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Les dames lettrées du château de Dampierre-sur-Boutonne

Quand : 1540 - 1603

C.-C. de Clermont (anonyme, 1571) | ©Musée national de Cracovie / Public domain
Château Château de Dampierre-sur-Boutonne

Jeanne de Vivonne : intelligence et vertu

La tante du grand Brantôme

Claude de Clermont, l’héritier des terres de Dampierre qui avait fait reconstruire le château actuel, meurt à la guerre en 1545.

Jeanne de Vivonne se retrouve veuve à 25 ans, à peine... La dame se distingue par une beauté, une intelligente, une vertu sans taches.

Une vertu si réputée, que le roi Henri III la fait dame d’honneur de la reine, son épouse, Louise de Lorraine.

Jeanne n’était autre que la tante du célèbre écrivain-soldat Brantôme, mais aussi la fille de Louise de Daillon, qui a servi la sœur de François Ier... la grande érudite Marguerite de Navarre !

Brantôme dit de sa tante qu’elle est :

« un vrai registre de la cour et aussi habile, sage et vertueuse dame qui entra dans la cour depuis cent ans et qui savait aussi bien discourir de toutes choses. Aussi, dès l’âge de 18 ans, y avait été nourrie et n’avait rien oublié ; et la faisait bon ouïr parler, ainsi que j’ai vu nos rois et reines y prendre un singulier plaisir de l’ouïr parler, car elle savait tout, et de son temps et du passé. »
Château de Dampierre

Château de Dampierre | ©Ritadesbois / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

La créatrice d'un mystérieux décor sculpté

C’est à Jeanne de Vivonne que l’on doit la partie la plus célèbre du château de Dampierre-sur-Boutonne : la galerie du milieu du 16e siècle et ses caissons sculptés ésotériques. Alchimiques, dit-on !

93 caissons créés entre 1545 et 1550, composés de 128 clés.

Y sont sculptés motifs géométriques, allégories, devises ou citations (la plupart en latin, deux en espagnol et en français).

Celles-ci mêlent :

  • allusions à l'Ancien et au Nouveau Testament ;
  • à l'Enéïde, aux mythologies grecque et romaine ;
  • à des traités d'alchimie, principalement celui d'André Alciat, Le Recueil des emblèmes, un livre très à la mode au 16e siècle ;
  • on y trouve même sculptés les monogrammes du roi Henri II et de Catherine de Médicis !
Un des caissons sculptés

Un des caissons sculptés | ©Ritadesbois / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Claude-Catherine de Clermont

« Au rang des plus doctes »

Voici maintenant la fille unique de Jeanne : Claude-Catherine de Clermont, qui naît probablement au château de Dampierre, vers 1540.

Cette dame, la plus cultivée de son temps, brillante, est d’un grand esprit et d’une culture immense. Bien plus que de coutume, chez une femme de cette époque.

Des écrits contemporains sur Claude-Catherine disent qu’elle est

« choyée et bien voulue de tous nos rois, qui prenaient un singulier plaisir en sa compagnie pour les bons propos et les beaux discours dont elle les entretenait, née au gouvernement des États et des choses civiles, qu’elle maniait avec une prudence consommée. »

Le bibliographe La Croix du Maine, au 16e siècle, écrit sur Claude-Catherine :

« Elle mérite d’être mise au rang des plus doctes et mieux versées, tant en poésie et art oratoire qu’en philosophie, mathématiques, histoire et autres sciences. »

Un des caissons sculptés

Un des caissons sculptés | ©Ritadesbois / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Une histoire de traduction !

Tenez, lorsque les ambassadeurs polonais arrivent à Paris, en 1573, pour proposer le trône de Pologne au duc d’Anjou (futur Henri III), c’est elle, qui sert d’interprète et leur parle en latin…

Le père Hilarien de Coste raconte la forte impression qu’elle fait aux invités :

« Les princes et seigneurs polonais ne furent pas si satisfaits et si contents de tant de faveurs et de caresses qu’ils avaient reçues, qu’étonnés de la capacité et de la gentillesse d’esprit de notre très savante héroïne, laquelle parlait avec eux les langues grecque et latine avec autant de perfection, de pureté et de netteté que les premiers et les plus éloquents orateurs d’Athènes et de Rome. »

Admise à l’ancêtre de l'Académie française

Claude-Catherine de Clermont est l'une des rares femmes à faire partie de l’Académie du Palais, en face du Louvre : l’ancêtre de l’Académie française !

On y nomme deux académiciennes : Claude-Catherine et Mme de Lignerolles.

Elles y siègent aux côtés des plus grands, comme Ronsard.

Un salon littéraire

Claude-Catherine tient également un brillant salon littéraire, dans son hôtel de Retz (faubourg-Saint-Honoré).

On appelle ce salon le cabinet de Dictynne (Diane) ou « cabinet verd », car couvert de tapisseries vertes (verdures).

S’y pressent notamment les très illustres membres de la Pléiade, Ronsard ou Pontus du Tyard, mais aussi celles qui fréquentent au plus près la reine Catherine de Médicis : sa propre fille Margot, mais aussi de nombreuses dames d’honneur.

Claude-Catherine côtoie la famille royale de près, elle aussi !

Elle a pris la suite de sa mère, en tant que dame d’honneur de Catherine de Médicis, puis de l’épouse de Charles IX (Élisabeth d’Autriche), ainsi que de Louise de Lorraine, l’épouse d’Henri III.

Le bel hommage d'une auteure

L’auteure Marie de Romieu (1545-1590) célèbre l’esprit de Claude-Catherine dans son (féministe avant l’heure) Discours que l'excellence de la femme surpasse celle de l'homme (1581).

Elle réunit 10 femmes célèbres de la Renaissance française, et brosse leur portrait ! La dame de Dampierre y occupe une place de choix :

« Viens donc, sœur des neuf sœurs et quatrième Charité, Ma comtesse de Retz, viens que tu sois écrite La première en mes vers : le Grec t’est familier, De ta bouche ressort un parler singulier, Qui contente les Rois et leur Cour magnifique, Le latin t’est commun, et la langue Italique. Mais par sur tout encore le François te cognoist, Pour son enfant t’avoue, honore, et te reçoit S’il faut feindre un soupir d’un amant misérable S’il faut chanter encor un hymne vénérable : Tu ravis les esprits des hommes mieux disant Tant en prose et en vers tu sais charmer nos sens. »
Albert de Gondi (1705)

Albert de Gondi (1705) | ©Philadelphia Museum of Art / Public domain

Son mariage avec le maréchal de Retz

Claude-Catherine a 15 ans, quand on la marie une première fois, en 1558, à Jean d’Annebant.

Ledit mari ne fait pas long feu. Rebelote à l’âge de 22 ans, cette fois avec un homme deux fois plus âgé qu’elle !

Il s’appelle Albert de Gondi : il vient d’une illustre famille italienne, arrivée en France avec Catherine de Médicis.

Un de leurs petits-enfants sera le célèbre et spirituel cardinal de Retz !

Voilà pourquoi l'on connaît aussi Claude-Catherine de Clermont sous le nom de maréchale de Retz, de l’un des titres de son mari.

Sources

  • Encyclopédie Châteaux Passion. Éditions Atlas, 2001.
  • Jules Noguès. Dampierre-sur-Boutonne : monographie historique et archéologique. 1883.
  • Alexandra Riguet. Étrange alchimie au château. L'Actualité Nouvelle-Aquitaine, actualite.nouvelle-aquitaine. 17/10/2018.
  • Alexandra Riguet. La duchesse de Retz : espionne savante et féministe. L'Actualité Nouvelle-Aquitaine, actualite.nouvelle-aquitaine. 27/09/2018.
  • Claude La Charité. La décade féminine de Marie de Romieu. Presses universitaires de Rennes, 2003.
  • Victor du Bled. La société française du 16e siècle au 20e siècle. 1900.

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !