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Les derniers moments de Van Gogh à Auvers-sur-Oise

Quand : mai 1890 - juillet 1890

Autoportrait (1887) | ©Rijksmuseum / CC0
Maison Auberge Ravoux

Le peintre hollandais vit à Auvers entre mai et juillet 1890. Avant de trouver la mort dans les champs de blés blonds…

Suicide... ou accident ?

Un Néerlandais à Auvers

Un grand homme roux au profil taillé à la serpe marche lentement dans une rue d’Auvers-sur-Oise.

Il a des yeux couleur des mers mélancoliques du Nord et des cheveux aussi rêches que du crin de percheron.

Il fait beau. Le tit-tit-tit de mésanges tintent dans l’air tiède et parfumé.

Le matin du 24 décembre 1888, on découvre un homme baignant dans son sang, à Arles !

Vincent s’est tranché l’oreille gauche, ne laissant qu’un bout de lobe.

Une automutilation due à une santé mentale depuis toujours fragile, signe avant-coureur de son suicide à Auvers-sur-Oise 7 mois plus tard.

Après son séjour à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence, à l’ancienne abbaye de Mausole, Vincent se fait conseiller Auvers, pour la beauté calme de ses paysages.

Ca tombe bien, Vincent veut se rapprocher de son frère Théo, qui travaille dans une galerie d’art parisienne...

Le 21 mai 1890, Vincent débarque à Auvers. Un certain docteur Paul Gachet l’accueille à la gare et le conduit à l’auberge Ravoux.

Une petite chambre sans prétention. Vincent s’en moque. Il va passer ses journées dehors, sur ordre du docteur qui lui conseille de peindre tout son saoul.

Vincent se défoule : 80 tableaux en 70 jours, énorme. Dont le célèbre Champ de blé aux corbeaux !

Tandis que jamais, nuit et jour, ses démons ne le lâchent. Vincent passe ses derniers 70 jours sur terre à Auvers.


Auberge Ravoux

Auberge Ravoux | ©Wapakk / Wikimedia Commons / CC-BY-SA

Une balle dans la poitrine

Le 27 juillet 1890, dans le champ de blés qui se trouvait juste derrière le parc du château d’Auvers, Vincent se tire une balle de revolver dans la poitrine.

Il se traîne, blessé, jusqu’à sa chambre : ce sont ses gémissements de douleur qui alertent.

Il lui reste deux jours à vivre.

A son frère Théo qui vient le voir et lui murmure qu’il va s’en sortir, il souffle : « C’est inutile, la tristesse demeurera toujours ! »


Champ de blé aux corbeaux (juillet 1890)

Champ de blé aux corbeaux (juillet 1890) | ©Life.Liberty / Flickr / Public domain

L'auberge, la chambre

La chambre où Vincent est mort devient la « chambre du suicidé » et n’a pas pu être relouée.

Aujourd’hui, on la visite. 7 m², minuscule chambre mansardée à laquelle on accède par une cage d’escalier toute sombre.

Le vieux parquet qui grince sous les pas, la petite chaise de bois…

C’est LA pièce où Vincent a vécu ses 70 derniers jours, et qu’il y est mort. Emouvant, terrible !

A côté se trouve la chambre du peintre hollandais Anton Hirschig, qui est allé prévenir Théo de l’accident de Vincent.

Il a passé la nuit du 27 juillet à entendre Vincent gémir de douleur sur son lit...


Van Gogh sur son lit de mort (Paul Gachet, 1890)

Van Gogh sur son lit de mort (Paul Gachet, 1890) | ©Rijksmuseum / CC0

La mort de Van Gogh

Hypothèse 1 : un accident

Vincent ne se serait pas suicidé, scoop !

Les biographes américains Steven Naifeh et Gregory White Smith expliquent qu’il serait mort d’une balle perdue, tirée accidentellement par deux jeunes gars d’Auvers, les frères Secrétan, dont l’un aimait s’habiller en cow-boy et sortir avec son revolver...

Vincent aurait décidé d’endosser la responsabilité pour les protéger.

Homicide involontaire, donc, accident tragique...

Et puis, on ne va pas se suicider en emmenant son matériel de peinture, non ?

Hypothèse 2 : un suicide

Vincent se serait suicidé. Ravoux possédait un revolver Lefaucheux, que Vincent aurait pu lui voler.

Avant de mourir, Vincent aurait déclaré que son suicide était tout à fait « calculé » et désiré, preuve est une lettre du peintre Emile Bernard.

Il dit aussi aux policiers qui lui demandent s’il s’est suicidé : « Je le crois, n’accusez personne d’autre ».

Rebondissement ! Dans les années 1960-1965, un agriculteur d’Auvers découvre alors qu’il labourait sa terre une arme... un revolver Lefaucheux de 7 mm de calibre, rongé par la rouille, enterré selon analyses entre 1880 et 1910.

Impossible de dire si c’est celui utilisé par Vincent, mais c’est très probable.

Voilà ce qu’il a dû se passer : le peintre, qui emprunte l’arme à l’aubergiste, se rend dans le champ et écarte sa chemise, avant de se tirer une balle à bout portant dans le thorax.

Blessé, il s’évanouit et perd le revolver, qui reste dans les blés.

Mais pourquoi un suicide ? Vincent pourrait avoir souffert, entre autres choses, de trouble bipolaire.

On voit dans les lettres à son frère qu’il souffre de phases maniaques et de phases dépressives, typiques de la maladie. Ca ne pouvait le conduire qu’au suicide.


Tombes de Vincent et Théo à Auvers

Tombes de Vincent et Théo à Auvers | ©Pieonane / Pixabay

Deux frères côte à côte

Van Gogh s’étant suicidé, la ville d’Auvers refuse de l’enterrer et de prêter le char funèbre : c’est la commune voisine de Méry, moins rigide, qui en prête un.

Vincent repose donc dans le petit cimetière d’Auvers.

Théo ne survit pas longtemps à la mort de son frère aîné.

Déjà malade, il sombre dans une grande douleur.

Transporté dans une maison de santé d’Utrecht, il meurt quelques mois après Vincent, le 21 janvier 1891.

Sa dépouille rejoint celle du peintre au petit cimetière d’Auvers en avril 1914.


Racines d'arbres, dernier tableau de Van Gogh à Auvers

Racines d'arbres, dernier tableau de Van Gogh à Auvers | © Life.Liberty / Flickr / Public domain

On a retrouvé le tout dernier tableau de Van Gogh

Il s’agit de Racines d’arbres, réalisé quelques heures avant sa mort !

Il s’inspire d’un lieu situé à quelques pas de l’auberge Ravoux.

Inachevé, il se trouve aujourd’hui conservé au musée Van Gogh d’Amsterdam.

Wouter van der Veen, directeur scientifique de l’Institut Van Gogh, situe même avec précision le lieu comme étant la rue Daubigny.

Avant de conclure que le peintre était calme et résolu, avant de commettre l’irréparable...

À propos de l'auteure

Vinaigrette
Passionnée par les balades et par l'Histoire, grande ou petite... pleine de détails bien croustillants, si possible !