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« Messieurs les Anglais, tirez les premiers » : la bataille de Fontenoy et son mémorial

Quand : 11 mai 1745

Bataille de Fontenoy (H. Vernet, 1828), château de Versailles | ©Patrick - Morio60 / Flickr / CC-BY-SA
Bataille Louis XV Maréchal de Saxe Pyramide de Fontenoy

Cette bataille s'est déroulée en Belgique... mais la pyramide qui commémore cette victoire française se trouve à Cysoing, dans le Nord de la France !

L'occasion est venue d'en savoir plus sur ce conflit.

La pyramide

La célèbre bataille de Fontenoy s’est déroulée en Belgique, mais une pyramide inaugurée en 1751 la commémore dans le Nord de la France, à Cysoing.

Elle se trouve au milieu de l’ancien jardin de l’abbaye Saint-Calixte.

Elle commémore à la fois

  • le séjour du roi dans cette localité, en mai 1744, lors de la première campagne de Flandre ;
  • mais aussi la bataille de Fontenoy, remportée un an plus tard.

Louis XV a en effet séjourné dans l’ancienne abbaye Saint-Calixte de Cysoing, aujourd’hui disparue.

La pyramide

La pyramide | ©Pierre André Leclercq / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La guerre à l'origine de la bataille

Qui dit bataille dit… guerre.

Celle-ci s’appelle guerre de Succession d’Autriche !

Elle commence en 1740, lorsque l’empereur Charles VI d’Autriche meurt après avoir désigné, comme successeur, sa fille aînée Marie-Thérèse.

La mère de « notre » future Marie-Antoinette !

En attendant, une femme… non mais, une femme sur le trône d’Autriche ! Et puis quoi encore ?

Hop, plusieurs princes européens revendiquent la couronne. Dont la France.

Alors, entre 1740 et 1748, l’Europe va se faire la guerre. Jusque dans les Antilles et en Inde !

Charles VI d'Autriche

Charles VI d'Autriche | ©Rijksmuseum / CC0

Tout commence en Belgique

En 1745, les territoires belges appartenant à l’Autriche sont envahis par la France, qui assiège la ville de Tournai.

Des troupes hollandaises, anglaises et autrichiennes viennent à la rescousse.

Elles arrivent le 11 mai 1745 : la bataille va pouvoir avoir lieu, à quelques kilomètres de Tournai (Belgique actuelle), à Fontenoy.

Les forces en présence

  • D’un côté, on a la France et ses alliés : la Prusse, la Saxe, la Bavière, l’Espagne. 40 000 français sous les ordres du célèbre Maurice de Saxe, dit le maréchal de Saxe.
  • De l’autre, l’Autriche et l’Angleterre. Ils sont 55 000, commandés par le duc de Cumberland, le prince de Waldeck (à la tête des Hollandais) et le feld maréchal autrichien von Königsegg.
Bataille de Fontenoy

Bataille de Fontenoy | ©Rijksmuseum / CC0

Un maréchal... pas vraiment au top de sa forme !

Le fier Maurice de Saxe ? Fils naturel de Frédéric II, électeur de Saxe et roi de Pologne, arrière-grand-père de George Sand.

Un brillant stratège sur les champs de bataille malgré, ici à Fontenoy, la maladie qui le tourmente.

Le maréchal souffre d’hydropisie : d’œdème, si vous préférez.

Il ne peut pratiquement plus monter à cheval, il dirige les opérations militaires depuis un chariot en osier tiré par des chevaux.

Histoire de Maurice comte de Saxe (1774) dit :

« Il tint, pendant toute la bataille de Fontenoy, une balle de plomb dans la bouche, pour diminuer l’ardeur de la soif, que les circonstances, et son hydropisie, ne lui permettaient pas d’apaiser. »

Ensuite :

« Le maréchal, arrivé chez lui après la bataille, fut un quart d’heure sans proférer une parole, ayant la tête penchée sur l’épaule gauche, il sortait de sa bouche une salive jaunâtre qui annonçait une défection totale. »
Maurice de Saxe à Fontenoy

Maurice de Saxe à Fontenoy | ©Paris Musées - Musée Carnavalet / CC0

« Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! »

Une phrase culte a été prononcée à Fontenoy !

Les deux armées sont face à face. Le capitaine anglais lord Hays s’adresse alors aux Français :

« Messieurs des gardes françaises, tirez ! »

Le comte d’Anterroches, lieutenant des grenadiers, lui répond :

« Tirez vous-mêmes, messieurs les Anglais, nous ne tirons jamais les premiers. »

C’est Voltaire, qui rapporte la scène dans son Précis du règne de Louis XV, en 1769.

Par déformation avec le temps, la phrase sera résumée au célèbre :

« Messieurs les Anglais, tirez les premiers. »

Mais n’allez pas croire que c’est un échange de politesse : celui qui tirait en premier se retrouvait à la merci de l’ennemi, le temps de recharger son fusil, ce qui à l’époque, prenait de précieuses minutes !

Là, les Anglais tirent donc les premiers.

On imagine les pertes, côté français : plus de 650 en une salve, rapporte Petit livre de Les grandes phrases (Gilles Guilleron, 2012) !

La bataille en deux mots

L’ennemi arrive donc vers 5 heures du matin, ce 11 mai 1745, dans la brume.

Il est repoussé, d’abord. Mais l'Anglais Cumberland tente de percer les lignes françaises, quelques heures plus tard.

Le dialogue vu ci-dessus se déroule à ce moment, puis, les deux camps se jettent à la gorge dans une incroyable mêlée sanglante.

Les ennemis parviennent à décimer la première ligne française.

Mais c’est sans compter les troupes du maréchal de Saxe, qui contre-attaquent violemment.

En début d’après-midi, les Français remportaient la victoire...

Résultats des opérations :

  • 12 000 victimes côté anglais ;
  • 7000 côté français et alliés.

Le roi et son fils

La bataille de Fontenoy se déroule en présence du roi Louis XV et de son fils le dauphin, 16 ans (futur père de Louis XVI).

Fait rare, ce n’était pas arrivé depuis la bataille de Poitiers en 1356, nous dit Maurice de Saxe de Jean-Pierre Bois (2014) !

Au soir de la victoire, devant l’enthousiasme du dauphin, le roi le calme par ces paroles :

« Voyez ce qu'il en coûte à un bon cœur de remporter des victoires. Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire est de l'épargner. »

Sources

  • Jean-Pierre Colignon. Curiosités et énigmes de l'histoire de France. Albin Michel, 2009.
  • Catherine Salles. Louis XV. Ed. Tallandier, 2002.
  • François Guizot. L'Histoire de France racontée à mes petits-enfants, volume 5. 1876.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !