Le cardinal de Retz, un rebelle au physique ingrat !

Du 20 sept. 1613 au 24 août 1679

GondiGondi | ©Rijksmuseum / CC0

Rendez-vous avec le propriétaire le plus célèbre du château de Montmirail... Jean-François Paul de Gondi, le cardinal de Retz !

Avec les Médicis !

Jean-François Paul de Gondi naît au château de Montmirail, le 20 septembre 1613.

Sa famille fait partie de la petite noblesse florentine.

À la base banquiers des Médicis depuis le 13e siècle, Antonio Gondi et son épouse suivent Catherine de Médicis quand elle se rend à Lyon, pour épouser Henri II.

Catherine prend l'épouse de Gondi comme dame d’honneur, et Antonio (devenu Antoine), devient maître d’hôtel d’Henri.

Une carrière toute tracée ?

On destine très vite Jean-François de Gondi à une carrière ecclésiastique.

Et comme souvent, ce destin tout tracé ne lui va pas du tout !

Il rêve de champs de batailles, de victoires rugissantes et éclatantes…

Mais surtout, point embêtant, il se sent bien incapable de respecter le vœu de chasteté !

Lui qui avouera plus tard dans ses Mémoires : « Je ne pouvais me passer de galanterie »…

Aaah, qu’il a dû soupirer et maudire le ciel…

MontmirailMontmirail | ©Petit morin autour de montmirail / CC-BY-SA

Le cardinal de Retz

En 1643, Gondi est ordonné prêtre. Un an plus tard, il est fait évêque de Corinthe.

Ses sermons le rendent très populaire.

Mais lui, ce qu’il veut, c’est devenir cardinal... il adule Richelieu. Manque de chance, à la mort de ce dernier, la reine choisit Mazarin.

Il faut attendre février 1652, pour voir l’ambitieux Gondi obtenir le chapeau de cardinal tant convoité.

On se met alors à le connaître sous le nom de cardinal de Retz : du nom d’une terre dans le pays de Nantes (oui, celle de Gilles de Rais !), qui appartient à sa famille.

GondiGondi | ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain

Oh, le frondeur !

Un conspirateur dans l’âme, Gondi ? Oh que oui ! « Voilà un dangereux esprit », remarque très justement Richelieu.

Ça tombe bien, il va pouvoir en ourdir, du complot !

Car voilà la Fronde, ces révoltes qui secouent le royaume de France, entre 1648 et 1653, pendant la minorité de Louis XIV.

C’est Gondi, qui, informé que la reine va aller se cacher avec ses enfants à Saint-Germain-en-Laye, ameute la foule et se rend au Palais-Royal, vérifier que le jeune Louis XIV dort bien sagement dans son lit.

Louis ne pardonnera jamais cette humiliation à Gondi…

La chute

Mais le cardinal Mazarin le fait arrêter et le met en prison au château de Vincennes, puis au château ducal de Nantes.

Gondi s’en échappe à l’aide d’une corde le long de la muraille, jusqu’aux douves, où il saute sur un cheval et pique des deux !

Mais la bête se cabre, Retz s’en va cogner contre l’angle d’une porte cochère et il se démet l’épaule.

Il part pour Rome, parcourt l’Europe, errant.

À la mort de Mazarin, il demande à revenir en France. D'accord ! Mais il est ruiné.

Il finit sa vie à Commercy et meurt en 1679, à l'âge de 66 ans...

Mémoires du cardinalMémoires du cardinal | ©WIkimedia Commons / Public domain

Et tac !

À sa mort le 24 août 1679, il aurait dû être inhumé dans l’abbaye de Saint-Denis... aurait, hé oui !

Louis XIV, qui garde toujours une sacrée dent dure contre lui, interdit qu’on lui érige un monument funéraire.

Et tac ! La vengeance est un plat qui se mange vraiment très froid !

Des mémoires qui dérangent

Dans les dernières années de sa vie, Gondi rédige ses célèbres Mémoires en 1677, publiées en 1717.

Ses écrits choquent. Ils révèlent tous les secrets, les défauts, les vices des grands du Royaume du 17e siècle !

Le tout bien enveloppé entre les détails de sa propre vie, ses aventures et autres histoires de fesses...

GondiGondi | ©Austrian National Library (ÖNB) / Public domain

Un physique ingrat

Tallemant des Réaux la pipelette décrit Gondi :

« C'était un petit homme noir, myope, mal fait, laid et maladroit de ses mains à toutes choses, au point qu'il ne savait pas se boutonner. »

La duchesse de Nemours ajoute :

« Il se piquait généralement de tout ce qui ne pouvait lui convenir, même de galanterie, quoique assez mal fait, et de valeur, quoiqu'il fût prêtre. »

Elle ajoute qu'il aime à se déguiser en cavalier, à porter un chapeau à plumes blanches, « ce qui était fort ridicule à un homme qui avait les jambes tordues »...

Guy Joly, qui, pendant la Fronde, accompagne notre héros dans ses expéditions nocturnes, nous le montre :

« paré d'habits fort riches, fort galants, extraordinairement magnifiques, qu'il portait le jour aussi bien que la nuit et dont on se moquait dans le monde. »

Sources

  • Aimé Louis Champollion-Figeac. Mémoires du Cardinal de Retz (tome 4). 1913.
  • Adolphe Baron de Brouard. Étude littéraire sur le génie et les écrits du cardinal de Retz. 1885.
  • Jean François Paul de Gondi. Encyclopédie Wikipédia, wikipedia.org.