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Madeleine d'Angennes, la dame haute en couleurs de la Ferté-Saint-Aubin

Quand : 1625 - 1686

Le château | Poudou99 / CC-BY
Château Château de la Ferté-Saint-Aubin

Le château des Saint-Nectaire

Édifié en 3 campagnes successives, le château de la Ferté-Saint-Aubin, avec ses élégantes façades de briques, se trouve là depuis... des temps immémoriaux !

Depuis le 11e siècle, exactement, puisqu'il existe, sur le site actuel, une forteresse du nom de Ferté-Nabert.

La seigneurie passe entre de nombreuses mains, avant de revenir, au 16e siècle, à la famille d'Estampes.

En 1575, par héritage, le château revient à un cousin, François de Saint-Nectaire (ou Séneterre), qui fait démolir l'ancienne forteresse et construire la partie gauche du logis, appelée le « petit château. »

À la génération suivante, vers 1625, on édifie à droite le « grand château. »

La génération suivante ? Oui, en la personne d'Henri II, maréchal de France qui s'illustre courageusement au combat.

C’est de sa seconde épouse, dont il est question dans cette histoire !

Le château

Le château | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Madeleine et Catherine d'Angennes

La seconde épouse du seigneur de La Ferté, donc, s’appelle Madeleine d'Angennes.

Jolie, très aventureuse. Pas vraiment fidèle, murmurent les mauvaises langues !

On dit même qu'elle se compromet dans la célèbre affaire des Poisons...

En fait, Madeleine forme un duo d’enfer avec sa sœur Catherine-Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonne.

Un portrait dans la tour dorée du château bourguignon de Bussy-Rabutin les représente, regardez :

Madeleine d'Angennes de la Ferté-Séneterre et Catherine d'Angennes de la Loupe

Madeleine d'Angennes de la Ferté-Séneterre et Catherine d'Angennes de la Loupe | ©Hervé Lewandowski / CMN

Saint-Simon dit :

« Leur beauté et le débordement de leur vie firent grand bruit. Aucune femme, même les plus décriées pour la galanterie, n'osait les voir ni paraître nulle part avec elles. »

Pour Catherine, on ne compte plus les amants !

La princesse Palatine (qui n’a pas sa langue dans sa poche), écrit, quand elle lui parle de ses conquêtes :

« Je ne sais lequel c’était, car elle en a eu autant qu’il y a de jours dans l’année... »

Fatigué, humilié et moqué, son mari demande la séparation en 1661.

Des histoires d'amants... et de bâtards !

Et Madeleine, alors ?

En l’épousant, le maréchal de Saint-Nectaire l’avait prévenue :

« Corbleu, Madame, vous voilà donc ma femme, et vous ne doutez pas que ce ne vous soit un grand Honneur ; mais je vous avertis de bonne heure, que si vous vous avisez de ressembler à votre sœur et à une infinité de vos parentes qui ne valent rien, vous y trouverez votre perte. »

Sauf que le maréchal n’est pas souvent à la maison, ce qui laisse à Madeleine tout le temps de le tromper !

D’abord avec l'un de ses domestiques. Sur quoi le mari, en rentrant, lui fracasse le crâne d’un coup de pistolet !

Le pas était franchi... plus de retenue ! L’orgie pouvait commencer.

Saint-Simon écrit :

« Quelque impétueux que fût le maréchal de La Ferté, il fut dupe de sa femme toute sa vie ou le voulut bien paraître. »

Il fallait à Madeleine les plus grands, les plus gradés.

Les plus jeunes, aussi : comme ce prince Charles-Paris d’Orléans, 20 ans et toutes ses dents. Elle en a 40.

Le jour où elle tombe enceinte, elle arrive à dissimuler son embonpoint derrière ses vertugadins, ses « cache-bâtards », comme on les appelait !

Au moment d’accoucher, le mari est souffrant, alité par une crise de goutte terrible.

Bah ! L’ami du prince d'Orléans vient récupérer le nouveau-né pour l’emmener au jeune père, qui avait recruté une nourrice...

Le château, pavillons d'entrée

Le château, pavillons d'entrée | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

L’anecdote qui tue !

On la lit dans les Lettres de Mme de Sévigné :

« Madeleine d'Angennes de la Loupe, maréchale de La Ferté, Catherine-Henriette d'Angennes, comtesse d'Olonne et Marie-Isabelle de La Mothe-Houdancourt, duchesse de La Ferté, belle-fille de la maréchale, étaient au nombre des femmes les plus galantes de ce temps. On lit ce qui suit dans les Mélanges de l'abbé de Choisy, qui n'ont pas été publiés :
« Le maréchal de La Ferté était à l'agonie ; sa femme, sa belle-fille, sa belle-sœur étaient autour de lui et criaient :
- Monsieur le maréchal, monsieur le maréchal, nous connaissez-vous bien ? Serrez-nous la main, dites-nous qui nous sommes.
Le bonhomme, fatigué de leurs criailleries, rappela ses esprits et leur dit :
- Vous êtes des p...
On faisait ce conte à madame Cornuel, qui dit :
- On peut juger que le maréchal avait encore toute sa raison. »
Henri de La Ferté-Senneterre

Henri de La Ferté-Senneterre | ©Rijksmuseum / CC0

Quand d’Olonne, le mari de Catherine, est sur le point de mourir à son tour, en 1686, et que l’on va chercher le curé, M. de Cornouaille, il soupire :

« Je serais donc encornaillé jusqu’à la mort ? »

Saint-Simon conclue sur les deux dames :

« Quand elles furent vieilles et que personne n'en voulut plus, elles tâchèrent de devenir dévotes. »

Sources

  • Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir (tome 4). 1867.
  • Encyclopédie Châteaux Passion. Éditions Atlas. 2001.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !