes :

  • Chaux Mont, montagne de chaux, car les flancs des buttes ont longtemps donné de la chaux, mais surtout du plâtre ;
  • Chaud-Mont, « souvenir d’un ancien incendie », car on retrouve beaucoup d’ossements et de pierres calcinés, preuves d’une ancienne activité volcanique…

Ce qui est certain, c’est que les Buttes restent longtemps un paysage pelé, inculte et désert !

Buttes Chaumont, vers 1800Buttes Chaumont, vers 1800 | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

2 - Alphand, créateur de parcs en série

L'empereur Napoléon III veut donner aux ouvriers et aux classes les plus pauvres du quartier un petit coin de paradis, de verdure. L'idée du parc actuel était né !

L'ingénieur Jean-Charles Alphand s'occupe des plans dès 1866 : il a déjà travaillé aux parcs Monceau et Montsouris, au jardin du Ranelagh et au bois de Boulogne !

Le paysagiste Barillet-Deschamps et l'ingénieur Darcel l'assistent dans sa tâche.

Finalement, le parc est inauguré le 1er avril 1867, pile poil pour l'ouverture de l'Exposition universelle !

Alphand par Carrier-BelleuseAlphand par Carrier-Belleuse | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

3 - Des travaux colossaux !

Au total, travaillent pendant des mois :

  • des centaines de chevaux ;
  • 800 ouvriers ;
  • plusieurs machines à vapeurs, avec notamment l’aide de 400 wagons, qui apportent les matériaux, sur 1200 mètres de voies ferrées.

On comble les creux, on arase les bosses, on empierre les chemins, on construit ponts et pavillons, on plante les arbres...

Les chevaux transportent près de 200 000 mètres cubes de terre végétale et fertile depuis La Villette, Belleville, Pantin et Ménilmontant.

Machines, équidés et hommes « auront exécuté plus de 800 000 mètres cubes de terrassement » !

Il faut même faire sauter avec de la poudre certaines parties des buttes, faites de couches de marne et d’argile. Même chose pour former le lac artificiel.

Pour les routes, il aura fallu 10 000 mètres de sable, 5940 mètres de cailloux.

Transformation des Buttes Chaumont, 1863Transformation des Buttes Chaumont, 1863 | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

4 - Le lac et son temple

On a un lac artificiel de 2 hectares, alimenté « par des réservoirs placés au-dessus de la grande terrasse du boulevard supérieur et les eaux seront prises dans la Marne à Gravelle. »

Au milieu, l'île du Belvédère, avec son joli temple à l'antique.

Un temple inspiré de celui de Tivoli (le temple de la Sibylle), en Italie, qui surmonte un très haut soubassement de 50 mètres, en pierre du Jura.

Ile du BelvédèreIle du Belvédère | ©BikerNormand / Flickr / CC-BY-SA

5 - Une passerelle signée Eiffel, un pont des suicidés

Le parc compte quatre ponts dont un suspendu, créé par Gustave Eiffel.

Mais venez voir le pont de pierre... Il porte le petit nom de « pont des Suicidés » !

Depuis son installation, les passants les plus désespérés n’arrêtaient pas de s’y jeter… On fait vite installer un garde-fou.

Pont des SuicidésPont des Suicidés | ©Olive Titus / Flickr / CC-BY-SA

6 - Les carrières des Amériques

Derrière ce nom étonnant se cachent les anciennes carrières de plâtre dont une partie était exportée outre Atlantique, d’où son nom.

Des carrières qui ont aussi servi en partie de cimetière, pendant la Commune de Paris !

Carrières d'Amérique vers 1865Carrières d'Amérique vers 1865 | Carrières d'Amérique, vers 1865 | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

7 - Le gibet de Montfaucon

À l’emplacement des Buttes actuelles se dressait le tristement célèbre gibet de Montfaucon...

Un gibet qui reste en place jusqu'en 1760 environ, date à laquelle on les déménage en bas de la butte.

La Révolution les fait complètement disparaître…

8 - La grande voirie de Montfaucon

À l’emplacement même de la butte, sur le parc actuel, on a longtemps eu une décharge à ciel ouvert, avec... des centaines de tonnes d’excréments, déversés là tous les jours.

C’est la grande voirie de Montfaucon, dont voici quelques détails croustillants !

Baraquements lors de la construction du parc, 1865Baraquements lors de la construction du parc, 1865 | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

9 - 30 mars 1814, les Cosaques les pieds dans la m…

30 mars 1814. On est en pleine bataille de Paris.

Ultime bataille de la campagne de France : elle oppose l’armée impériale de Napoléon aux forces européennes alliées (Russie, Prusse, Bavière...)

Ce jour-là, les Cosaques du comte Voronzov sont acculés au pied des Buttes Chaumont par quatre hommes, derrière une barricade.

Oui, quatre, dont trois qui chargent les armes, un qui tire. À chaque tir, paf, il descend un Cosaque !

Un officier russe ordonne à 20 cavaliers de débusquer le tireur, en le surprenant par une brèche, aperçue dans la barricade.

Mais ce qu’il a pris pour un terrain solide, devant la barricade, n’est en fait qu’un lit mouvant d’immondices !

Celles de la fameuse voirie, décharge à ciel ouvert qui couvrait autrefois la butte, avant l'aménagement du parc...

À peine les cavaliers engagés dans ce pétrin, qu’ils s’enfoncent et se noient comme dans des sables mouvants…

L’officier doit faire attaquer par la gauche, en passant par des cours et des jardins. Les quatre hommes sont alors contraints de battre en retraite.

Sources

  • François Caradec. Guide de Paris mystérieux. Éditions Tchou, 2011.
  • Alfred Delvau. Histoire anecdotique des barrières de Paris. 1865.
  • Paris Guide par les principaux écrivains de la France (tome 2). 1867.
  • Pierre Larousse. Grand dictionnaire universel du 19e siècle. 1867.
  • Arthur Mangin. Histoire des jardins anciens et modernes. 1887.