Mathilde l'Emperesse, la dame blanche de l'abbaye de Mortemer

De 1102 à 1167

Ruines de l'abbatialeRuines de l'abbatiale | ©Pline / CC-BY-SA

Fermez les yeux. Un vertige vous mord, vous agrippe pour ne plus vous lâcher.

Avec une peur irraisonnée, imprimée au plus profond de votre chair.

La peur que, si vous rouvrez les yeux, un visage hideux se tiendra devant vos yeux. Et vous rendra définitivement fou à lier.

Mais il faut que vous les rouvriez. Pour sonder les ténèbres poisseuses. Parce que vous savez que quelque chose se tapit ici, à Mortemer.

Mathilde, pauvre âme en peine... tu nous entends ?

Découvrons ensemble les fantômes de Mortemer et faisons la connaissance de sa dame blanche, Mathilde l'Emperesse !

L'abbayeL'abbaye | ©Chatsam / CC-BY-SA

Mortemer, une abbaye hantée ?

La mer morte

Alors comme ça, quelque chose cloche, à Mortemer ? Je vais vous dire quoi : l’abbaye serait hantée.

Je vous entends me dire : le nom de Mortemer fiche quand même un peu les jetons !

Rassurez-vous, cela n’a rien de surnaturel : Mortemer vient du latin Mortum Mare, parce que l’abbaye a été fondée sur un marécage !

Ouf. Minute, ne vous réjouissez pas trop vite !

Des visions de cauchemar

Hantée, oui, Mortemer le serait bien : c’est ce que l’on dit depuis le 19e siècle.

Depuis la vente de l’abbaye à la Révolution. Depuis que des particuliers y vivent.

Vous savez le genre de choses qu’ils ont ressenti ? À vous faire hurler de panique. Un malaise aigu.

Des visions furtives, blafardes. Des coups sourds dans les murs. Avec la monstrueuse impression d’être observé.

Alors, en 1920, les nouveaux propriétaires font exorciser les lieux. Oui ! Des fois que.

Des silhouettes furtives

Mais la légende est en marche, et les curieux affluent. Les témoignages étranges arrivent de plus en plus nombreux.

Tenez, prenez celui-là : on est en pleine Première Guerre Mondiale.

Des soldats anglais logent dans le cellier de l’abbaye de Mortemer.

Dans une odeur glaciale d’humidité et de mousse, par le petit jour sombre qui perce par les vitraux, ils disent avoir vu les ombres furtives de quatre moines.

Quatre moines massacrés à la Révolution...

L'abbayeL'abbaye | ©Chatsam / CC-BY-SA

Mathilde l'Emperesse

Vous êtes sensibles, aux impressions que dégagent certains monuments ? Moi, oui.

Prenez Mortemer, petit monastère égaré, pleurant une mousse froide, complice des bruines.

Il nous parle d’une époque médiévale bien révolue, dont seules les pierres en sont les gardiennes muettes.

Il est là depuis des siècles, on ne sait plus depuis quand, les années ayant passé sans qu’on les compte.

Elle raconte bien des choses, cette abbaye. Elle raconte le temps des seigneurs, des rois, des luttes acharnées pour le pouvoir.

Elle raconte un passé empreint de toute la tristesse d’une femme.

La petite-fille du Conquérant

Mathilde. On dit que toutes les étranges manifestations qui frappent l'abbaye n’ont qu’une responsable : Mathilde l’Emperesse (1102-1167), la fondatrice puis la bienfaitrice de Mortemer.

Qui revient sur terre sous la forme d’une dame blanche malheureuse.

Malheureuse, car cloîtrée des années dans cette abbaye qu’elle avait fondée, en punition d’une brouille avec son paternel...

Je vous la présente ? Regardez. Mathilde est assise sur un banc, dans la pénombre feutrée de sa cellule.

Elle, fille du duc de Normandie et roi d’Angleterre Henri Beauclerc... petite-fille de Guillaume le Conquérant !

Deux mariages prestigieux

Ses yeux bruns tournés face à la fenêtre, Mathilde pense. Son passé lui revient par bribes. Des flashs.

Son mariage à 12 ans avec l’empereur germanique Henri V, 35 ans.

L’union ne dure pas, mais elle déguste. Mariée à un vieux croûton rabat-joie qui la délaisse.

Heureusement... elle se retrouve veuve 9 ans plus tard.

On la remarie avec Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou : vous vous souvenez ?

Leur mariage a lieu dans la cathédrale Saint-Julien du Mans.

Le couple devient les parents d’un petit Henri Plantagenêt... futur roi d’Angleterre Henri II !

Lui-même mari de la belle Aliénor d’Aquitaine. Ça va, vous suivez ?

Un naufrage, une couronne

Seulement, entre temps, le papa de Mathilde, Henri Beauclerc, perd ses 2 fistons, les héritiers de la couronne.

Un drame. Tragique. Le naufrage de leur bateau (la Blanche-Nef), au large de Barfleur. Plus d’héritiers... damned !

Mathilde doit succéder à son père sur le trône, en 1135.

Elle aura fort à faire : vous savez ce que doit subir une femme, à cette époque, dans un monde brutal rempli d’hommes sans pitié ?

Commence une longue lutte éprouvante pour récupérer la couronne anglaise des griffes d’Etienne de Blois, son cousin.

Le vil usurpateur qui n’a pas supporté qu’elle succède à son père !

Le retour au calme ? Avec l’accession au trône du fils de Mathilde, Henri II, en 1154.

Conclusion

Un jour de septembre 1167, Mathilde s’éteint à Rouen. À 65 ans. 65 ans de lutte, de déceptions.

Une vie qui ne se terminera jamais, puisque son âme tourmentée a choisi de rester parmi nous, apparemment…