À la rencontre d'Olivier de Clisson, seigneur de Josselin

De 1370 à 1407

Le châteauLe château | ©Wolfgang Bauer / Public domain

Le connétable Olivier de Clisson meurt à Josselin, en 1407.

Cet homme, le plus puissant personnage après le roi de France, est aussi le plus célèbre des seigneurs de ce fier château breton. Son fief, entre 1370 et 1407 !

Une mère pirate, un père décapité

Olivier de Clisson subit un traumatisme, tout petit. Il a 7 ans, lorsque son père se fait exécuter par le roi de France Philippe VI... accusé de trahison.

On est en pleine guerre de Cent Ans : il se trouve que le paternel en question aurait eu des liens avec l’ennemi anglais, sans preuves.

Sa mère, Jeanne de Belleville, devient comme folle : on la verra, au château familial de Clisson, préparer ses raids sanglants contre les Français de la région !

Olivier jure de venger la mort du père : sa mère lui avait montré sa tête sanglante, accrochée aux remparts de Nantes...

« Regardez et n’oubliez pas ! » lui lance-t-elle, la voix tremblante de rage, comme un grondement de lionne blessée.

Exilé, élevé en Angleterre, Olivier n'est qu'une boule de haine. Une bombe à retardement. Il bout. Terrible ! Sa vengeance, vous entendez, sera te-rrible !

Du Guesclin, à la vie, à la mort

Oui, mais...

Olivier revient en France en 1359, aux côtés des Anglais pour la guerre de Cent Ans, avec l'envie viscérale de venger son père, certes. Mais pas pour longtemps !

Une guerre civile est en train de déchirer la Bretagne : la guerre de Succession. Vous savez ?

En 1341, le duc de Bretagne Jean III meurt sans héritier. D’où une crise de succession entre son demi-frère Jean de Montfort et sa nièce Jeanne de Penthièvre, flanquée de son mari Charles de Blois.

Guerre civile de plus de 20 ans, qui se solde par la victoire de Montfort, aidé des Anglais, qui devient duc sous le nom de Jean IV.

En 1364, la bataille d'Auray sonne la fin de cette lutte sanglante.

Voilà donc Clisson bataillant aux côtés des anglo-bretons. Face à lui, un certain du Guesclin, à la tête de l'armée franco-bretonne.

Auray est un carnage. Du Guesclin est fait prisonnier, Olivier perd un œil après un violent coup de hache.

Mais d'adversaires à Auray, les deux hommes finissent par se lier d'une solide amitié, en 1370 : c’est le serment de Pontorson, où ils s’unissent en buvant leur sang mêlé dans une coupe, « pour se bailler foi et serment de leurs corps »...

ClissonClisson | ©Musée de Bretagne / Public domain

Josselin, son fief, sa retraite

Olivier voulait Josselin, il se l’offre pour une fortune, en 1370 : il donne en échange une vaste forêt, une rente sur les riches foires de Champagne, une baronnie en Normandie…

Josselin avait été donné par le roi de France Jean II à son oncle Robert d'Alençon, comte du Perche : le fils de Robert, Pierre, se charge de l'échange avec Clisson.

Aaah, c'est une sacrée place-forte située à un carrefour stratégique, Olivier l'a bien compris !

Aussi, le voilà qui reconstruit entièrement la forteresse en y ajoutant 9 hautes tours flanquées d'un donjon de 32 m de haut, dont il ne reste rien.

4 de ces tours subsistent aujourd'hui : de forme cylindrique, leurs murs mesurent environ 4 m d'épaisseur, au sous-sol !

Le Boucher

Devenu connétable de France en 1380, après la mort de du Guesclin, Olivier fait un carnage sur les champs de bataille.

Sa hargne sanguinaire au combat le fait le surnommer « le Boucher de Clisson, car il charpentait à droite et à gauche tout ce qu’il rencontrait, sous la force et la pesanteur de son bras. »

Clisson, précurseur du tunnel sous la Manche ?

Sa haine de l’Anglais le pousse en 1384 à concevoir un gigantesque bras en bois traversant la Manche jusqu’à l’Angleterre.

Pratique, pense-t-il, pour envahir l’île !

Mais pour cela, il faudrait assembler 1300 bateaux, pour en faire un gigantesque radeau, le tout escorté par au moins 100 navires !

Le mauvais temps, entre autres, rendra le projet impossible.

JosselinJosselin | ©JacLou DL / Pixabay

Deux tentatives d’assassinat, mais pourquoi ?

La première a lieu au château de Vannes, en 1387, la deuxième à Paris. Les deux fois, Jean IV de Bretagne est derrière tout ça.

Olivier a permis à son ami Jean de devenir duc, en vainquant les armées de Charles de Blois à la bataille d’Auray, en 1364, avec l’aide de l'armée anglo-bretonne...

Notre Clisson s'attend à une récompense : le château de Gâvre qu'il convoite depuis des lustres, par exemple ? Moui, souffle mollement le duc.

Qui ne lui donne rien. Pire... il refile Gâvre, allez savoir pourquoi, aux Anglais !

Olivier voit rouge, hurle « je me donne au diable si jamais un Anglais devient mon voisin », avant de retourner sa veste, en 1369 : passage dans le camp ennemi du roi de France !

La goutte de trop... Jean devait éliminer cet ami devenu un trop dangereux rival.

ClissonClisson | ©Musée de Bretagne / Public domain

Jean IV est mort, Margot jubile... et boîte

1399. Le duc de Bretagne Jean IV vient de mourir.

Olivier est à Josselin, quand la nouvelle tombe. Couché dans son lit, car il est encore tôt, quand la nouvelle lui parvient.

Jean V, son fils, devient duc. Et ça, la fille d'Olivier, Marguerite de Penthièvre, ne le supporte pas. C’est une Penthièvre par son mari, les ennemis des ducs depuis la guerre de Succession !

Elle devient folle et lui crie de « faire mourir les enfants de Bretagne pour mettre les siens à la place »...

Olivier, hors de lui, saute du lit et attrape le premier objet qui lui tombe sous la main pour frapper sa fille, sifflant un « perverse, tu seras la ruine de tes enfants. »

Marguerite se sauve dans l'escalier. Comme son père la poursuit, elle court, court, mais dérape et se casse une patte... ce qui vaut le surnom de Margot la boiteuse !

Tout a une fin, même Clisson

Olivier de Clisson meurt à l’âge record de 71 ans, le 23 avril 1407, dans son château de Josselin.

La mort du roi fou Charles VI l’avait fait quitter la cour, définitivement, et s’exiler ici.

D’abord inhumé dans la chapelle castrale, où sa tombe est profanée en 1793, il repose aujourd’hui aux côtés de sa 2e épouse au cœur de la cité de Josselin, dans la basilique Notre-Dame-du-Roncier.

Sources

  • Juliette Benzoni. Le roman des châteaux de France. Perrin, 2012.
  • A. de La Fontenelle de Vaudoré. Histoire d'Olivier de Clisson, connétable de France. 1825.
  • Pitre-Chevalier. La Bretagne ancienne et moderne. 1844.
  • Encyclopédie Châteaux Passion. Éditions Atlas, 2001.
  • Olivier V de Clisson. Encyclopédie Wikipédia, wikipedia.org.
  • V. A. Malte-Brun. La France illustrée. (tome 2). 1855.