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Olivier Oexmelin, chirurgien-boucanier des Caraïbes !

Mer des Caraïbes | ©Andromachos Dimitrokallis / Pixabay
Port Exploration Port de Honfleur

Boucanier puis chirurgien sur un bateau flibustier, ce Honfleurais a laissé d'incroyables mémoires, récit le plus complet jamais écrit sur les faits et gestes des aventuriers des Antilles, au XVIIe siècle…

En quelques mots...

Si vous voulez tout savoir des mœurs des flibustiers, pirates et boucaniers des Caraïbes, ce sont ses Mémoires qu’il faut lire !

Il a eu une vie extraordinairement riche.

Esclave sur l'île de la Tortue, revendu à un chirurgien qui lui rend sa liberté, il devient le chirurgien de bord de Henry Morgan, flibustier gallois avec qui il participe au siège de Maracaibo en 1669 et de Panama en 1670...

Un protestant d'Honfleur

Olivier voit le jour à Honfleur en 1646.

On écrit son patronyme indifféremment Exquemelin (en hollandais), Exquemeling (anglais et espagnol) ou Exmelin.

Ce fils d’apothicaire protestant part étudier en Hollande pour devenir chirurgien.

Un métier que les protestants ne peuvent exercer en France : hé oui, la faute d'un décret de Louis XIV, au plus fort des tensions religieuses...

Il décide alors de s’engager dans la Compagnie des Indes Occidentales, histoire de peaufiner ses études.

Voyage vers la lointaine mer des Caraïbes, gratis. A une condition : il doit servir la Compagnie pendant 3 ans.

Mais Olivier ne sait vraiment, mais vraiment pas ce qu'il l'attend !


Oexmelin, jardin des Personnalités, Honfleur

Oexmelin, jardin des Personnalités, Honfleur | ©Anecdotrip.com / CC-BY-NC-SA

Engagé sur la Tortue

Juillet 1666. Olivier a 20 ans.

Il arrive sur l’île de La Tortue, alors gouverné par le sieur Bertrand d’Ogeron.

L’île de La Tortue ? Un minuscule caillou au nord-ouest d'Hispaniola, actuelle Haïti !

Olivier pense qu'il va pouvoir enfin terminer ses études et exercer son métier.

Que nenni !

Il se retrouve vendu, tout comme ses confrères du bateau.

Car servir la Compagnie, c’est en fait devenir « engagé », esclave pendant 3 ans !

A lui les besognes les plus basses, surveillé par un maître violent. Il raconte :

« Au lieu de m'employer à ce qui regardait ma profession comme j'en étais convenu avec la Compagnie, il me condamna aux emplois les plus bas et les plus serviles.
« J'offris de lui payer tous les jours deux écus pourvu qu'il me permît de m'occuper de ma profession ; il ne voulut point m'accorder cette grâce. »


Olivier fait office de valet, de cuisinier, de garde d’écurie.

Mal nourri, buvant de l’eau croupie, il tombe malade.

Le gouverneur d'Ogeron le repère et le fait racheter par un chirurgien, le sieur de la Vie, qui enfin lui permet de finir son apprentissage !


Hispaniola (1794)

Hispaniola (1794) | ©The British Library / Public domain


L'île de la Tortue, au nord d'Hispaniola

L'île de la Tortue, au nord d'Hispaniola | ©The British Library / Public domain

Du boucan !

Libéré, Oexmelin rejoint le monde des boucaniers et de la flibuste.

Car la situation, la voilà : au début du XVIIe siècle, tous les hors-la-loi, les miséreux, les échappés des galères, les protestants fuyant les violences, s’embarquent d'Europe pour les lointaines Antilles.

Quelques-uns s’installent dans l’île de la Tortue, au nord de l'actuelle Haïti.

Leurs noms ? Boucaniers. Du boucan, la claie sur laquelle ils font sécher les viandes.

Boucanage lui-même inspiré des pratiques millénaires des Indiens pour conserver les aliments...

Oexmelin les décrit : cheveux hirsutes ou attachés, barbe longue, pantalon court tâché de sang.

Ils se divisent en deux catégories : les uns chassent les taureaux et vendent leurs cuirs aux Français et aux Hollandais.

Les autres chassent le cochon sauvage et boucanent la chair.

Une viande découpée en longs morceaux, saupoudrés de sel puis mis à fumer sur une claie de branchages.

Oexmelin raconte :

« Cette viande a un goût si exquis qu’on peut la manger en sortant du boucan, sans la faire cuire, et quand même on saurait ce que c’est, l’envie prendrait d’en manger, tant elle a bonne mine, car elle est vermeille comme la rose et a une odeur admirable.
« Mais le mal est qu’elle ne dure que très peu en cet état ; six mois après avoir été boucanée, elle n’a plus que le goût du sel. »


Une viande nappée de pimentade, nous dit Le Monde illustré de février 1936, « composée de la graisse des animaux recueillie dans une calebasse et à laquelle ils ajoutaient le suc de petits citrons poussés à l’état sauvage et une forte pincée de piment. »

Ces boucaniers s'associent bientôt aux flibustiers pour former la « confrérie des frères de la côte ».


Indiens pratiquant le boucanage

Indiens pratiquant le boucanage | ©Internet Archive Book Images / Public domain

Flibustier et attaque de croco

Ensuite, Oexmelin se met au service de flibustiers pour qui il devient chirurgien, notamment le célèbre Gallois Henry Morgan.

Flibustier ? A ne pas confondre avec pirate et corsaire !

Le corsaire, basé en Europe, agit sur lettres de marque signées par le roi, lui donnant l'autorisation d'attaquer les navires marchands ennemis.

Le pirate agit pour son propre compte, c'est un hors-la-loi qui pille et tue.

Le flibustier, lui, est un corsaire qui fait la chasse aux Espagnols... mais dans les Caraïbes !

Bref... revenons à nos moutons... notre chirurgien-flibustier !

Oexmelin relate dans ses mémoires une des opérations qu'il pratique un jour sur un flibustier attaqué à la jambe par un crocodile.

Impressionnant !

« Je trouvai que d'une jambe il ne lui était resté que les muscles et les nerfs qui pendaient tout déchirés ; il avait encore plusieurs blessures à la cuisse et les parties génitales complètement emportées.
« Je le pansai et la fièvre, qui depuis peu l'avait quitté, le reprit. Deux jours après, la gangrène se mit à sa jambe, en sorte que je fus obligé de la lui couper.
« Après cette opération, ses plaies allèrent fort bien et nous parlions déjà de lui faire une jambe de bois lorsqu'en une nuit il lui vint un érysipèle à la jambe saine, depuis la hanche jusqu'au talon.
« Je le saignai, le purgeai doucement et tâchai d'apaiser l'inflammation avec des remèdes convenables ; cependant la jambe tomba en pourriture et quelques soins que j'y pusse apporter, il mourut.
« Je fus curieux d'ouvrir toute la jambe depuis la hanche, d'où il disait que son mal provenait ; je trouvai que le périoste, qui est une petite peau qui recouvre l'os, était mangé par une matière séreuse et noire, d'une puanteur inconcevable. »


Morgan

Morgan | ©The British Library / Public domain

Un best-seller

Après le célèbre pillage de Carthagène aux Indes en 1697, Oexmelin disparaît de la circulation.

La date de sa mort ? Mystère !

En tout cas, ses Mémoires, Histoire des aventuriers qui se sont signalés dans les Indes, sont publiées aux Pays-bas en 1678.

Un best-seller traduit un an après en allemand, puis dans la foulée en espagnol (Piratas de la America), en anglais (Bucaniers of America)…

Henry Morgan porte même plainte contre l’éditeur anglais, le livre donnant selon lui une fausse image de sa personnalité !


Version espagnole des Mémoires d'Oexmelin

Version espagnole des Mémoires d'Oexmelin | ©The New York Public Library / Public domain


À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !